Mais qu’est-ce que ce fameux troisième lieu?

Mais qu’est-ce que ce fameux troisième lieu?

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La bibliothèque de Hernin (Danemark).

par Nicole Gagné, bibliothèque de Val-David

Le concept du troisième lieu, ou tiers-lieu, a été développé dans les années 1980 par le chercheur américain en sociologie urbaine Ray Oldenberg, qui observa que les individus éprouvent le besoin de quitter leur maison (premier lieu) et leur lieu de travail ou école (deuxième lieu) pour se retrouver dans un autre espace, ce fameux troisième lieu.

C’est-à-dire un endroit où ils peuvent sentir une appartenance tout en ayant un sentiment de liberté, un espace où ils peuvent avoir des conversations, participer à la vie publique comme au temps de l’agora grecque ou, de manière plus contemporaine et locale, comme lors des marchés publics qui, tributaires de notre climat, sont toutefois, hélas, saisonniers.

Ces troisièmes lieux deviennent donc des facilitateurs sociaux qui permettent de rompre la solitude et l’ennui. Pas vendeur, ce concept de troisième lieu? Détrompez-vous, car il est devenu célèbre pour avoir été utilisé dans la stratégie de marketing de Starbucks et, par la suite, de beaucoup d’autres chaînes commerciales.

Aujourd’hui, il est le modèle d’un nombre croissant de nouvelles bibliothèques publiques à travers le monde. Nos bibliothèques, ces espaces du savoir, se transforment maintenant en un nouveau type d’établissement culturel où les membres d’une communauté peuvent se rencontrer et échanger. Outre leur mission première, elles deviennent des centres de culture, d’informations communautaires et de services à la personne (aide aux devoirs, alphabétisation, aide à la recherche d’emploi, etc.).

Le troisième lieu est un environnement sympathique qui prolonge la maison dans l’espace public. En voici quelques caractéristiques :

  • Un environnement chaleureux et un climat convivial empreints de simplicité;
  • Un accès facile et une vaste amplitude horaire;
  • Une ambiance stimulante où la bibliothèque se fait terrain d’expérimentation et de découverte, souvent par îlots thématiques qui lui confèrent une dimension ludique;
  • Des espaces confortables aux couleurs chaudes et vibrantes;
  • Des zones silencieuses qui côtoient des espaces de travail informel;
  • Des salles de réunion, des espaces « cafés ».

Voilà, sommairement, ce qu’est le concept du troisième lieu et comment il a été adapté et adopté par la majorité des nouvelles bibliothèques des grandes villes de ce monde. Ce concept, il va sans dire, a aussi ses détracteurs. Certains le considèrent comme une mode, une arnaque inspirée du marketing ou comme « le tapis rouge pour assassiner le livre au profit des technologies numériques ».

Peut-être serait-il sage de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La bibliothèque troisième lieu est un modèle, bien sûr parmi plusieurs autres, mais le concept qui l’a inspiré, bien que galvaudé par la « déesse marketing », n’en demeure pas moins des plus intéressants. Pour les bibliothèques qui l’adoptent, il doit d’abord être le fidèle reflet de ses membres et de leurs aspirations et passer par un long et constant travail afin de maintenir toutes ses composantes en équilibre. Je vous entends dire : « C’est le travail d’une vie! » Eh! oui, celui de la vie d’une bibliothèque active.

La médiathèque de la Marine à Colombes (France).
La médiathèque de la Marine à Colombes (France).

Références bibliographiques :

  • Servet, Mathilde. « Les bibliothèques troisième lieu ». Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2010, no 4, p. 57-63.
  • Sédou, Nathalie. « Tiers-lieu or not tiers-lieu ». Le 23, de la MRES, printemps 2014.
  • « Et tout le monde déteste le Tiers lieu! », Indymedia Grenoble, mai 2017.
  • Martel, Marie D. « Le concept de tiers lieu : retour aux sources », avril 2012. https://bibliomancienne.com.