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À chacun son stress et la santé de tout le monde sera bien gardée

Sara Lupien. Photo par Sara Maude Ravenelle.

par Michel-Pierre Sarrazin

Sonia Lupien n’a pas la langue dans sa poche et c’est tant mieux pour nous. Native de Sainte-Agathe-des-Monts, cette scientifique de haut vol[1] lance d’ici quelques semaines son deuxième ouvrage sur le stress, sous l’étiquette Les Éditions Va Savoir, une maison d’édition qu’elle a créée récemment pour s’assurer de la rigueur des contenus publiés. Elle a aimablement amputé son agenda de ministre pour parler de son projet aux lecteurs du journal Ski-se-Dit.

MPS — Pourquoi créer une maison d’édition?

SL — Je trouvais qu’il y avait de la place pour une maison d’édition qui s’assure que ce qui est publié est validé par des scientifiques et qu’on ne tourne pas les coins ronds. Je n’avais pas envie de publier un deuxième ouvrage sur le stress[2] sans cette condition. Lorsque les gens achètent le livre, ils ont besoin de savoir que les infos qu’il contient sont validées scientifiquement et font état de la recherche actuelle véritable.

MPS — Pourquoi l’avoir située à Mont-Tremblant?

SL — C’est là que j’écris et travaille sur mes publications, mais c’est surtout parce que… j’aimais le nom de la rue : Impasse des Bourons, ça fait un peu Hobbit, maison en forme de champignons… j’aimais ça!

MPS — Comment vous est venue l’envie de travailler sur le stress?

SL — Au moment de faire mon doctorat, je cherchais un sujet qui me passionnerait assez pour engager toute ma vie et je suis tombée sur une étude qui parlait du stress chez les personnes âgées. Je me suis sentie alors comme Obélix qui tombe dans la potion magique : j’avais trouvé! Je le dis souvent à mes étudiants : pour faire un travail de chercheur, il faut trouver sa «passion dévorante». Sinon, on laisse tomber, c’est trop dur.

MPS — Quel est votre projet pour la maison d’édition Va Savoir?

SL — Mon but dans la vie est que ce qu’on découvre serve à quelque chose. Sinon, ça ne m’intéresse pas. Après le succès de mon premier livre Par amour du stress, et parce que vous m’avez dit que vous aviez appris beaucoup de choses qui vous ont aidées, j’ai décidé de poursuivre l’écriture d’ouvrages de vulgarisation scientifique. Notre maison d’édition propose trois collections : de grands essais de vulgarisation scientifique comme ce qui va paraître en mars, À chacun son stress; une collection qui s’appelle Bain de science, de petits livres «qui se lisent (en une heure) dans son bain avant que l’eau soit froide ou au milieu d’un bain de foule…» et finalement, pour les enfants, une collection en développement, 15 minutes de science svp!, des albums illustrés et rédigés pour aider les enfants à comprendre divers phénomènes scientifiques (à paraître prochainement : «À la recherche de la mémoire de grand-maman»).

MPS — Vous avez aussi un superbe site internet…

SL —  Oui, pour ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter mes livres, ça s’appelle www.stresshumain.ca. Il y a là plein-plein d’informations faciles d’accès pour tout le monde. On peut aussi y télécharger notre magazine d’information gratuit le Mammouth Magazine, qui propose des articles sur des sujets reliés à nos recherches. Sur notre site, souvent donné en référence par les médecins, on peut trouver des articles faciles à lire sur des sujets qui touchent tout le monde, comme par exemple : «Humour, stress et épuisement professionnel»; «Votre chien peut-il vous aider à combattre votre stress?»; «Ne pas pouvoir répondre à son téléphone cellulaire quand celui-ci sonne génère de l’anxiété et diminue la performance cognitive»; ou encore : «l’odeur corporelle de votre partenaire amoureux peut-elle réduire votre stress?». Et voici un «scoop» sur notre prochaine numéro du Mammouth Magzine, il portera sur  «stress et sommeil». Beaucoup de gens ont besoin d’information sur ce sujet. Dans tous les cas, notre approche consiste à donner une information de qualité, scientifique, mais accessible au grand public. Au début de nos activités de vulgarisation scientifique, on demandait même à nos grands-mères de lire nos textes pour être sûr qu’ils étaient clairs! Et croyez-moi, quand ça n’est pas clair pour grand-maman, elle vous le dit clairement!

MPS — Que prévoyez-vous comme développement pour les Éditions Va Savoir?

SL — Vous savez, moi je suis chercheure avant tout, alors comme j’ai déjà pas mal de travail, l’idée est de publier quand nous sommes vraiment prêts. Quand un livre va sortir, il va être bon!

Aujourd’hui, personne n’est indifférent à une meilleure connaissance du fonctionnement humain. Le stress est, comme beaucoup d’autres choses dans la vie, responsable aussi bien de ce qui peut nous arriver de mieux comme de ce qui peut se produire de pire. Derrière ce petit mot se cache un univers de réactions devant une situation changeante, perçue soit comme une agression ou soit comme un défi. L’attitude des humains face à ce moment impromptu est la même aujourd’hui qu’il y a 45 000 ans, quand le chasseur de mammouth devait prendre la décision de faire face, ou de prendre la fuite. Mais désormais, les recherches de Sonia Lupien et des chercheurs qui l’accompagnent dans ce long voyage de la connaissance du stress sont d’autant plus utiles que la chercheure se donne la peine de les vulgariser au fur et à mesure de ses découvertes. C’est offrir là une arme formidable à qui doit affronter ses mammouths intérieurs au quotidien.

[1]  Sonia Lupien est directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeure titulaire au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Elle a récemment été élue par ses pairs présidente de l’International Society of Psychoneuroendocrinology (ISPNE). Excellente vulgarisatrice, chroniqueuse à à l’émission Médium Large de Radio-Canada, elle est l’une des figures de proue du transfert des connaissances scientifiques auprès du public. De nombreux prix pour la qualité de ses travaux scientifiques et pour son travail de vulgarisation lui ont valu une réputation internationale.

[2] Par amour du stress, son premier livre sur le sujet, s’est vendu à plus de 25,000 exemplaires. Il fait autorité dans le domaine.