Il faut vouloir, et nous voulons

Il faut vouloir, et nous voulons

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Photo par Kathy Poulin.

Par Kathy Poulin

Ils sont débarqués directement de Jordanie, où ils ont passé trois ans dans un camp de réfugiés. Bassima (enceinte), Ahmoud, et leurs deux enfants, Khaled et Mahmoud, ne parlent pas l’anglais, à peine quelques mots de français. Ils avaient le choix entre vivre à Saint-Jérôme ou ici : ils ont choisi Val-David. Le 17 décembre, mon camion est plein à ras bord des articles offerts par les familles de Val-David à la famille syrienne qui arrive. Des jeux, des livres, des vêtements, des articles de sport, tout est d’excellente qualité, avec de belles attentions. Il y a même des objets soigneusement emballés! Des cartes de bons vœux les accompagnent. Et Nadège, du resto C’est la vie Café qui offre un certificat illimité pour un repas familial… Et Paul qui offre un coffre à outils… Et Patrice, les bâtons de hockey… Et la petite June qui donne son beau grand miroir dinosaure… Et des offres pour de l’accompagnement, pour de l’aide, pour des services… Et j’en passe… Je suis époustouflée par toute cette générosité! Je constate que nous sommes tous touchés par la souffrance du peuple syrien et que nous voulons collaborer. Cet événement me fait réaliser, encore une fois, à quel point nous avons besoin de nous impliquer, de faire une différence. Le tissu social à Val-David est extraordinairement puissant! Il s’agit simplement de tendre la main… Il faut aussi remercier Dominique Forget et tout le groupe d’accueil qui ont travaillé beaucoup, beaucoup, beaucoup depuis plus d’un an pour faciliter cet accueil.

Puis, le 17 décembre, nous avons eu une rencontre pour organiser l’environnement de cette famille arrivée au Québec depuis moins d’une semaine. Comment intégrer des inconnus et répondre à leurs besoins fondamentaux, eux qui débarquent dans un pays inconnu où on parle une langue inconnue, où les habitudes de vie et les coutumes sont si différentes?  Des gens qui ont quitté leur famille, leurs amis, leur pays détruit par la guerre? Comment leur laisser l’espace dont ils ont besoin, tout en étant disponibles?

En même temps, le quotidien, pour eux, est une aventure de tous les instants : comment ça fonctionne, le chauffage dans nos maisons? Elle est où, l’épicerie? Comment on leur montre que c’est possible et amusant de jouer dans la neige? On trouve ça où, du zhaatar, à Val-David? Qui a un ordinateur à donner qui permette l’écriture en arabe? Comment gérer la surabondance des dons, accompagner le stress au-delà des services de base très élémentaires offerts par le gouvernement (ce n’est pas une critique, c’est une simple constatation — bien des citoyens québécois ont droit à moins que rien…)?

Nous sommes donc les premiers surpris à avoir trouvé huit personnes dans notre petit village de moins de 5000 habitants qui parlent arabe et qui ont accepté d’accompagner la démarche d’intégration. Les volontaires qui serviront de guides pendant les premiers jours pourront compter sur eux. D’autres se sont offerts pour s’occuper du transport. D’autres encore proposent de faire une première épicerie avec des aliments de base qui conviennent. De garder les enfants pendant les rendez-vous des parents. D’aider à faire le tri et la redistribution des multiples dons reçus (c’est toute une tâche!). Encadrer l’installation dans l’appartement. Faire un calendrier Google pour structurer tout ça… Bref, toute une organisation! De toute évidence, la communauté de Val-David et des environs sait se mobiliser pour donner le meilleur.

Photo par Kathy Poulin.
Photo par Kathy Poulin.

Conclusion : la petite famille est confortablement installée, chaudement habillée, et le frigo et les armoires sont pleins. Ils peuvent enfin se déposer, apprendre à se sentir en sécurité, cuisiner, prendre soin d’eux. Nous sommes plusieurs à veiller discrètement à leurs besoins: visites chez le médecin, nécessités matérielles, transport, recherche d’emploi, etc. Et surtout, leur intégration dans la communauté. Il s’agit de trouver l’équilibre entre leur intimité et les activités sociales, ce qui n’est pas toujours évident! C’est notre amie Isabelle qui a véritablement brisé la glace en les amenant au village du père Noël avec sa famille, rien de moins: le lutin en chef leur a généreusement offert la visite. Quel merveilleux moyen pour les enfants d’apprendre que jouer dehors en hiver, c’est extraordinaire! Je l’ai déjà dit, mais je suis fascinée par le pouvoir que nous avons de faire, avec un petit geste, une grande différence pour rendre les gens heureux.

Et ce qui fait le plus chaud au cœur, c’est de voir la facilité avec laquelle les enfants s’adaptent. Ce sont de véritables petites boules d’amour qui ne demandent qu’à être heureuses! Ils apprennent rapidement à découvrir leur nouvel univers, à jouer dans la neige. La langue n’est pas un obstacle : un sourire les rassure, le plaisir de jouer les propulse. Leurs parents sont conquis par ce bonheur partagé.

Je nous souhaite à tous, en ce début de 2017, de conserver ce privilège de savoir et de pouvoir faire du bien aux autres, autour de nous. Et de faire chaque jour des efforts pour que la paix et l’amour aient le dernier mot. Puisque de toute façon, sur cette Terre, nous sommes tous des réfugiés.