Trop, c’est comme pas assez

Trop, c’est comme pas assez

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Par le Dr Simon-Pierre Landry, omnipraticien à l’urgence et aux soins intensifs à Saint-Agathe-des-Monts

Pour les soins de santé comme dans la vie, trop, c’est comme pas assez. La médecine occidentale a fait des bonds de géant au cours du dernier siècle, surtout après la Deuxième Guerre mondiale. C’est en partie la technologie médicale qui a permis que l’espérance de vie d’un homme au Canada passe de 59 à 80 ans entre 1920 et 2015.

Cependant, nous sommes maintenant confrontés à une nouvelle épidémie. En effet, nous observons plusieurs problèmes de santé causés par l’excès de médicaments et d’examens médicaux. C’est pourquoi l’Association médicale canadienne a lancé la campagne de santé publique Choisir avec soin, afin de sensibiliser les patients aux risques de surutiliser les examens radiologiques et les traitements disponibles1.

Prenons l’exemple du traitement de l’agitation par des sédatifs chez la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. De tels médicaments sont souvent prescrits afin de calmer un patient agité qui pourrait se blesser en chutant, ou lorsque celui-ci est agressif envers un aidant naturel ou un soignant. Malheureusement, ces médicaments sont parfois utilisés de façon trop prolongée, pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Cette utilisation trop longue cause souvent des effets secondaires comme de la somnolence et des problèmes de cœur. Un autre exemple est la surutilisation des antibiotiques dans les cas de bronchite. L’utilisation d’antibiotiques peut entraîner des allergies, en plus de causer des problèmes intestinaux et de potentiellement diminuer l’efficacité de l’antibiotique lui-même les prochaines fois lorsque celui-ci sera réellement nécessaire.

C’est pour cela qu’il est important que vous analysiez votre liste de médicaments de façon régulière avec votre médecin de famille et votre pharmacien. Réévaluer sa médication permet d’arrêter des médicaments qui ne sont plus nécessaires pour votre bien-être et d’éviter leurs effets secondaires indésirables.

D’un point de vue économique, un des avantages non négligeables d’être minutieux au sujet des traitements médicaux est de diminuer vos dépenses de santé ainsi que celles de l’État. En évitant de gaspiller de l’argent dans des traitements inutiles ou potentiellement dangereux, nous augmentons notre capacité de dépenser collectivement pour des soins réellement bénéfiques (par exemple, engager du personnel infirmier dans nos CHSLD). Des experts estiment que près de 30 % des dépenses de santé au Canada sont inutiles2.

Chaque test et médicament amène des avantages, mais également des risques. C’est l’équilibre entre les bénéfices et les risques qui doit être l’objectif. La complexité de bien traiter nos patients, comme professionnels de la santé, est certes de faire un bon diagnostic, mais surtout d’adapter nos traitements à l’individu qui est devant nous. Docteur « Google » et l’internet demeurent pour l’instant incapables d’établir la relation de confiance patient-médecin/pharmacien nécessaire pour prendre une décision individualisée sur les désirs et la situation propres au patient. Chaque personne est unique, ce qui rend chaque problème de santé tout aussi unique.

  1. http://www.choisiravecsoin.org/
  2. http://www.troymedia.com/2016/05/04/epidemic-overdiagnosis-overtreatment/