La grande (et la petite) histoire de notre Parc

La grande (et la petite) histoire de notre Parc

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Le 1er avril dernier, Suzanne Arbique avait réuni une quinzaine de conférenciers au Far Hills pour raconter la grande et la petite histoire de la création du Parc régional.

par Suzanne Arbique

Récemment, j’ai organisé une conférence racontant l’histoire du Parc régional de Val-David–Val-Morin. L’intérêt de cette démarche était de deux ordres : le premier, évident, était de faire connaître les événements qui ont mené la population des deux villages à acquérir d’immenses terrains pour en faire un parc. C’était un choix politique et financier important, car il supposait que les Val-Davidois et les Val-Morinois investissaient beaucoup d’argent dans le plein air. Cela supposait une grande confiance et un grand amour envers les espaces verts.

Le deuxième intérêt était de rendre hommage à ceux et celles qui ont donné des centaines d’heures pour que ce magnifique projet aboutisse. Merci à chacun de vous.

Pour faciliter la compréhension des événements et aider la mémoire de mes conférenciers, j’ai créé cet historique. Je l’ai bâti à partir des souvenirs des nombreuses personnes que j’ai interviewées et des lectures que j’ai faites. À cet égard, je remercie tout spécialement Diane Seguin et Michel-Pierre Sarrazin, qui m’ont donné généreusement accès à la mémoire du village, soit les archives du journal Ski-se-Dit.

Il est possible qu’il y ait des erreurs dans cet historique; vous savez, la mémoire est parfois trompeuse. Vous seriez bien aimables de me les signaler, car elles ont été faites de bonne foi, et je ne voudrais en aucun cas porter préjudice à qui que ce soit.

Le texte se divise en trois parties : Avant le Parc, L’idée du Parc, et Enfin le Parc! Il sera donc publié en trois volets.

Voici la première partie : Avant le Parc

1917 – 30 juillet – Léonidas Dufresne, petit-fils de Jean-Baptiste Dufresne (l’un des trois colonisateurs de Val-David), achète un grand terrain sur le lot 30. Une bonne partie de ce lot deviendra le Parc.

1929 – À Sainte-Agathe-Sud, les membres de la famille Kerr-Gillespie commencent le défrichement d’un sentier qui permettra aux plus jeunes enfants d’aller, à pied ou en ski, à l’école sur le chemin Brunet, puis à celle de Sainte-Agathe-des-Monts.

1930-31 – La famille Kerr-Gillespie allonge ce tracé jusqu’à l’hôtel Chalet Cochand, à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. Ce trajet traverse la terre de la famille Lachaine, puis celle de la famille Laverdure, puis celle de la famille Guindon. Donc, il longe Val-David, traverse les terres des Frères à Val-Morin, passe tout près de l’hôtel Far Hill’Inn et puis traverse les lacs Lavallée et La Salle. Le sentier est balisé avec des plaquettes illustrant le drapeau suédois : une croix jaune sur un fond bleu. Très souvent, ce trajet reprend d’anciennes pistes amérindiennes qui s’étaient reboisées.

Les garçons de la famille Kerr-Gillespie ont participé à de nombreuses compétitions de ski dans les Laurentides et ailleurs. Ils ont accumulé un grand nombre de trophées et de médailles. Ils se rendaient au lieu de la course en ski, et après leur performance, ils revenaient en ski. Quels formidables athlètes!

Alex Kerr-Gillespie a même gagné la médaille d’or au Championnat de ski de fond du Québec.

1932 – John F. Brett réussit avec ses fils la première voie d’escalade traditionnelle au Québec. Il s’agit de la Valse, au mont Césaire. Rapidement, Val-David deviendra le berceau de l’escalade au Québec.

Hermann Smith-Johannsen donne le nom de Maple Leaf au sentier d’une quarantaine de kilomètres qu’il a créé et qui relie Shawbridge (Prévost) à Sainte-Agathe-des-Monts en passant par Saint-Sauveur, Sainte-Adèle, Val-Morin et Val-David.

Émile Maupas s’établit au bord du lac Raymond à Val-Morin. Il y bâtit un camp où il fait la promotion de l’activité physique auprès d’une clientèle jeune et nombreuse.

1933 – Construction à la pelle d’un barrage pour faire naître un réservoir d’eau afin de créer le lac Dufresne, maintenant appelé le lac la Sapinière. Ce ruisseau, se déversant dans la rivière du Nord, a servi à alimenter en eau une partie de la population du village. Aujourd’hui, ce plan d’eau est juste en face du refuge du sentier des Deux Vals.

1936 – Léonidas Dufresne construit le chalet La Sapinière. C’est un camp en bois rond d’une dizaine de chambres. Toujours précurseur, il affirme que les touristes vont venir pour des vacances d’hiver et d’été. Ainsi, il fait rouler l’économie du village, il faut penser que c’est alors la récession.

1937 – Alex Kerr-Gillespie devient le directeur et le premier instructeur de l’école de ski au chalet La Sapinière, qui deviendra bientôt l’hôtel La Sapinière.

1938 – Léonidas Dufresne installe une remontée mécanique pour faciliter le ski des clients de La Sapinière. La piste aurait été créée près de la descente de la Maple Leaf quand elle rejoint la piste Deux Vals au secteur Dufresne.

1942 (aux environs de…) – Naissance de l’Alpine Club, à Montréal, et du Canadian Mountain Club qui, comme leur nom l’indique, regroupent des adeptes du plein air et de la montagne. Encore aujourd’hui, leurs membres fréquentent notre Parc.

1942 – Le nouveau propriétaire d’une partie du mont Césaire, Roland Plante, planifie d’y construire un centre de ski alpin.

1944 – Jean-Louis Dufresne, fils de Léonidas et maintenant propriétaire de La Sapinière avec ses deux frères, Fernand et Alfred, lui cède son rope-tow (câble tracté par un moteur d’automobile qui remonte les skieurs en haut de la pente. Que de mitaines sacrifiées!) pour l’inciter à ouvrir son centre de ski sur le versant sud, le mont Saint-Aubin.

1945 – Ernest Scroggie fonde le Ski Club Val-David dont Mme Plante est secrétaire. Au gros Mont Plante (comme on disait à l’époque), de nouvelles pistes dessinées par le réputé Autrichien Beno Rybizka sont ouvertes sur le versant nord. Elles s’ajoutent à la Plante Speedway, créée en 1934 par les frères Gillespie : Alexander, Tom et Gault. Cette dernière était utilisée lors des championnats de descente de la Laurentian Ski Zone. Puis, M. Plante s’endette pour faire installer le fameux Rocket T-Bar. Ceux qui l’ont déjà pris savent très bien pourquoi il s’appelait le Rocket! Il sera inauguré le 10 janvier 1954. Heureusement que M. Plante était ami avec le président de la Gatineau Power, parce que ce n’était pas tout d’avoir un remonte-pente, il fallait aussi amener l’électricité nécessaire à son fonctionnement dans le rang Doncaster.

Un beau terrain en pente défriché et essouché à la main par le père de M. René Légaré jouxte sa propriété. Malheureusement, M. Plante n’a plus assez d’argent pour l’acheter. M. René Légaré lui dit d’utiliser sa terre et de le payer quand il le pourra. C’est ainsi que la piste l’Amateur est née sur une poignée de main. Quant aux autres pistes : la Standard est devenue une montée piétonnière, la Shaky Legs, l’International, la Beno et la Plante Speed Way sont maintenant des pistes de télémark intégrées dans le Parc. À l’époque, l’anglais était de rigueur. À noter que c’est au mont Plante qu’il y eut le premier tremplin de ski acrobatique au Canada.

1949 – Fondation du Club de Montagne le Canadien par Julien Labedand.

1950 – Yvon Guindon crée un petit centre de ski, le Mont Guindon. C’est maintenant la pente que l’on monte pour aller rejoindre la Deux Vals ou les sentiers de raquette dans le secteur Dufresne du Parc.

Pendant ce temps, au secteur Far Hills : Luc Vendette, né en 1872 dans le secteur de la rue Vendette et du chemin du Lac-La Salle, deux de ses fils (Hermas et Henri) et l’un de ses petits-fils, Lucien Vendette (père de Daniel), se sont transféré respectivement le lot no 3 pour Hermas et le lot 4A et 4B pour Henri. Ces lots sont situés du côté droit du lac Amigo (qui s’appelait alors le lac Davidson). Selon le témoignage de Luc, son père, Joseph Vendette, était déjà dans le secteur vers 1853. Le chemin du Lac-La Salle s’appelait alors la montée Vendette.

Sur le lot no 3 et le lot no 4A/4B, maintenant, il y a le début et l’arrivée de quelques pistes, le chalet Far Hills et le stationnement. Un lot équivaut à une terre d’environ 1 000 pieds de front et d’une profondeur de 5 000 pieds, ce qui donne environ 100 acres.

À l’époque, ces terrains constituaient deux terres distinctes : il y avait le lot no 3, appartenant à la lignée de Luc, Hermas et Lucien (père de Daniel). Ce lot a été vendu vers 1959 à Elisabeth Bako, mariée à M. Fonay, qui a vendu par la suite une partie de la terre, soit le lot 3-1, à Monsieur le juge John Bishop.

Puis, il y avait le lot no 4A/4B, appartenant à la lignée de Luc, puis à Henri, qui l’a vendu vers 1960 aux propriétaires du Far Hill’s Inn du temps. Ceux-ci, par la suite, le revendirent à Monsieur Smith. On trouve maintenant sur cette terre une partie des pistes du centre de ski de fond Far Hills, la bâtisse et le stationnement.

Pour ce qui est des lots 2A et 2B qui longent le lac Amigo, ils forment une terre qui était, au début du siècle, la propriété de la famille Émil Loiseau et par la suite, de Monsieur Davidson, puis de Monsieur Fisher. Au moment de l’expropriation, M. Sylvain Cousineau a acheté le terrain de M. Fisher, en plus des autres, comme on le sait.

Et il y avait un champion de ski dans la famille. En effet, M. Lucien Vendette (père de Daniel) a souvent le meilleur ou l’un des meilleurs temps aux championnats de cross-country (comme on disait à l’époque) de la Zone laurentienne. M. Maupas est son entraîneur.

1956 – Retour à Val-David : construction d’un abri pour les alpinistes au pied du mont Césaire par un regroupement de grimpeurs. Ceux-ci avaient la permission de la famille Dufresne de s’y installer.

1967 – Fondation du Club de Montagne et de Grande Randonnée (CMGR) par Gilles Parent, puis avec Claude Lavallée, de la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade. Cette Fédération louera pendant longtemps les parois d’escalade à M. Dufresne.

1968 – Création de l’École québécoise des Sports de Montagne, qui organise des formations et des stages à l’auberge Le Rouet.

1968 – 30 oct. – Les clubs d’escalade et de randonnée du Québec se rassemblent et fondent la Fédération des clubs de montagne du Québec (FCMQ). Claude Lavallée en est le président, Gilles Parent, le secrétaire et Denis Gravel, le directeur général.

1969 (juin) – Entente notariée entre la famille Dufresne, représentée par Jean-Louis Dufresne, et la FCMQ pour l’accès aux parois d’escalade.

1971 – Construction d’un refuge au pied du mont Césaire par la FCMQ, avec la permission de la famille Dufresne. Robert Brazeau en était le gardien. Quand les grimpeurs arrivaient avec leur équipement, ils passaient chez M. Brazeau pour avoir la clé, et ils ne devaient surtout pas oublier de la lui rendre avant de partir. Cet abri leur permettait de garder leurs biens et équipements en sécurité durant les escalades et parfois même, certains y dormaient même si ce n’était pas permis.

1972 – Val-David, massacre écologique! Le gouvernement a besoin de gravier pour le prolongement de l’Autoroute 15, et Val-David est riche de ce type de roche. Le village est devenu invivable tellement il y a de camions, de vacarme et de poussière. On reluque même la roche des sites d’escalade!! Les citoyens se révoltent.

1973 – 22 septembre : Thérèse Dumesnil réunit huit personnes chez elle pour fonder le Club de montagne de Val-David. Elle en est élue présidente. Hubert Morin met sur pied une équipe de secours et Normand Cadieux est nommé responsable des sites d’escalade.

1974 – Thérèse Dumesnil tourne un court métrage sur le ski de randonnée avec l’ONF : Demain l’hiver. Elle devient vice-présidente de la FCMQ, qui deviendra la Fédération québécoise de la montagne. Elle pilotera alors la préparation du dossier de la création du parc provincial Dufresne avec une dizaine de personnes.

– Une équipe de secouristes motoneigistes brevetés est mise sur pied pour évacuer les blessés, randonneurs, skieurs ou motoneigistes. Elle effectuera 96 opérations de sauvetage en 5 ans pour évacuer les randonneurs blessés ainsi que 4 opérations de recherche.

1975 – 9 mars : fête au village pour le centième anniversaire de naissance d’Hermann « Jack Rabbit » Smith-Johannsen.

Un merci tout spécial à Jocelyne Aird-Bélanger, Monique Légaré, Pierre Gougoux, Gilles Parent, Claude Lavallée, au journal Ski-se-Dit et à la Société d’histoire de Val-David.