La médecine est de plus en plus féminine

La médecine est de plus en plus féminine

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Dr Simon-Pierre Landry,
omnipraticien à l’urgence et aux soins intensifs
de Sainte-Agathe-des-Monts

Le fameux Dr Welby est encore présent dans l’imaginaire de beaucoup de Québécois ayant regardé ce téléroman populaire dans les années 1970. Il fut une époque où le médecin de famille, toujours un homme, faisait des visites à domicile, travaillait à l’urgence et en cabinet, et était de garde 24 h/24 — un modèle qui reposait bien sûr sur une conjointe qui, dans l’ombre, assurait le bon fonctionnement de la maisonnée. Disons simplement qu’on ne voyait pas souvent les médecins du temps promener leurs enfants en poussette ou changer des couches.

 

Mais les temps ont bien heureusement changé. Au Québec, 63 % des étudiants en médecine sont maintenant des femmes. Si bien qu’elles forment maintenant 47 % des médecins en pratique et que cette tendance est à la hausse[1]. Les femmes médecins ont transformé pour le mieux le système de santé. Il a été démontré qu’elles passent entre autres plus de temps avec leurs patients, ce qui crée souvent des liens plus forts avec eux. Un bon lien de confiance entre les médecins et les patients améliore la santé des gens.

 

De plus, la féminisation a amené des idées nouvelles au sein de la profession médicale : les congés de maternité et la conciliation travail-famille, notamment. Comme l’ensemble des travailleurs et des professionnels, plusieurs femmes médecins souhaitent trouver un meilleur équilibre entre leurs vies professionnelle et personnelle, particulièrement lorsqu’elles ont des enfants en bas âge. Ces revendications de femmes médecins ont permis d’ouvrir la porte aux hommes médecins, qui, à leur tour, revendiquent des congés de paternité et des fins de semaine avec leurs enfants.

 

Plusieurs personnes, l’actuel ministre de la Santé inclus, ont de la difficulté à comprendre pourquoi l’augmentation du nombre de médecins n’a pas réglé la pénurie. Les raisons en sont multiples. D’un côté, les patients souffrent maintenant de problèmes de santé complexes qui nécessitent un suivi médical plus rapproché et donc plus fréquent. De l’autre, les médecins travaillent aujourd’hui en moyenne 45 à 50 h/semaine au lieu des 70 h/semaine d’antan — ce qui n’inclut pas les heures de garde à la maison ni le travail administratif.

 

Les médecins ne sont pas à plaindre. Ils sont bien rémunérés pour un travail exigeant et gratifiant. Cependant, les temps changent, tout comme les gens qui donnent des soins. Je suis persuadé que ces transformations sont pour le mieux, mais elles exigent que nous repensions la façon de donner des soins pour ne pas pénaliser les patients. Fouetter les professionnels de la santé, comme les infirmières et les médecins, pour qu’ils travaillent toujours plus d’heures n’est pas la solution. Il faut plutôt revoir nos façons de faire en permettant à tous les professionnels de la santé de faire ce pour quoi ils sont formés. Les médecins ne sont plus capables, en 2016, de suffire seuls à la tâche.

 

[1] http://www.cmq.org/nouvelle/fr/bilan-annuel-du-college-des-medecins-du-quebec-sur-les-effectifs-medicaux.aspx