Maison Espace voisin L’effet « village »

L’effet « village »

Photo par Claude Savard.

par Jocelyne Aird-Bélanger

Ça prend un village pour être heureux (nos amis virtuels ne comptent pas), selon Susan Pinker, psychologue.

«La technologie remplace de plus en plus les interactions humaines, alors que des recherches témoignent des conséquences de cette absence de réel contact.   Actuellement, les recherches nous confirment que l’interaction en personne représente la plus importante forme de contact social, car elle procure des bienfaits physiques et psychologiques. Selon des études récentes, les gens qui font l’expérience de formes diversifiées de contact social – intime ou plus distant, comme le contact avec des voisins et des collègues – mènent une meilleure vie lorsqu’on les compare à ceux essentiellement solitaires et isolés ou ceux dont le contact social est presque exclusivement numérique. De plus, à mesure qu’ils vieillissent, ceux qui connaissent un plus haut taux d’interactions sociales en personne subissent deux fois moins de détérioration cognitive que ceux moins actifs socialement.»

L’effet «village», qu’est-ce au juste ?

Il s’agit d’une recette éprouvée pour augmenter notre indice de bonheur personnel en rencontrant le plus souvent possible des gens face à face, en personne, comme cela se produit tout naturellement dans un village comme le nôtre. On favorise ainsi notre santé physique et mentale et on vit plus heureux. Susan Pinker présente des preuves évidentes de la nécessité d’un certain type de contact social pour survivre et prospérer- le bonheur et la longévité peuvent être déterminés et prédits avec plus de précision en examinant notre vie sociale (plutôt que d’autres facteurs de santé qui sembleraient avoir plus d’importance comme le régime alimentaire, le tabagisme ou l’alcoolisme).

Des villages, il y en a partout dans le monde depuis qu’un petit groupe de familles a convenu de vivre côte à côte, pour se protéger, partager des services, des informations et des expériences. Il en existe aussi parfois même dans des villes comme dans le quartier de mon enfance où l’on connaissait des gens sur chaque rue, où on allait à l’école ou à l’église ensemble quand ce n’était au cinéma du coin, à la bibliothèque ou à la pharmacie. Dans nombre de villes, on tente aujourd’hui de recréer un village, ce type de milieu si vivant.

Dans un village, parce que la population est limitée, que tout le monde se connaît plus ou moins et se rencontre souvent. Il est aisé d’échanger face à face avec des gens, de remarquer leur fatigue ou leur  humeur, de se voir à l’épicerie ou à la poste (???), aux réunions du conseil municipal ou lors d’activités bénévoles pour défendre une cause ou soutenir une école ou un parc ou encore se divertir. «L’effet village» qui contribue à notre survie est accru par la proximité.

Mais dans le monde numérique dans lequel nous évoluons maintenant, on peut passer des jours sans voir personne, rivés à nos écrans, à nos téléphones ou à la télévision. La solitude et l’isolement vont fréquemment de pair avec l’usage de ces nouvelles technologies qui supposent aussi de moins en moins d’activités physiques. Assis devant nos petites machines, nos corps et nos âmes dépérissent, se rétractent, se recroquevillent…

C’est là que l’effet «village» vient à notre secours !

Il s’agit de profiter des avantages de la vie dans un village ou de se créer tout un village de relations personnelles en favorisant des échanges avec notre communauté et en parlant avec nos voisins. Les obsédés du numérique gagneraient à incorporer des contacts humains dans leur journée de travail et à s’efforcer de réserver les courriels pour planifier leur temps ou leurs rendez-vous. Pour des interactions plus subtiles, délicates ou nuancées, le téléphone ou les rencontres face à face seraient plus appropriés.

Question de vivre longtemps et en forme, que l’on soit extraverti ou au contraire réservé, il est capital de créer dans son village personnel, des relations diversifiées et de privilégier des occasions de contacts sociaux avec les autres de manière régulière, que ce soit pour une randonnée de ski ou de vélo hebdomadaire ou une réunion avec un groupe social, une promenade rapide à l’heure du déjeuner avec un collègue, un dîner avec un ami , un parent, un enfant ou un partenaire – ou tous ces éléments, à des jours différents. Tout le monde a besoin de contacts sociaux rapprochés, c’est inscrit dans l’ADN des humains.  Il s’agit en fait d’ajuster le ratio de nos rencontres face à face à ceux de nos contacts numériques à l’écran selon notre tempérament, de la même façon que nous adaptons nos repas à notre appétit.

Et qu’en est-il des enfants, natifs de l’ère numérique ? Pour les enfants d’âge préscolaire et les jeunes enfants, on devrait s’organiser pour prioriser l’interaction entre les profs, les parents et les autres enfants. Pour les enfants plus âgés et les ados, on tente de combiner l’enseignement face à face avec les outils numériques. Bien sûr, ça prend un village pour élever des enfants et des enfants, pour faire un village. Mais encore faut-il bien s’assurer qu’ils échangent et communiquent entre eux et avec les adultes qui les entourent  afin que les enfants  et les adolescents qui en sont encore à absorber des compétences sociales, émotionnelles et sociales,  puissent acquérir les  dynamiques et les processus de mise en réseau qu’ils utiliseront plus tard, lorsqu’ils construiront et entretiendront leurs propres villages relationnels.

L’interaction sociale authentique est une force de la nature. De la même manière que nous devons manger chaque jour, nous en avons besoin quotidiennement. Ce n’est pas si difficile d’intégrer ces contacts de valeur dans nos vies, il suffit d’imaginer notre propre, vrai village personnel d’interactions face à face et de faire l’effort de le réaliser. Susan Pinker nous rappelle que de la naissance à la mort, les êtres humains sont câblés pour se connecter à d’autres êtres humains. Le contact face à face est important : des liens étroits d’amitié et d’amour nous guérissent, aident les enfants à apprendre, prolongent notre vie et nous rendent heureux. Le «village» est une métaphore du monde social dans lequel nous construisons, vivons et prospérons.  A nous de profiter de l’opportunité de vivre dans notre village bientôt centenaire !

Pinker, Susan : The Village Effect: How Face-to-Face Contact Can Make Us Happier, Healthier, and Smarter.Vintage, Canada  2014  Psychologue et journaliste reconnue au Canada et aux États-Unis, Susan Pinker vit à Montréal. www.susanpinker.com