J’ai souvenir encore…

J’ai souvenir encore…

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L'Arbre de Barkmere.

par Pierre Leblanc, sculpteur

Eh oui, l’arbre m’habite encore aujourd’hui. Depuis une vingtaine d’années, pour ne pas dire plus, l’arbre habite mon travail au point que je pourrais facilement en définir un corpus.

Corpus qui meuble en grande partie la place publique à travers mes sculptures monumentales. Soit plus d’une vingtaine d’œuvres contenant l’arbre, sur la place publique, de Rigaud à Labelle, de Sainte-Agathe-des-Monts à l’Université Laval, ou à même les portes du ministère de la Culture du Québec, se poursuivant vers la Cité-de-la-Santé de Laval, et plusieurs autres endroits encore. L’arbre est présent, toujours. Mes œuvres contenant un ou des arbres se propagent depuis plus de deux décennies sur le territoire québécois. Faut croire que le terreau y est propice.

Mais au préalable… Pierre Leblanc : d’où vient-il? Il y a du Miron là-dessous, avec son poème Tête de caboche, c’est indéniable. Oui, avec son : « Au cœur des feuilles l’idée de l’arbre ».

Mais il y a plus. En fait, il habite l’enfance. Une enfance heureuse, mon enfance, car mon père et ma mère s’aimaient et nous aimaient aussi. Et de toute évidence, l’arbre, avant d’être souvenir tenace, fut là, bien présent (présent physiquement parlant, s’entend), car ayant pris lieu et place sur ma rue natale, à la Côte-Saint-Paul, il a habité mon espace de vie au quotidien. Et il l’habite toujours et encore aujourd’hui, mais autrement. Vu sa grosseur, il devait être passablement vieux.

Je dirais pratiquement centenaire. Il existait donc largement avant ma venue au monde. Et de ce fait, ses racines plongent très profondément dans mon enfance. Il fait surgir des réminiscences, toutes liées à l’enfance. En effet, lui et nous, les trois frères et notre sœur Francine, de même que nos parents, habitions la même rue. Quel type d’arbre était-ce? Sans en être vraiment certain, car je n’avais pas les connaissances requises à l’époque, et pas l’diable plus aujourd’hui, je m’avancerais peut-être pour dire que c’était… un érable. Mais pas sûr! De toute façon, la sorte n’est pas vraiment importante. L’important, c’est lui. L’arbre.

Lui, dans sa forme, son apparence… par sa présence, en quelque sorte. Par sa signifiance, car il est arbre de vie, et dans la vie, ma vie, il peut même être… généalogique! Mais, à l’époque, entre lui et nous, ça va devenir physique.

Je le revois encore très clairement sur ma rue, la rue de mon enfance, la rue de ma naissance, la rue Roberval en face de la maison des Nantel. Oui, de l’autre côté de la rue, au pied de la petite colline, créée artificiellement par le CN. Une butte de terre supportant une plateforme de métal avec planchéiage de bois, du Canadian National. Sur cette plateforme était érigée une immense construction métallique peinte en noir. Elle avait la forme des tours très anciennes construites comme celles à l’époque des châteaux, afin d’attaquer leurs forteresses. On les amenait devant leurs murailles, avec des chevaux et à force d’hommes, afin qu’elles servent entre autres de passerelles pour pénétrer à l’intérieur et attaquer les places fortes. En effet, la tour de mon enfance avait quelque chose de guerrier. Oui, guerrier.

Cette drôle de tour aux apparences de châteaux forts, dans les faits, contenait le charbon servant à nourrir les grosses locomotives à vapeur, toutes de noir vêtues, avec des lignes blanches sur le côté. Dans cette même construction était aussi l’eau nécessaire à alimenter la citerne de la locomotive… Avec ces deux éléments, la vapeur devenait garantie avec l’apport du feu… alimenté au charbon! On chauffait d’ailleurs avec ce combustible à la maison, du temps de ma prime jeunesse.

Mais pour les locomotives, le résultat en était la steam, comme on disait! Force motrice.

Avec ses grosses poussées de fumée blanche et plus souvent grise et noire!

À l’époque, en plus des locomotives, il y avait des pelles à steam. Mettant en marche les poulies faisant fonctionner une série de câbles qui, à leur tour, actionnaient la mâchoire de ladite pelle. Autre machine : le rouleau compresseur pour l’asphalte, lui aussi à la steam, force motrice importante qui sera remplacée par l’électricité.

Lire la suite dans une prochaine édition du journal.