Maison Actualité Évolution de la population du territoire de Val-David 1849-1891

Évolution de la population du territoire de Val-David 1849-1891

La pauvreté est générale chez les colons de Sainte-Agathe au début du siècle. Archives Comité du patrimoine Sainte-Agathe-des-Monts

Paul Carle et Michel Allard, historiens

Introduction

Depuis le mois de février 2019, nous avons tenu, avec le concours de Pierre Dumas, de regrettée mémoire, dans notre journal communautaire Ski-se-Dit, sous la rubrique Album Souvenir, Val-David, une chronique mensuelle portant sur l’histoire de notre municipalité. Nous avons tenté de la situer dans un contexte régional, national, voire parfois mondial. Nous avons fondé nos textes sur des documents de sources premières et parfois secondes vérifiables et sûres. Nous visions de faire mieux comprendre ce que nous sommes comme société et tenter d’expliquer, à ce titre, ce qu’elle devient. Après plus de 35 textes, nous avons voulu faire le point. À cet égard, nous avons choisi de nous fonder sur l’évolution de la population de notre municipalité afin de découvrir l’évolution sociale que ces statistiques cachent ou révèlent.

Les sources d’information

Avant l’arrivée des premiers colons en 1849-1850

Les premières informations que nous possédons relativement à l’occupation par des humains du territoire actuel de la municipalité de Val- David[1] proviennent des cahiers de notes que les arpenteurs ont colligées lorsqu’ils se sont rendus sur le terrain pour déterminer les limites cadastrales des cantons, des rangs et des lots. L’arpenteur-géomètre Owen Quinn n’a noté, en 1847, aucune présence humaine dans les rangs VII, X et XI du canton Morin; puis, en 1851, dans le rang XI du canton Wexford. En 1854, l’arpenteur-géomètre François-Joseph Regnaud ne dénombre aucun humain dans les rangs I, II et III du canton Doncaster. En somme, nous pouvons affirmer que le territoire actuel de Val-David est sans occupation humaine avant que les premiers colons s’établissent dans les années 1849 et 1850. Toutefois, il pourrait être plausible que des Autochtones, des coureurs des bois, voire des forestiers et des squatters, aient circulé pour une période plus ou moins longue sur le territoire actuel de Val-David avant 1849.

Les recensements de 1851 et 1861

Avant 1871, il fallait compter sur les curés (dans le cas qui nous occupe, le curé Fournier de Sainte-Adèle), qui, lors de leurs visites ou tournées paroissiales, constituaient des listes qui sont probablement moins fiables que les véritables recensements.

Les recensements de 1871 à 1891

Le premier recensement du Canada a eu lieu en 1871. En vertu de l’Acte concernant le premier recensement adopté le 12 mai 1870, le jour du recensement devait avoir lieu au plus tard le 1er mai. En outre, un recensement devait être tenu en 1871 et par la suite tous les dix ans en vertu de l’article 8 de la Loi constitutionnelle de 1867 (auparavant l’Acte de l’Amérique du Nord britannique). Ce premier recensement du Dominion après la confédération en 1867 dénombrait la population des quatre provinces d’alors, soit la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Québec et l’Ontario. Jusqu’en 1921, la majeure partie du territoire actuel de Val-David est comprise dans la municipalité de paroisse de Sainte-Agathe-des-Monts. Il faut donc isoler la population des lots qui font aujourd’hui partie du territoire de Val-David afin d’en établir approximativement la population.

Les recensements de 1921 à 2021

Le territoire actuel de la municipalité de Val-David est formé en 1921 sous le toponyme de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle. Il ne prendra celui de Val-David qu’en 1944. Par conséquent, il importe de tenir compte de ce changement de toponyme pour retrouver les données.

 

Période de la colonisation 1849-1891

Un premier hameau

Vers 1840, pour freiner l’exode de la population du Québec vers les « factories » de la Nouvelle-Angleterre, un grand mouvement de colonisation s’organise. Il s’agit « d’occuper une terre neuve et travailler à la mettre en culture[2] ». C’est dans ce contexte que dans les années 1849-50, les familles Ménard et Dufresne (8 personnes) s’établissent dans les rangs VII et X du canton Morin, que l’on qualifie alors de « bout du monde ». Le recensement de 1851 nous apprend que les familles Paquin, Barbarie, Lemire et Giroux se sont jointes à eux. La population s’élève alors à 26 habitants dont la majorité est âgée de moins de 30 ans. La vie est dure. Il faut défricher, construire des habitations, tracer des chemins, cultiver la terre qui se révèle pauvre. Au surplus, le bois des lots des colons ne leur appartient pas. Les droits de coupe sont réservés aux compagnies forestières. Pour contourner cette clause inscrite dans leur billet de location, les colons produisent de la potasse et de la perlasse, ce qui leur assure un modeste revenu. La population atteint près de 300 habitants en 1861. Un premier noyau de hameau se constitue autour du lac Paquin.

Les foins sur la terre des Gascon, secteur du lac Paquin, début des années 1950. Collection famille Gascon.

Un second hameau

En 1859, Louis Papineau érige un moulin à eau sur l’île Saint-Louis (lot 32, rang X du canton Morin), sur les bords de la rivière du Nord. Vers 1860, il construit un pont en bois sur la rivière du Nord, pour relier le moulin de l’île au rang XI. Un second moulin est érigé par Adolphe Marier dans les années 1850, aux limites actuelles de Sainte-Agathe et de Val-David. Joseph Bélisle devient en 1878 propriétaire du moulin Papineau, auquel il ajoute un moulin à farine et un autre à carder le lin. Les trois moulins répondent ainsi à trois besoins fondamentaux : se loger, se nourrir et se vêtir. Les conséquences de la construction des moulins ne tardent pas à se concrétiser. Au cours de la décennie 1860-1870, cinq nouvelles familles s’établissement à proximité de la rivière du Nord dans le rang XI du canton Morin. Au surplus, 19 premières concessions sont octroyées à des colons dans les rangs I et II du canton de Doncaster[3]. Bref, c’est le début du développement de la rive orientale de la rivière du Nord[4]. En 1886, une première forge ouvre ses portes à proximité des moulins, suivie d’un atelier de cordonnier; un second hameau s’organise, tant et si bien qu’en 1891, à peu près au moment de l’arrivée du train chez nous, la population s’élève à 450 habitants. À titre de comparaison, Morin-Heights compte alors 471 habitants et Saint-Adolphe, 455.

 

Bref, il a fallu plus 40 années de labeur pour développer un territoire apte à soutenir une population. Toutefois, l’état lamentable des chemins contribue à l’isolement de la population. Le territoire de Val-David n’est plus au « bout du monde », mais peu s’en faut.

Graphique de l’évolution de la population de Val-David

 

 

[1] Le territoire actuel de la municipalité de Val-David comprend les rangs VII, X et XI du canton Morin, les rangs I, II et III du canton Doncaster, ainsi que le rang XI du canton Wexford.

[2] Séguin, Normand (2004). « La colonisation et l’extension du domaine agraire », in René Hardy et Normand Séguin, Histoire de la Mauricie. Institut québécois de recherche sur la culture, Presses de l’Université Laval, p. 233.

[3] Données compilées d’après le recensement de 1871.

https://www.bac-lac.gc.ca/fra/recensements/1871/Pages/1871.aspx

[4] Dufresne, Marie-Andrée (1996). Val-David. Fragments d’histoire, s.l. p. 13.