À mon ami de l’Arabie, Nazir Al-Majid

À mon ami de l’Arabie, Nazir Al-Majid

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par René Derouin, artiste multidisciplinaire de Val-David

Le vendredi 17 novembre à 19 h 30 au Salon du livre de Montréal, dans le cadre de la 18e édition de « Livres comme l’air », un regroupement pour la liberté d’expression d’Amnistie internationale, du Centre québécois du P.E.N. international et de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), organismes associés pour défendre la liberté d’expression, dix écrivains québécois ont été jumelés à dix écrivains emprisonnés à travers le monde. Parmi eux, l’artiste résident de Val-David René Derouin, jumelé à l’écrivain Nazir Al-Majid, emprisonné en Arabie Saoudite, a lu le témoignage suivant :

À mon ami de l’Arabie, Nazir Al-Majid

Mon cher ami d’un si lointain pays.
Mon cher ami de l’Arabie.
Mon cher ami dans ta solitude.
Mon cher ami de l’autre côté de la frontière.
J’aimerais te dessiner un bonheur, mon cher ami.
J’aimerais te serrer les mains et te regarder dans les yeux, mon cher ami.
J’aimerais te connaître et partager ton espace et ta souffrance, mon cher ami.
J’aimerais que tu deviennes mon frère que j’ai perdu, mon cher ami.
Je suis avec toi malgré l’espace qui nous sépare.
Je suis avec toi partageant ton angoisse.
Je suis avec toi à cet instant même.
Je suis avec toi à te dessiner un cadeau d’écriture.
Je suis à cet instant même avec toi dans ton lointain pays.
Je suis avec toi, mon ami de l’Arabie.

À propos de Nazir Al-Majid, écrivain d’Arabie saoudite condamné à sept ans de prison le 18 janvier 2017

Le 18 janvier 2017, Nazeer al Majed, 39 ans, assistant de cours techniques et scientifiques, écrivain et père de deux enfants, a été déclaré coupable par le Tribunal pénal spécial de Riyad, en Arabie Saoudite. Il a été condamné à sept ans de prison, il lui est interdit de quitter le territoire pendant sept ans à l’issue de sa peine et il doit s’acquitter d’une amende de 100 000 rials saoudiens (environ 26 000 dollars des Etats-Unis) pour avoir «rompu son allégeance au souverain ».

Nazeer al Majed a dans le passé publié des articles en arabe sur des thèmes philosophiques, sociaux et politiques dans la presse écrite et en ligne. Il avait déjà été arrêté le 17 avril 2011 sur son lieu de travail, l’école publique Jabal al Noor située dans la ville d’Al Khubar, et détenu sans inculpation ni jugement jusqu’en juillet 2012, après avoir publié un article intitulé «Je proteste, donc je suis un [bon] être humain ». Dans cet article, Nazeer al Majed avançait qu’un dialogue ne peut avoir lieu qu’entre deux parties sur un pied d’égalité et que le peuple ne pouvait faire jeu égal avec l’État qu’en descendant dans la rue. Il a fait face à de nombreux abus des autorités : son domicile a été fouillé sans mandat d’arrêt ni d’autorisation de perquisition, son ordinateur portable ainsi que des ouvrages écrits par des personnalités de l’opposition saoudienne en exil ont été confisqués et il a été maintenu à l’isolement total les cinq premiers mois de sa détention. Il a confié à ses proches qu’il avait été torturé, battu, fouetté et soumis à d’autres formes de mauvais traitements, dont des périodes prolongées à l’isolement.

En octobre 2016, il est convoqué au Tribunal pénal spécial pour être jugé sur des infractions prétendument commises en 2011. Nazeer al Majed est accusé d’avoir participé à des manifestations, écrit des articles où il s’opposait à la politique de l’État et communiqué avec les médias étrangers. Il est condamné le 18 janvier, lors de sa cinquième audience. Il a été arrêté immédiatement après sa condamnation et emmené à la prison politique d’Al Hair, à Riyad. Depuis son arrestation, il est détenu au secret sans pouvoir contacter sa famille, ce qui fait craindre qu’il ne soit torturé ou autrement maltraité.

https://www.amnesty.org/en/documents/mde23/5655/2017/en/