Comment naissent parfois les sculptures

Comment naissent parfois les sculptures

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par Pierre Leblanc

Le 18 janvier 2014, des amis sont venus chez moi, à Val-David…

C’était pour célébrer mon anniversaire. Pour ce faire, mon ami de toujours André Fournelle et sa compagne du temps, ainsi que la chanteuse Anique Granger avec son copain du temps aussi, le musicien Pierre Desmarais, sont venus passer la fin de semaine sur la rue des Lilas.

Et moi, de mon côté, j’étais en concours pour une œuvre d’intégration dite du 1 %, concours pour la Cité-de-la-Santé de Laval… et plus précisément à l’unité de la santé familiale de la Cité.

Je commençais à paniquer, car… j’avais zéro idée de ce que je pourrais bien présenter!

Et le temps passait!!

Et je stressais de plus en plus!!

La fameuse page blanche, faut croire…

C’est alors qu’Anique, en cette froide journée d’hiver, bien assise sur le fauteuil du salon avec sa guitare toute neuve bien appuyée sur la cuisse, guitare qu’elle venait tout juste d’acquérir, nous demanda si on voulait entendre sa toute nouvelle composition…

Histoire d’avoir une réaction directe du public.

Elle voulait la casser, sa guitare, en quelque sorte. Elle entonne donc la chanson qui a pour titre : « Main et Portage ».

Là, soudainement, par une espèce de miracle, mes petites cellules grises, comme dirait Hercule Poirot, se sont mises à se parler, et durant le temps qu’Anique chantait, des images me sont apparues clairement, certaines floues, mais d’autres bien présentes.

Dès cet instant, je me suis senti transporté par un tourbillon… Pour les questions de vent, faut dire que la chanson d’Anique en contenait entièrement et totalement :

T’es un arrache-chapeau
Un grand balayage
Une poussée dans le dos
Une fabrique à orage
Un support à oiseau
Un accroche-nuage

Tout plein d’images dans ses mots et ma tête en écoutant ainsi les mots s’attacher les uns aux autres et s’enrouler entre eux… avec cette voix très douce pour porter les mots, voix qui est la sienne. Ses mots ont tôt fait d’ouvrir de mon côté ma boîte à formes et à images, restée muette depuis pratiquement deux mois! Des images venteuses me sont apparues… images véhiculant la vie et ce qu’elle contient!

Et la chanson s’engouffrant de plus belle… avec un deuxième couplet :

T’es un sonneur de cloches
Un relève-jupon
Un lisseur de roches
Une caresse, l’érosion
Et quand t’essuies mes pleurs
C’est ça le son

Là encore, bourrasques d’images… Je commence à voir poindre la vie…

J’étais mort côté transmission d’idées depuis un moment, et là, de façon venteuse, enfin, les images, qu’on appelle inspiration mais sont plutôt de la transpirante, car j’expire plus des idées que je les inspire!!! Et ça continue tout du long de la chanson, car ça repartait en tourbillonnant, pour les cinq autres couplets qu’elle contient!

J’essayais tant bien que mal d’inventorier toutes les formes de vents…

La panique s’empara de moi, car je sentais que j’échappais le principal!

Ça allait trop vite!

À la fin de la « toune », je lui ai avoué que sa chanson m’avait inspiré toute une série d’images, mais que rien de précis, dans un premier temps, n’avait réussi à s’imprégner solidement en moi! Elle était au courant pour ma panne d’inspiration, je le lui avais avoué…

Mais que là… en écoutant et savourant sa chanson… des flammèches avaient jailli!

Des giclées d’amorces de formes et d’idées m’avaient éclaboussé!

Elle m’a demandé alors si j’avais réussi à attraper les images en question…

Je lui ai répondu que hélas! ce n’était pas tout à fait le cas.

Et que, pour que le processus puisse se concrétiser… j’avais besoin de plusieurs écoutes de sa chanson et aussi d’avoir la présence visuelle de ses mots. C’est là que je lui ai demandé si je pouvais pousser l’audace et qu’elle me fasse parvenir les paroles…

Et si jamais elle avait un « démo » de sa chanson… si elle pouvait aussi me le faire parvenir. Je reçus par courriel les paroles deux jours après son passage; elle me signifiait qu’elle n’avait pas de démo, mais qu’elle regarderait ça avec son chum.

Et là… Eurêka!

Un autre trois jours plus tard, le « démo » arriva!

Dès cet instant… tout a déboulé dans une espèce de torrent d’idées, d’images… toutes aussi fortes les unes que les autres!!

Cette tornade engendra dans un premier temps un texte que j’utilisai à la présentation de mon projet.

Pour moi afin d’éclaircir mes idées,et pouvoir commencer un projet, il n’y a rien comme écrire!

Ainsi, j’évacue et épure l’idée, et comme me disait Armand Vaillancourt un jour…

Lorsque je n’ai plus de mots pour exprimer et expliquer ma pensée, il est temps de faire une place déterminante à la forme!

C’est ce qui s’est finalement produit…

Alors voici ce premier jet de mots assemblés construisant la forme…

Voici donc le texte de présentation :

« Qu’est-ce qui sous-tend la médecine familiale, la santé et le bien-être? »

Je dirais la famille…

Et la famille… en fin de compte, c’est quoi sinon la vie? Alors, comment illustrer cette dernière sans le faire bêtement? La solution me vint finalement à travers une chanson interprétée sur le coin d’un fauteuil à l’abri de l’hiver par une amie.

« Le vent »… Le vent sera à mon sens la solution, car il symbolise la vie qu’il transporte…

« J’entends le soupir du vent! » sera le titre de l’œuvre, tiré de cette chanson qui m’a habité instantanément et dont le sens se retrouve à l’intérieur de ce texte et de l’œuvre proposée.

Le vent, écho de l’âme, murmure de nos ancêtres léguant leur histoire et transportant le rire des enfants d’hier et d’aujourd’hui.

Il transporte aussi les paysages de nos souvenirs et la vie en devenir.

Il accroche et fait voyager les nuages, transporte les oiseaux et les feuilles des arbres. Le vent… Souffle de vie, il vient ici prendre forme afin d’habiter les hauts de l’entrée, dans le but précis de donner le signal aux usagers… Hé! Par ici, les amis!

Par conséquent, voici ma proposition toute en courbes et en hauteur, tirée de cette chanson d’Anique Granger, illustrant mon propos, soit la vie à travers la famille, et sa transmission pour que s’effectue… la suite du monde!

Comme entrée en matière, voici des fragments des deux premiers couplets de « Main et Portage »… En partage, justement :

« T’es un arrache-chapeau
Un grand balayage
T’es un sonneur de cloches
Un relève-jupon. »

Alors, place à ce processus alchimique, comme dirait mon ami Gaston Miron, place à la transmutation… Place à cette quête de construire sur l’utopie, celle de vouloir capter en réel le vent.

Ou simplement de capturer le vent et ses tourbillons et leur faire prendre vie et formes…

Et si je puis conclure ainsi :

Merci, Anique Granger… et merci, la Cité-de-la-Santé : vous avez fait en sorte de m’entraîner sur des chemins de travers où je n’aurais probablement pas été m’aventurer et n’aurais donc pas conçu cette proposition. Proposition qui ne peut être applicable qu’à vous et pour vous, car elle est née de vous!

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