Créateurs de paysages – Gilbert Dionne

Créateurs de paysages – Gilbert Dionne

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Par Michel-Pierre Sarrazin

Il y a trois jours, il neigeait. Aujourd’hui, on prend le café sur la terrasse du Magasin Général. Il fait 25 °C. « Réchauffement climatique », laisse tomber Gilbert Dionne. Même si en ce moment c’est le coup de feu de sa saison de paysagiste, il a bien voulu nous accorder une entrevue. « Le journal Ski-se-Dit, ça doit continuer, c’est important », dira-t-il.

gilbert-dionneExpert en aménagement naturel et paysager depuis 1994 (plus de 400 aménagements à son actif), il connaît le tabac. Avec ses sept employés experts en horticulture qui mettent tous la main à la pâte (« on est une famille », dit-il), avec chacun un talent particulier pour une tâche précise, Soli Terre est une entreprise unique de créateurs de paysages. Du dessin des plans initiaux à la réalisation complète du site, tout le personnel reste en symbiose. « Lorsque je recrute, outre l’expertise horticole, ce que je recherche, c’est quelqu’un qui soit capable de communiquer avec les autres membres de notre groupe. Chez Soli Terre, on est performant parce qu’on n’est pas une trop grosse boîte et qu’on a l’esprit d’équipe. Nous avons pris la décision, avec le temps, de rester à dimension humaine plutôt que de grossir et de faire uniquement du développement. C’est un choix pour assurer la qualité de notre travail. »

Réchauffement climatique

Pendant que nous discutons, les gens passent et viennent saluer le maître (notamment Madeleine de Villers, propriétaire du Magasin Général, chez qui Gilbert a fait l’aménagement paysager il y a neuf ans). « Deux choses évoluent et vont encore beaucoup évoluer dans ce métier, explique M. Dionne. Les changements climatiques, ce n’est pas un mythe. Ça bouleverse les façons de faire. Après 30 ans dans le décor, j’ai vu le climat se modifier sérieusement. On peut planter des magnolias dans le Nord aujourd’hui, c’est un indice important. Ça se réchauffe vraiment. Dans cette perspective, il va y avoir de plus en plus de règlements, de restrictions, de contrôles. Et c’est normal. Les toits verts dans une ville comme Montréal, ça va devenir obligatoire. Les grands stationnements d’asphalte, désormais, doivent récupérer les eaux de pluie et les recycler. C’est obligatoire. Toutes les berges des lacs et des plans d’eau, ce qu’on appelle les milieux humides, sont règlementées par le ministère de l’Environnement[1]. Faire de l’aménagement paysager aujourd’hui requiert une bonne connaissance des phénomènes naturels. »

Paysage comestible

« L’autre chose qui est en train de changer, c’est la nature même du concept d’aménagement paysager. Ce que fait Croque Paysage, par exemple, c’est l’avenir. On s’en va vers des jardins et des paysages comestibles de plus en plus. La pelouse comme on la connaissait, c’est fini. Ça prend trop d’eau, de pesticides et d’insecticides. Des mélanges de semences indigènes du Québec, comme en produit La Pépinière rustique de Saint-Adolphe-d’Howard, par exemple, ça fonctionne très bien et c’est bien meilleur pour l’environnement. »

Vivre mieux, vivre ici

Gilbert Dionne aime Val-David. C’est un choix qui remonte à son enfance, lorsque sa famille est venue s’installer dans le coin en 1966. « J’ai vécu ailleurs, en Gaspésie notamment, mais je suis toujours revenu à Val-David. C’est un village où il se passe toujours quelque chose d’intéressant, où les gens se parlent, travaillent ensemble. Ce n’est pas comme ça partout. »

La solidarité citoyenne, avec son épouse Jocelyne, il leur en a fallu, il y a neuf ans, quand leur fille Élianne a subi un grave accident de la route. Nous en avons parlé dans ces pages à l’époque. Aujourd’hui, Élianne vit à Montréal, en relation constante avec l’Association québécoise des traumatisés crâniens, qui l’aide dans sa courageuse démarche d’insertion sociale. Aujourd’hui, Élianne fait partie de la ligue d’improvisation de cette institution. Elle a dû réaménager son paysage personnel, elle aussi.

Aujourd’hui, Gilbert Dionne est content que Soli Terre fonctionne bien et que ses enfants Élianne, Renaud et Tobi ne soient pas trop loin. Pour un créateur inspiré par la nature, l’esprit de famille, c’est un peu comme une seconde nature.

[1] Au Québec, les milieux humides occupent plus ou moins 17 millions d’hectares ou 170 000 km², soit environ 10 % de l’ensemble du territoire québécois. Qu’il s’agisse d’étangs, de marais, de marécages ou de tourbières, les milieux humides représentent les mailles essentielles de la trame des milieux naturels du territoire québécois. Il est mondialement admis aujourd’hui que les milieux humides, perçus comme des terres inutilisables par le passé, jouent un rôle crucial dans le maintien de la vie sur terre au même titre que les terres agricoles et les forêts. Les biens et services écologiques qu’ils procurent à la société représentent indéniablement un moteur pour l’économie locale, régionale, nationale et mondiale. Il est donc primordial de conserver ces milieux, particulièrement dans les régions où les développements urbains ont contribué à leur dégradation ou à leur disparition (MEQ).