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Votez pour le plus crédible

Source : D’où proviennent les émissions du Canada et que faisons-nous pour les réduire? Environnement et ressources naturelles, Canada 01/04/19.

 

 

par Yves Nantel

Devant les impacts du réchauffement climatique, nous nous voyons dans l’obligation non seulement de peser sur les freins, mais surtout de reculer de façon importante quant à nos émissions de gaz à effet de serre (GES) afin de les réduire complètement d’ici 2050.

Les élections fédérales, dans un mois, seront une occasion pour chacun de nous de voter pour le parti qui présentera le meilleur plan de réhabilitation climatique. On n’en sort pas, le plus grand défi à assumer de l’histoire de l’humanité est le défi climatique. Je me risque à vous proposer quelques éléments d’évaluation des programmes des partis.

 

Les cibles pour atteindre la carboneutralité

Le gouvernement canadien a une responsabilité de première importance dans cette réhabilitation et son plan devra s’insérer dans les cibles de réduction des GES de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Pour le réchauffement du climat, le GIEC établit l’augmentation de température à ne pas dépasser à 1,5 (maximum 2 ), prenant comme référence la température au début de l’ère industrielle. Nous sommes déjà à 1,1 ℃ d’augmentation mondialement, mais à 1,7 ℃ au Canada, dont 2,3 ℃ dans l’Arctique.

Mesurée en concentration de CO2 dans l’atmosphère, la cible se traduit par une diminution de 30 % des émissions de GES d’ici 2030 par rapport à 2005 selon l’Accord de Paris (ou 45 % par rapport à 2010) et à leur élimination complète en 2050. Ces cibles nous permettraient de régulariser la situation en 2100 seulement, car les effets des émissions actuelles se feront sentir même si on atteint la carboneutralité en 2050. La concentration des émissions au début de l’ère industrielle était de 280 ppm alors qu’elle est aujourd’hui à 410 ppm.

Pour le Canada, diminuer les émissions de 30 % d’ici 2030 signifie de passer de 815 Mt de C02 à 513 Mt (1 Mt = 1 mégatonne = un million de tonnes métriques).

 

L’essentielle tarification du carbone

Le principal moyen, proposé par l’ONU et cautionné par les grandes institutions internationales, est la tarification du carbone. Elle permet au gouvernement de s’assurer de la diminution des émissions d’année en année afin d’atteindre la cible projetée. Cela peut être une taxe directe sur les émissions ou un marché du carbone.

 

Source : D’où proviennent les émissions du Canada et que faisons-nous pour les réduire? Environnement et ressources naturelles, Canada 01/04/19.

 

Il est important que chaque entreprise de chaque secteur d’où proviennent les émissions soit bien ciblée : quantité à réduire et échéancier pour y arriver. Ajoutons que la vérification de l’atteinte des résultats devrait être confiée à un organisme indépendant avec des rapports rendus publics.

Il faudra aussi surveiller l’utilisation des fonds recueillis avec la taxe sur le carbone. Ces fonds devront être entièrement consacrés à des mesures d’atténuation des impacts du réchauffement climatique.

 

  • La restauration des puits naturels de captation des CO2

S’il faut en finir avec les énergies fossiles, il faut aussi inclure la restauration des capteurs naturels de CO2 que sont les forêts et les océans afin de redonner à la nature son rôle de captation d’antan.

La forêt, par le phénomène de photosynthèse des végétaux, est un capteur de CO2 absolument essentiel. Un des problèmes canadiens est qu’à cause des feux de forêt plus fréquents et plus intenses, la forêt en feu émet des quantités importantes de GES.

Aussi, les océans, grâce au phytoplancton, solidifient le CO2 et le déposent au fond des mers, et sont donc primordiaux pour la captation naturelle du CO2. Ici, leur acidification grandissante entrave grandement leur action.

 

  • Les solutions à promouvoir

En progressant vers l’élimination des énergies fossiles, donc du pétrole, du gaz, du mazout, du charbon, etc., il nous faut prévoir rapidement d’autres solutions énergétiques.

Un programme d’élimination de GES doit comprendre l’électrification urgente des transports publics, commerciaux et individuels. Il faut alors s’assurer que l’offre de véhicules électriques ou autres (à hydrogène, par exemple) accompagne l’abandon des énergies fossiles.

L’abandon du charbon canadien devrait entraîner la multiplication des énergies renouvelables (éolienne, solaire, etc.) pour la production d’électricité.

 

  • Les mesures d’atténuation des impacts

La prévision des conséquences des situations climatiques extrêmes telles que les canicules, les inondations et les érosions des berges et l’aide aux organismes publics font partie de ces mesures.

Les impacts de la fonte des glaciers et du pergélisol de l’Arctique devront aussi être à l’agenda des plans d’atténuation.

L’aménagement du territoire visant à limiter l’étalement urbain, à verdir les villes, etc. sont aussi des mesures de mitigation à planifier rapidement.

Ajoutons au programme les incitatifs à l’économie circulaire et la modification de nos régimes alimentaires.

 

  • Et la solidarité internationale

Le programme d’un futur gouvernement ne pourra passer outre à son obligation de soutien aux programmes de réduction des GES des pays en voie de développement. Il serait indécent d’obliger les pays les plus pauvres à contribuer à la transition énergétique sans que nous les aidions, eux qui sont les moins grands pollueurs.

 

  • La science comme soutien à l’action

C’est la science qui devra être notre guide dans toute cette aventure de la réhabilitation climatique. La science pour comprendre, la science pour planifier et la science pour soutenir l’action.

Y croire, c’est financer des structures en ce sens, mais c’est aussi de laisser de côté la petite partisanerie électorale.

 

  • Crédibilité et leadership des partis

Dans nos analyses, nous devons aller au-delà des slogans et exiger des plans crédibles, contraignants et vérifiables. Les cibles à atteindre devront être précises et par secteurs, dont les résultats escomptés sont bien fixés dans des calendriers évalués rigoureusement et rendus publics. Le gouvernement élu devra avoir la capacité et la crédibilité pour le respect des cibles à atteindre.

 

 

À titre de citoyen-ne-s, notre vote est important. Nous devons prendre un temps d’arrêt pour nous informer, analyser les programmes et juger du meilleur parti qui pourra assurer la réhabilitation climatique au pays.

Allons voter pour le plus crédible.