Paul Calce: Savoir, pouvoir, oser, agir

Paul Calce: Savoir, pouvoir, oser, agir

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Par Michel-Pierre Sarrazin

Pour illustrer l’impact économique de la CDE, nous publierons dans les mois à venir plusieurs dossiers sur l’industrie laurentienne et son essor. Paul Calce sera notre guide, avec son équipe.

Faut se parler

Tel est le slogan 2017 du directeur général de la CDE (Corporation de développement économique), le bras économique de notre MRC des Laurentides qui offre un soutien propulseur aux entreprises de chez nous. Pour faire une image, disons que Paul Calce est une sorte de drone financier qui survole l’ensemble du territoire. Directeur général de la Corporation de développement de la MRC des Laurentides depuis 1996, il est un des acteurs essentiels du développement de la région. Sa profession de « développeur économique » l’amène quotidiennement à collaborer avec les décideurs politiques et les gens d’affaires influents. Dès qu’il est question d’un projet structurant d’envergure, Paul est aux premières loges : Centre d’études collégiales de Mont-Tremblant, service de transport collectif municipal L’Inter, réseau de fibres optiques, Tourisme aérien Laurentides, Ironman : Paul est de toutes ces réalisations et de bien d’autres encore.

On a beau dire que les questions économiques ont parfois quelque chose d’assommant, sinon d’abstrait, ce n’est jamais le cas quand vous en discutez avec ce spécialiste expert du profil socioéconomique de notre région. L’homme sait tout, et ce qu’il ne sait pas, il le met au programme de ses priorités. Exemple, pour 2017, il insiste sur la nécessité d’augmenter nos connaissances du tissu économique laurentien.

On n’est pas tous des touristes

« Les maires des municipalités connaissent bien leur localité mais pas toujours aussi bien ce qui se fait dans les autres localités. Tout comme les entrepreneurs, d’ailleurs. Une meilleure connaissance de nos ressources proches est le premier pas vers un tissu économique fort et rentable, explique M. Calce. Depuis des décennies, on ne parle que de tourisme, dans les Laurentides. Oui, le tourisme, c’est vital, mais de plus en plus, les gens viennent ici pour y vivre à temps plein. Ils ont besoin de savoir où sont les écoles, les patinoires, les marchés publics, les boutiques, les maisons de retraite formidables, les entreprises importantes qui créent de l’emploi pour tous les âges et pas juste dans le domaine du tourisme.

Mieux, depuis des années, les MRC dans les Laurentides développent ce que j’appelle des “zones de cohérence”, soit un schéma d’aménagement qui regroupe l’habitat selon ses affinités et ses besoins : l’industrie avec l’industrie, le résidentiel avec le résidentiel, dans l’optique de respecter l’environnement de chaque domaine d’activité, mais en créant des relations les uns avec les autres. Quand tu prends ton café, le matin, tu n’as pas besoin que le camion-remorque qui vient livrer des palettes à l’usine du coin passe dans ta cour. Par contre, ton fils pourrait bien se trouver du travail dans l’entreprise voisine. Il faut donc qu’on soit proches les uns des autres, mais sans se piler sur les pieds. Il faut être cohérent dans l’aménagement de nos villes et villages. Cette préoccupation, c’est l’approche citoyenne, c’est savoir qui sont les gens qui vivent ici, de quoi ils ont besoin, comment leur offrir ce qui va les aider à rester. Et si on fait bien notre travail, le tourisme va venir voir combien c’est le fun de vivre chez nous! »

Priorités

Pour que la MRC des Laurentides soit reconnue comme une véritable « destination économique » par l’ensemble de ceux qui veulent s’y implanter et par ceux qui y vivent et y travaillent déjà, il faut un plan d’action global dans lequel tous ces partenaires se reconnaissent. Trois signaux émanent déjà de la CDE et flashent à répétition au-dessus de tout le territoire, pour la période de 2016 à 2020 : 1. planifier ensemble, durablement; 2. diversifier nos actions sur le plan économique; 3. créer des emplois. C’est vital et pour tout le monde, en particulier dans une conjoncture historique où la monnaie et les structures politiques mondiales sont instables, voire en plein bouleversement. Mais pour que ce travail porte fruit, la CDE, avec le concours des intervenants majeurs, soit les mairies, les professionnels, les manufacturiers, les entreprises du domaine touristique et de la construction, va agir sur cinq fronts. Ce plan d’action est trop vaste pour être résumé ici, mais en voici les grandes lignes :

1. Augmenter notre connaissance de nos réalités économiques : identifier nos besoins en main-d’œuvre, redéfinir le concept de commerce de proximité, profiter du bassin de travailleurs autonomes, mieux comprendre les villégiateurs, identifier les besoins des 65 ans et plus;

2. Améliorer l’accueil et la prise en charge des entreprises : créer un fonds de développement économique régional, encourager la création de fonds municipaux, créer un guide d’accueil pour stimuler l’implantation des entreprises, soutenir les entreprises existantes par des services-conseils et financiers;

3. Soutenir le développement des industries traditionnelles : agroalimentaire = diagnostic organisationnel, formation, soutien technique; forestier = favoriser le maillage des entreprises et le développement des terres publiques; récréotouristique = assurer la pérennité des attraits existants et mise en valeur; agriculture = soutenir le projet de banque de terre et favoriser la relève agricole; tourisme = développer le maillage avec la Station Tremblant pour établir les perspectives de développement international et les retombées pour toute la région.

4. Soutenir la diversité économique sur la base du développement durable : création d’un parc d’affaires mixte (5 millions de pi2), soutien aux entreprises émergentes de fabrication ou de distribution, incitatifs multiples (aide au financement, services-conseils, formation, mentorat, etc.); favoriser l’économie verte (échange de matières et d’énergie, promotion de technologies propres), développer le potentiel acéricole, campagne d’approvisionnement en produits et services locaux.

5. Valoriser la fierté et l’appartenance à la région des Laurentides : mobilisation systématique de tous les intervenants dans les 20 municipalités, tout comme les autres acteurs socioéconomiques sur tout le territoire; mesurer annuellement les retombées, créer un forum socioéconomique permanent, lancer une campagne de promotion stimulante, promouvoir l’éducation, favoriser l’offre complémentaire dans le pôle santé Sainte-Agathe-des-Monts/Mont-Tremblant, favoriser l’amélioration des télécommunications cellulaires et internet, consolider le réseau de transport collectif et adapté pour les citoyens, étudiants et travailleurs des Laurentides…

Pour Paul Calce, voilà le pain quotidien, la bible, le programme, la croisade. Et croyez-moi, il prend ce boulot au sérieux.

Depuis plus de 30 ans, que ce soit à titre consultatif, à titre exécutif ou comme chef de file, l’homme n’a qu’un mot à la bouche : Laurentides. Pour lui, les villes et villages qu’il visite constamment, trop souvent jaloux de leurs prérogatives et compétitifs par tradition, font partie d’un même pays. Point final. Il cherche, sans relâche, à ouvrir les esprits à cette vision plus large, si importante pour assurer un développement continu, en mettant les entreprises en relation les unes avec les autres. La concurrence, pour Paul Calce, ce sont les autres régions, par le nord et le sud de la nôtre. Le DG de la CDE est intimement convaincu, comme tous les décideurs qui ont envie que le développement économique soit en constante progression, que la mise en réseau de nos ressources régionales est la clé de notre développement collectif.

En fait, en 2017 et pour de nombreuses années à venir, le rassemblement des forces régionales est la seule voie pour assurer le niveau de vie et la croissance sans lesquels notre société, qui n’est pas à l’abri d’une crise économique, peut se déliter. Aujourd’hui, avec ce qui se passe hors de nos frontières, sur quoi nous n’avons pas beaucoup d’emprise, ce n’est plus un choix, c’est devenu une nécessité, un passage obligé. Travailler ensemble. Pour ça, comme le disait le président Obama dans son dernier discours, ça prend plus que des échanges de courriels. Il faut se parler, face à face. Monsieur Calce ne dit pas autre chose.

Les Laurentides en bref 

•603 300 habitants

• 7,17 % de la population totale du Québec

• 8 MRC couvrant 20 544 km2

• Population en croissance de 6,3 % (celle du Québec, de 4,4 %). D’ici 25 ans, le nombre de résidents aura augmenté de 28 %, soit la plus forte croissance de tout le Québec[1]. Oui, dit Paul Calce, à condition de « penser Laurentides » et pas juste à son patelin.

Un exemple

En 2015, l’entreprise Bois La Minerve, grâce à l’aide financière de la CDE, a pu relancer l’industrie forestière tombée en désuétude dans ce secteur. « L’accès simple et rapide à ce financement nous a permis de contribuer à l’essor de notre communauté et à créer de nombreux emplois permanents », explique M. Cormier, PDG de l’entreprise. Un travail de réseautage soutenu à la source par l’Office des producteurs de bois de la Gatineau, un regroupement d’exploitants qui rationalisent collectivement leur exploitation durable et leur mise en marché. Grand-Remous, Montcerf-Lytton, Bois-Franc, Aumond, Egan-Sud, Maniwaki, Déléage, Sainte-Thérèse-de-la-Gatineau, Messines, Blue Sea, Bouchette, Gracefield et Lac-Sainte-Marie sont des municipalités qui adhèrent au plan. Le territoire du Plan conjoint supporte un volume total de 13 864 000 mètres cubes de bois et est composé à 61 % de feuillus et à 39 % de résineux. À cette échelle, le bois est plus qu’une forêt debout : c’est un gagne-pain pour des centaines de travailleurs de la région.

[1] Institut de la statistique du Québec, Perspectives démographiques, édition 2014. Une certaine prudence est de mise jusqu’à la mise à jour des données de l’évolution récente de la population, jusqu’à la compilation du Recensement de 2016.