L’Écosse, ce beau pays…

L’Écosse, ce beau pays…

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Le château d’Urquhart, au nord du Loch Ness.

Par Jocelyne Aird-Bélanger 

Pourquoi aller en Écosse? Les raisons ne sont-elles pas toutes belles pour voyager, changer d’air et renouveler son regard sur la vie et les gens? On peut aussi faire à rebours le chemin que nos ancêtres ont parcouru, remonter dans le temps et revoir le pays d’où ils ont dû s’arracher un jour pour faciliter la vie de leurs enfants et trouver la sécurité et la paix. On traverse l’Atlantique et nous voilà en Écosse, ce beau pays plein de contrastes au nord de l’Angleterre. Édimbourg nous accueille avec ses musées, son château, ses collines et son histoire mouvementée datant de la préhistoire. La ville est harmonieuse et facile à visiter. La reine Élisabeth et ses 90 ans sont célébrés avec fierté un peu partout à grands coups de tartans et de cornemuses! Même les touristes chinois s’y laissent prendre!

Ce pays, qui a déjà connu des heures très sombres, est aujourd’hui à la fine pointe des technologies et plein de vie et d’élan. Se séparera-t-il un jour de l’union qui le lie à l’Angleterre? Pas facile à dire… En attendant, on est impressionné par l’aimable architecture victorienne toute de pierres blondes et rouges. Les marchands écossais, connus pour leur sens des affaires, envoyaient autrefois des bateaux au Canada pour rapporter chêne, pruche, cèdre et autres bois durs pour construire leurs grands navires. Au lieu de venir ici la cale vide, ils l’emplissaient de la pierre de leur pays pour construire des édifices au Nouveau Monde. Voyez la rue Sherbrooke, à Montréal, le long du Mille carré doré (Golden Square Mile), ou encore l’Université McGill, fondée en 1821 par l’homme d’affaires montréalais d’origine écossaise James McGill (17441813).

Pour arriver à Kirkmichael, d’où sont partis William Aird, sa femme Mary Hunter et leurs six enfants en 1831, il faut se diriger vers Glasgow et descendre vers le sud-ouest, dans les Lowlands agricoles et bucoliques qui font un peu penser aux Cantons de l’Est. Le petit village a bien dû se vider d’une grande partie de ses habitants lors du Clearance Act, cette loi britannique inique qui forçait les petits propriétaires à abandonner leurs terres pour laisser plus de place à la chasse, aux grandes entreprises agricoles et à l’élevage des moutons. Comme ce fut le cas en Irlande, si proche, l’Écosse a elle aussi subi une grande famine lors de la maladie des pommes de terre. C’est pourquoi on retrouve dans le monde plus de 15 millions de descendants d’Écossais alors que le pays lui-même ne compte aujourd’hui que 5 300 000 habitants. Arrivée au Canada, la famille Aird s’installa à Laprairie avant de venir à Montréal et d’avoir quatre autres enfants. Dans le petit cimetière adjacent à l’église Saint-Michael, on retrouve sous des arbres centenaires des tombes moussues du nom de Aird et on apprend même que James, notre ancêtre, est né dans une maison adossée au mur du cimetière. Six générations plus tard et toute une série de grands-mères paternelles d’origine francophone québécoise avec, du côté maternel, des ancêtres venus de France à compter de 1661, ne nous restent que ce nom et quelques gènes écossais comme traces de nos courageux ancêtres.

Mais le voyage ne se termine pas là. On continue vers Ayr, puis vers les hautes montagnes, bien souvent couvertes de neige. En repassant par Glasgow, on peut apprécier le design de Charles Rennie Mackintosh, contemporain de Frank Lloyd Wright au début du XXe siècle, ou encore le très moderne Musée des transports, érigé en 2011 par la célèbre architecte britannique Zaha Hadid, récemment décédée.

Nous voilà dans les impressionnants Highlands et bientôt sur les rives du Loch Ness, ce grand lac de 39 kilomètres d’où le monstre a oublié de venir nous saluer. Les ruines du château d’Urquhart assurent toujours la garde au nord du lac. Le château a été construit vers 1230. Il a été en grande partie détruit en 1692 pour éviter qu’il ne devienne une place forte des jacobites, puis n’a jamais été reconstruit.

Guidés par la voix de « Chantal » qui nous indique de « Serrer vers la gauche » ou de « Continuer sur cette route », on se retrouve facilement grâce au fidèle GPS sur d’anciennes petites routes ou sur les autoroutes modernes qui sillonnent l’Écosse. Après Inverness, on parcourt l’extraordinaire région que l’on peut voir dans Outlander et l’on traverse la vallée de Culloden où, en 1746, les clans écossais perdirent pour toujours leur emprise sur le pays au profit des Anglais. Hautes montagnes enneigées, vallées paisibles et vertes, parsemées de moutons, de châteaux et de jardins, et encore des montagnes bleues et blanches au fond de l’horizon. Spectaculaire et inoubliable! Ces montagnes qui ont été complètement déboisées au cours des siècles sont en passe de revoir des arbres grâce à un intense programme de plantation. Elles donnent aussi naissance à tout un réseau de rivières où le saumon est roi. C’est d’ailleurs le meilleur au monde, dit-on, et avec raison! À Pitlochry, la toute petite ville préférée de la reine Victoria qui la visita en 1843 avant de s’y rendre en train une vingtaine d’années plus tard, 4000 cyclistes achevaient un parcours de 133 kilomètres dans les montagnes au profit d’une association de bienfaisance. Avec un climat qui rappelle le nôtre, peut-être un peu moins froid à cause de la proximité du Gulf Stream, les Écossais sont de grands amateurs de plein air en toute saison.

De retour à Édimbourg pour terminer ce court périple, rien de mieux que de visiter le palais royal écossais de la reine d’Angleterre où habita Marie Stuart au 16e siècle et où Élisabeth II séjourne de nos jours lors de ses passages en Écosse. On en profite pour admirer, juste en face, le nouveau parlement ultra moderne conçu par un architecte barcelonais, ce qui permet de mesurer une des caractéristiques frappantes de ce beau pays : la vitalité dans la continuité!