La grande (et la petite) histoire de notre Parc (partie 2)

La grande (et la petite) histoire de notre Parc (partie 2)

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par Suzanne Arbique

Récemment, j’ai organisé une conférence racontant l’histoire du parc régional Val-David–Val-Morin. L’intérêt de cette démarche était de deux ordres : le premier, évident, était de faire connaître les événements qui ont mené la population des deux villages à acquérir d’immenses terrains pour en faire un parc. C’était un choix politique et financier important, car il supposait que les Val-Davidois et les Val-Morinois investissaient beaucoup d’argent dans le plein air. Cela supposait une grande confiance et un grand amour envers les espaces verts.

Le deuxième intérêt était de rendre hommage à ceux et celles qui ont donné des centaines d’heures pour que ce magnifique projet aboutisse. Merci à chacun de vous.

Pour faciliter la compréhension des événements et aider la mémoire de mes conférenciers, j’ai créé cet historique. Je l’ai bâti à partir des souvenirs des nombreuses personnes que j’ai interviewées et des lectures que j’ai faites. À cet égard, je remercie tout spécialement Diane Seguin et Michel-Pierre Sarrazin, qui m’ont donné généreusement accès à la mémoire du village, soit les archives du journal Ski-se-Dit.

Il est possible qu’il y ait des erreurs dans cet historique; vous savez, la mémoire est parfois trompeuse. Vous seriez bien aimables de me les signaler, car elles ont été faites de bonne foi, et je ne voudrais en aucun cas porter préjudice à qui que ce soit.

Le texte entier se divise en trois parties : Avant le Parc (publiée dans l’édition de mai), L’idée du Parc (1re partie ce mois-ci), et Enfin le Parc! Il sera donc publié en plusieurs volets.

2e partie : L’idée du Parc

1975 – mars – La Fédération québécoise de la montagne présente son projet nommé parc Dufresne. On veut protéger le territoire afin qu’il soit reconnu comme un parc naturel de récréation. C’est un projet d’une quarantaine de pages, fruit d’une analyse poussée et documentée du quoi, qui, comment, pour qui et pourquoi créer un parc au cœur de ces deux villages. Les deux maires, Julien Saint-Louis (V-D) et Wilbrod Foisy (V-M), ainsi que les deux députés, Maurice Dupras et Roger Lapointe, appuient le projet. Le premier plan du Parc couvrait un territoire deux fois plus grand que le parc actuel : environ 1 200 000 pi ca. Pour vous en donner une idée : à vol d’oiseau, tracez une ligne imaginaire englobant le lac La Salle, puis descendez jusqu’au bord du lac Casgrain, filez jusqu’au chemin Condor, bifurquez pour longer un peu le chemin Doncaster (là où est le BMR actuel), grimpez jusqu’au sommet du mont Plante et finalement, longez la montée Gagnon jusqu’au lac La Salle. On encercle et protège ainsi les monts Césaire, Condor, King et le lac La Salle.

– Une rencontre est organisée par la Fédération québécoise de la montagne avec le ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche de l’époque. Certains élus municipaux sont invités à se joindre au groupe. Le maire de Val-David, Julien Saint-Louis; Jocelyne Aird-Bélanger, conseillère municipale à V-D; Thérèse Dumesnil, présidente du Club de montagne de Val-David, et une dizaine d’autres personnes faisaient partie du groupe. Thérèse Dumesnil avait rédigé peu avant un grand reportage sur le sujet qui était paru dans la revue Perspectives. Les visiteurs ont vu plusieurs exemplaires de cet article dans le bureau du ministre. Il était donc au courant de la situation. Cette année-là, on calcule qu’il y a environ 15 000 adeptes de la grimpe au Québec.

– Un premier Comité du Parc est formé. Il était composé de Jocelyne Aird-Bélanger, Thérèse Dumesnil et Claude Lavallée.

– 24 mars – Conférence à La Sapinière au sujet d’un grand territoire à protéger. Les deux paliers de gouvernement offrent à Val-David et à Val-Morin 2 800 000 $, soit 1 680 000 $ du fédéral et 1 200 000 $ du provincial, pour démarrer un projet de parc : le parc Dufresne, parc provincial Val-David/Val-Morin pour loisirs et sports. On veut protéger cette forêt. Un gel est décrété sur ces terres pour les trois prochaines années. Ce projet est né des rêves des membres du Club de montagne de Val-David et de la Fédération québécoise de la montagne.

1976 – 27 avril – Les Frères des écoles chrétiennes mettent en vente leur immense territoire à Val-Morin. On parle d’un domaine d’environ 600 acres acheté à un riche marchand, M. Scroggie, qui, lui-même, le tenait de M. Luc Vendette père. Les religieux auraient vu d’un bon œil que le gouvernement du Québec transforme ce secteur en parc public à des fins récréatives. Cependant, ils annoncent qu’ils vendront au plus offrant. Les deux municipalités, sous l’impulsion de la Fédération québécoise de la montagne et du Concours international de musique, demandent à M. Claude Simard, alors ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, d’homologuer les propriétés des frères et de la famille Dufresne afin de les protéger d’un développement. On parle maintenant d’environ 2 000 acres de terrain. Pourquoi le Concours international de musique? Parce que cet organisme juge que les abords du lac La Salle sont le lieu idéal pour un concours de musique international. Vous souvenez-vous de la chapelle au-dessus de la falaise? En effet, les concerts y étaient extraordinaires.

– Le juge Desjardins, le président de l’Assemblée nationale du Québec, Jean-Noël Lavoie, et la compagnie Renato-Cervini s’empressent d’acheter de grands pans du territoire du futur parc envisagé.

– Selon le compte rendu du conseil municipal : il est proposé par M. Roland Gagné, appuyé par Mme Jocelyne Aird-Bélanger, que le Conseil municipal de Val-David soit entièrement d’accord sur le projet de parc provincial dans les limites de Val-David/Val-Morin. Les limites du territoire dudit parc devront toutefois être soumises au Conseil pour acceptation.

1978 – Trois ans plus tard, rien ne s’est passé, hélas! Et le gel devient caduc. Finalement, les deux nouveaux conseils municipaux de l’époque (vers 1978) refuseront le projet parce qu’il faudrait engager et, donc, payer un employé municipal supplémentaire pour l’entretien de ce parc. Stupéfaction et déception des gens qui croyaient en ce beau projet.

À l’époque au Far Hills

1979 – été – Bernard de Pierre, Suisse d’origine, est engagé par M. Smith au Far Hills Inn pour animer des activités sportives pour les clients. Il crée alors un parcours d’hébertisme. Malheureusement, les activités d’été ne sont pas très courues, les clients préfèrent la plage et le farniente. Par contre, l’hiver, grand succès, les clients veulent skier.

– M. Smith lui demande donc, deux étés plus tard, de dégager de nouveaux sentiers, d’entretenir et d’améliorer le réseau des pistes, bref, d’enrichir le réseau d’hiver durant l’été. À l’occasion, ils nettoyaient même ensemble des bouts de pistes appartenant à Val-David. Une carte des sentiers a alors été imprimée.

1980-1995 – Bernard de Pierre, Carmen Denis et Ernest De Alcala fondent l’école de ski du Far Hills. Carmen et Ernest, quand ils travaillent pour M. Smith, logent pendant trois ans à l’hôtel Far Hills Inn, puis dans les pièces attenantes à la boutique de ski (le Ski Shop, comme on disait dans le temps). C’est l’époque des fameux Ski Weeks, qui attirent de nombreux Américains et Ontariens. La semaine d’apprentissage était basée sur une progression technique. On organisait aussi des sorties de ski à l’extérieur du domaine. L’école marchait bien, les élèves revenaient. Il y avait en moyenne 60 clients chaque semaine et fin de semaine. Certains élèves de l’époque habitent maintenant Val-David et d’autres y reviennent occasionnellement.

Donc, Bernard de Pierre a travaillé au centre de ski Far Hills sur une base annuelle jusqu’en 1987; Carmen et Ernest étaient moniteurs de voile ailleurs durant le printemps et l’été, puis, l’automne venu, avec M. Smith, on préparait ensemble les pistes et l’école de ski. En hiver Carmen, Ernest et Bernard s’en donnaient à cœur joie en ski.

Un gars en forme! Pour joindre les deux bouts, Bernard travaillait au Far Hills le jour et était prof de conditionnement physique cinq soirs par semaine. Admirable!

– 1985 (aux environs de…) – C’est la construction du refuge du lac Lavallée. Carmen et Ernest l’ont même habité pendant un automne, le temps de le terminer. Une anecdote : il fallait traverser le lac pour apporter les matériaux, alors vive le bon vieux système D comme dans « Débrouille ». Bernard et Ernest ont relié deux immenses canots du genre rabaska par des planches, créant une sorte de catamaran artisanal, puis ils ont entassé plus d’une tonne de matériaux sur ce ponton. Ils l’ont ensuite attaché à une chaloupe et ils ont ramé pour traverser le lac en tirant la charge! Autre anecdote, les matériaux avaient été achetés chez un M. Anderson, eh oui, le père de Jasey Jay Anderson, grand champion mondial en planche et natif de Mont-Tremblant.

Le jeudi, c’était soir de fondue au refuge et ça plaisait beaucoup aux clients.

Durant ces années, Bernard, Ernest et Carmen, aidés de Jean-Pierre Masse et de Jean Guertin, ont défriché des pistes leur permettant de rejoindre au sud : la Western, la Sheppard, la Dix Lacs et la Maple Leaf. Leur patron, M. Smith, détestait ceux qu’il appelait dédaigneusement les Montagnards venant de Val-David. Il chicanait contre ces gens qui utilisaient ses pistes, ses toilettes et sa cafétéria sans payer de frais d’entrée ni rien acheter alors qu’il payait pour tout. Remarquez qu’il n’avait pas complètement tort… Il chicanait aussi contre la Municipalité, qui ne lui accordait aucune aide financière. Bernard de Pierre et Ernest De Alcala faisaient souvent office de médiateurs entre M. Smith et ces !/$%?&* de Montagnards.

Quand le Parc a été créé, M. Smith était plus conciliant avec Val-Morin, mais toujours en guerre avec les gens de Val-David, qui ne payaient pas pour circuler sur ses pistes. Il a construit des guérites, engagé des gardiens et édicté des règlements pour empêcher les Val-Davidois de fréquenter le secteur Far Hills. Quelques exemples : si vous n’aviez pas acheté votre laissez-passer de saison au Far Hills, il vous était interdit d’utiliser son stationnement et d’entrer au chalet pour vous réchauffer ou aller aux toilettes, et encore moins d’aller acheter une collation à la cafétéria.  C’était l’époque…

1981 – naissance de deux écoles d’alpinisme à Val-David : le Dahu et Passe-Montagne.

– août – Les deux municipalités s’unissent en vue de la création d’un parc régional, comme recommandé par le Comité du parc Val-David/Val-Morin. Les conseils municipaux votent pour qu’on poursuive négociations et démarches. Chaque municipalité aura la charge de la gestion sur son territoire.

Protection du mont Condor

Au début des années 80, à Val-David, des développeurs lorgnent le mont Condor est pour y construire des résidences de luxe au sommet et un camp d’enfants pour les familles orthodoxes juives plus bas. L’Association pour la protection du lac Doré (le Golden Lake Club de Val-David) se mobilise. On veut garder le paysage intact. Il faut ramasser de l’argent, beaucoup d’argent, et vite! Estel Deschamps, native de Val-David, s’impliquera beaucoup dans ce mouvement.

– 1987 – 1er nov.- 76 citoyens de Val-David fondent l’Association pour la protection du mont Condor. Leur but : réunir des fonds afin de protéger ce patrimoine local.

– 1988 – 22 oct. – L’Association achète cet immense territoire de 40 hectares (lots 26 et 27) pour 80 000 $ comptant : 25 000 $ en dons et un prêt hypothécaire de 55 000 $ de la caisse populaire du village. Cet emprunt sera remboursé en 4 ans grâce à la vente de 4 terrains au pied de la montagne et 33 900 $ en dons. Une fois l’acquisition faite en 88, l’Association donne le tout à la Municipalité. Dans le contrat, il est stipulé qu’aucun bâtiment ne pourra y être construit, que cet endroit demeurera un espace vert protégé et qu’un laissez-passer familial sera donné à vie aux donateurs. Ces 76 citoyens reçoivent également un reçu pour déduction fiscale. Chacun devait donc signer le contrat notarié. C’est ainsi que les deux sommets du Condor, le flanc de la montagne et les secteurs les Fesses et la Bleue seront protégés à tout jamais, grâce à l’Association de la protection du mont Condor. La Municipalité en profite pour acheter un lot voisin appartenant à la famille Dufresne.

1985 – janv. – C’est la deuxième Traversée des Laurentides organisée par Pierre Gougoux. Cette année-là, on fait le trajet du curé Labelle et des défricheurs à l’envers. L’expédition de six jours part du lac Piscatosine (réservoir du Baskatong), puis traverse les vallées de la Lièvre, de la Rouge et de la rivière du Nord. Cela est difficile, car il y a peu de sentiers aménagés sur ce parcours. On annonce cela comme un raid à ski, c’est tout dire! Au bout du voyage, on sert un souper copieux à l’Auberge du Vieux Foyer suivi d’une soirée endiablée Chez Coco au son de notre violoneux, M. Campeau. (Je sais, cela ne fait pas vraiment partie de l’histoire du Parc, mais je trouvais intéressant de vous le raconter.)

– Gilles Parent, revenu vivre à Val-David, est élu président du Club de montagne de Val-David. Il le restera jusqu’en 1991. Il milite activement pour la préservation des sites de plein air. Avec les gens du Club, il obtient une charte de charité donnant droit à des crédits d’impôt. Ceci facilitera grandement l’acquisition de terrains préservés.

– Gilles Parent devient directeur de l’École de ski nordique Far Hills Inn.

1986 – juin – On fête les 50 ans de La Sapinière.

– Val-David devient zone touristique.

– Montagne 86 envahit nos parois durant la fin de semaine du Travail. Des grimpeurs de partout au Québec, de l’Ontario, de la Nouvelle-Angleterre, du Vermont et peut-être même de l’Ouest canadien se rassemblent pour la grande fête annuelle de l’escalade. Le samedi soir, la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade rend hommage à M. et Mme Jean-Louis Dufresne, grâce à qui Val-David est devenu le berceau de l’escalade au Québec, et le dimanche soir, c’est la projection du film tourné en 1984 par Louis Craig et André Laperrière relatant leur expédition sur l’Annapurna, au Népal (8 075 m). En après-midi, il y a une épluchette de blé d’Inde, gracieuseté de M. Fernand Dufresne de l’épicerie du même nom.

– 14 sept. – Des bénévoles balisent les sentiers avec de petites affiches. On trouve que le Far Hills a eu une bonne idée et on veut s’y arrimer. Au bureau touristique, on vend des cartes des sentiers de ski de fond et de motoneige qui partent du village.

1987 – Paul Laperrière (fondateur de l’école d’alpinisme Passe-Montagne) se joint au groupe de citoyens du lac Doré. Il organise des corvées pour entretenir et rendre plus accessibles les sentiers menant aux différentes parois.

– Le mont Plante revit sous le nom de Station touristique Pierre Vérot. En phase 1, le 19 décembre, la réouverture du mont Saint-Aubin qui sera le premier centre de ski télémark de la région. On y trouvera aussi une boutique, une cafétéria, un bar et une école de ski dirigée, évidemment, par Pierre Vérot, l’un des moniteurs canadiens les plus certifiés au pays.

– déc. : Ski de fond Laurentides publie Le Guide de ski de fond. On y répertorie 500 km de sentiers entretenus mécaniquement, 21 cartes en couleurs indiquant l’indice de difficulté de chaque sentier, 21 cartes de localisation pour se rendre à l’accueil des centres et tous les renseignements utiles : services offerts, sécurité, alimentation, etc.

Entre 1982 et 1995, Marc Blais, nouvel adepte du télémark, déboise et entretient 37 pistes de ski de télémark, du mont Saint-Aubin au mont King.

1989 – Naissance du Club de plein air de Val-David. Il remplace le Club de montagne de Val-David. Il est fondé par Bernard de Pierre, Jean Courtemanche et Serge Prévost. Il a été créé principalement pour deux raisons : faire des corvées pour entretenir les sentiers et ramasser de l’argent pour acheter des terrains en forêt appartenant à un M. Guindon qui voulait alors les vendre. – Pour vous situer, tracez une ligne entre le chemin Doncaster et la montée Gagnon, dans le bout de ce qu’on appelait à l’époque le pit à Guindon, donc un peu en arrière de l’Auberge du Vieux Foyer – Ces terrains coupaient la piste Gillespie et le Club voulait absolument maintenir ce sentier. Ils ont ramassé 4 000 à 5 000 $, qu’ils ont remis quelques années plus tard à Jacques Allard et Gilles Parent, qui voulaient créer la Station touristique de Val-David. Cet argent devait servir à acheter des terrains pour protéger les sentiers afin de développer cette station.

1989 – Gilles Parent est président, à quelques reprises, de l’Association des propriétaires des Centres de ski de fond du Québec (APCSFQ). Il tente de convaincre le maire de Val-David de l’époque, Réal Tessier, ainsi que son conseil d’acheter quelques terres pour en faire un domaine skiable. Réponse : non!

Vers 1990 – Les Frères des écoles chrétiennes, propriétaires d’une grande partie du territoire souhaité en 1975 pour faire un parc, désirent à nouveau vendre leurs terres qui jouxtent celles du Far Hills, à Val-Morin. La firme DBSF mandate Gilles Parent pour délimiter ce qui pourrait devenir une station touristique. Celui-ci dessine un immense territoire dont les limites sont : le chemin Doncaster, la montée Gagnon, le chemin de l’Érablière, le chemin du Lac-Lavallée, le chemin des Frères des écoles chrétiennes, le chemin de la Gare de Val-Morin, le futur parc linéaire en revenant jusqu’à Val-David. Ce qui englobe donc toutes les terres des Frères. Marc Blais, maintenant président du Club de plein air de Val-David, et François Gibeau, président du Club de plein air de Val-Morin, préparent le projet de station touristique pour les deux municipalités.

Années 90 – Le Club de plein air de Val-David modifie sa charte afin de devenir une société de charité sans but lucratif. Certains membres donnent des centaines de dollars afin qu’on réunisse une cagnotte pour acheter des terrains pour les protéger.

1991 – août – Marc Blais publie une longue lettre ouverte faisant état de la situation du plein air à Val-David. Cri du cœur! Il conclut en écrivant : « Voilà pourquoi il importe de se pencher de toute urgence sur le problème [envahissement par les promoteurs] et tenter de définir les grandes lignes d’un vaste projet qui pourrait sauver le site et le préserver pour les générations futures. »

– Marc Blais, désormais président du Club de plein air de Val-David, et les autres membres auront une grande importance dans la naissance du Parc, en ce sens qu’ils sensibilisent les résidents et les élus du village au plein air et à son potentiel pour le développement de la municipalité. Ils réussissent même à faire voter un règlement comme quoi aucune décision concernant le territoire consacré au plein air et aux activités sportives ne sera acceptée au conseil municipal sans que les membres du Club n’aient donné leur accord.

1991 – octobre – Autre cri du cœur de l’Association pour la protection du mont Condor et l’Association des propriétaires du lac Doré. En trois ans, ils ont réussi à liquider l’hypothèque contractée pour l’achat des terrains pour préserver les sites naturels entourant le mont Condor. Ils commencent à parler de protéger aussi le lac Doré et ses alentours.

1992 – 6 mars – Consultation publique sur l’avenir des sentiers de plein air à Val-David. Les motoneigistes affirment pouvoir cohabiter avec les skieurs de fond, mais ces derniers refusent catégoriquement tout partage des sentiers et même du territoire. C’est la guerre! Une lettre ouverte de Marc Blais contre la motoneige enflamme les citoyens.

– Il y aura une grande consultation publique. Un professeur d’économie ayant son chalet sur la montée Gagnon met ses étudiants de maîtrise au travail. Il leur fait analyser et comparer les impacts financiers des trois sports d’hiver si populaires à Val-David : le ski alpin, le ski de randonnée (comme on disait à l’époque) et la motoneige. Le ski de randonnée l’emporte haut la main; la motoneige est loin, loin derrière. Le Conseil municipal vote l’interdiction de la motoneige dans le village et sur le territoire de ce qui deviendra le Parc. Cependant, les motoneigistes ne s’avouent pas vaincus du premier coup. Il y aura quelques engueulades et batailles à coups de cannes de ski (dans le temps, elles étaient en bambou, heureusement) sur le parc linéaire et sur les sentiers en montagne. Mais, on doit aussi les remercier grandement pour leur aide quand il y aura des blessés ou des gens perdus en montagne.

1992 – Le projet de Station touristique est soumis au conseil municipal de Val-David. Laurent Lachaîne, maire, Aldei Darveau et Jacques Dufresne, conseillers, André Desjardins, directeur municipal, et Maryse Émond, directrice des loisirs, vont visiter et analyser North Conway, village très semblable au nôtre. Ils en reviennent enchantés et décident de créer, du même coup, le Centre de ski Val-David / Far Hills.

1992 – décembre – C’est le lancement de la Station touristique à Val-David. Un protocole d’utilisation de leur territoire est signé par les maires des deux municipalités avec les propriétaires des terres : Jean-Louis Dufresne et David Pemberton-Smith. C’est le plus grand centre de ski nordique au Québec et au Canada : 130 km de pistes. On se compare à l’Europe!

1992-93 – La première saison de ski est un grand succès. Les patrouilleurs sont habillés par Kanuk, rien de moins.

1993-94 – C’est la chicane. Les forfaits achetés à Val-David ne sont plus acceptés sur le territoire du Far Hills, sauf pour les clients des deux hôtels, soit La Sapinière et le Far Hills Inn. Ce n’est qu’en 1997 que M. Pemberton-Smith acceptera à nouveau la libre circulation d’un territoire à l’autre.

1994 – À Val-David, de nombreux propriétaires de lots connexes au plan projeté du Parc font don de leurs terrains en échange d’un dégrèvement d’impôt. On commence à protéger le territoire.

            – À cette époque, M. David Pemberton-Smith, propriétaire de l’hôtel Far Hills Inn, a acquis une partie du sentier patrimonial Dufresne et veut faire payer coûte que coûte les grimpeurs qui se dirigent vers le mont King. Il engage des fiers-à-bras pour ce faire. Paul Laperrière et Claude Lavallée créent alors un nouveau sentier d’accès. Ont participé à la création de nouveaux sentiers et à l’entretien des sentiers existants : le Canadian Alpine Club, le McGill Outing Club, le Club de montagne canadien et bien d’autres.

1992 – Plaintes des résidents contre des vandales qui détruisent et saccagent des biens et menacent la paix sur les parois d’escalade et à leur pied.

1993 – Entente entre la Fédération québécoise de la montagne et la Municipalité de Val-David pour engager un gardien afin de protéger les lieux et les résidents. Claude Lavallée mettra sur pied une brigade de patrouilleurs qui feront appliquer les règlements.

1994 – Il faut maintenant payer 8 $ pour entrer sur les terres du Far Hills en ski; M. Smith a installé des guérites. Tous sont tellement habitués à l’accès gratuit qu’ils ne se rendent pas compte que, depuis longtemps, M. Smith engage des gens pour développer et entretenir ses sentiers et son chalet d’accueil, qui sont d’abord et avant tout destinés à sa clientèle.

1995 – avril – Il faut maintenant payer pour skier sur les pistes de la Station touristique Val-David/Val-Morin aussi!! La révolte gronde. Après entente avec les gens de Val-David, le Centre de ski de fond Val-David/Far Hills est le plus grand réseau privé de ski de fond du Québec, avec ses 130 km de sentiers. Découragé devant l’abandon des services gouvernementaux d’implanter le parc tant espéré, le Club de plein air de Val-David propose une association au Club de plein air de Val-Morin afin de recueillir des fonds et de protéger le territoire en créant une intendance privée.

– Ouverture de la piste cyclable le P’tit Train du Nord sur l’ancienne voie ferrée. 200 km de piste de Mont-Laurier à Saint-Jérôme, oh bonheur!

1997 – À Val-David, Dominique Forget, conseillère municipale, et André Desjardins, directeur général, proposent une taxe professionnelle pour payer l’aménagement et l’entretien du réseau de sentiers ainsi que la construction du belvédère au mont Condor. Accepté!

1997 – mai – François Gibeau, président du Club de plein air de Val-Morin, publie une lettre ouverte virulente contre la présence pourtant interdite des motoneigistes sur le parc linéaire et ses environs. « Les motoneiges, c’est à partir de Sainte-Agathe vers le nord », dit-il.

Un grand merci à : Jocelyne Aird-Bélanger, Carmen Denis, Marc Blais, Bernard de Pierre, François Gibeau, Claude Lavallée, Paul Laperrière et Gilles Parent pour leur collaboration.