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Plus de doutes : commettons-nous

Potentiel de réduction des GES

Chronique 8 :

Yves Nantel

Au mois d’août, le GIEC a publié son rapport spécial[1] sur les terres émergées. Cela arrive à point nommé pour la 25e rencontre de 195 pays signataires de la CCNUCC au Chili en décembre prochain mais aussi dans le contexte des élections fédérales dans quelques jours.

Changement climatique et terres émergées : le bien-être des populations en cause

« Les terres émergées sont déjà soumises à la pression croissante des activités humaines à laquelle s’ajoute le changement climatique. Par ailleurs, ce n’est qu’en réduisant les émissions de GES dans tous les secteurs, y compris les terres émergées, que l’on pourra contenir le réchauffement mondial bien en deçà de 2 ℃.» Ainsi, le GIEC introduit-il son rapport rendu public le 8 août dernier.

L’utilisation des terres émergées est tant un facteur de contribution à l’augmentation des GES dans l’atmosphère que de captation et d’enfouissement du CO2 dans le sol. L’agriculture, la foresterie et les autres types d’usages de la terre produisent quelque 23 % des émissions de GES d’origine humaine.

« Il convient de prendre des mesures rapides et de grande envergure dans plusieurs domaines », car déjà la sécurité alimentaire, la biodiversité, le bien-être des populations et le pouvoir de captation de GES sont menacés sérieusement.

La sécurité alimentaire est en danger par les effets du réchauffement climatique, comme les sécheresses allant jusqu’à la désertification dans plusieurs pays, les inondations, l’érosion des berges et des sols qui lessivent la partie nutritive, et par la déforestation particulièrement pour l’élevage intensif (pâturage et fourrage). Ainsi, les quatre piliers de la sécurité alimentaire s’en trouvent affaiblis : la disponibilité, l’accès, l’utilisation et la stabilité d’approvisionnement de la nourriture.

Alors que 30 % de la nourriture est gaspillée, plus de 820 millions de personnes souffrent de la faim. Et 2 milliards d’adultes sont obèses ou en surpoids, devinez où… Depuis plusieurs années, l’alarme est lancée à savoir que la biodiversité de la flore et de la faune est menacée : certains parlent du début de la sixième extinction massive. Si les sols se dégradent, ils perdent graduellement leur pouvoir de captation de CO2, contribuant ainsi à l’augmentation des GES dans l’atmosphère. En conséquence, les sols perdent de leur capacité de production, ce qui accentue l’insécurité alimentaire.

Le GIEC nous prévient : « nous savons maintenant que même un réchauffement planétaire limité à 1,5 ℃ entraînera des risques liés aux pénuries d’eau dans les zones arides, des dommages causés par les incendies, à la fonte du pergélisol et à l’instabilité du système alimentaire », et conséquemment, c’est le bien-être des populations qui est en cause.

 

Des solutions qui nous interpellent

La constatation est cinglante : 30 % des aliments produits sont perdus ou gaspillés. Nous devons donc, à partir de la réalité de chaque pays, diminuer ces pertes et gaspillages afin de réduire les émissions de GES et améliorer la sécurité alimentaire.

Devant le fait que notre alimentation est un élément important d’émissions de GES, il nous faut changer nos régimes alimentaires, il nous faut détrôner de son piédestal la consommation de viande. Saviez-vous que la production de 1 kg de bœuf occasionne l’émission de 32,5 kg des GES (33 kg pour l’agneau), alors que le poulet en émet autour de 16 kg, le porc 12 kg et que c’est seulement 0,06 kg pour les légumes et 1,1 kg pour le riz. Exprimée dans le tableau[2] suivant, la conclusion apparaît d’elle-même : diminuer de façon draconienne la consommation de viande, principalement la viande rouge.

 

Potentiel de réduction des GES

Potentiel de réduction des GES

Nous avons ici un défi tout à fait atteignable pour chacun de nous : adopter un régime alimentaire végétalien, végétarien ou flexitarien. Nous serions alors gagnants sur deux plans : notre santé personnelle, selon le Guide alimentaire canadien, et notre contribution à la réduction des GES.

Un autre axe de solutions avancé par le GIEC, mais peu relayé dans les médias, est la réduction des inégalités sociales, un accès garanti à la sécurité alimentaire et à des méthodes de gestion et de partage des risques entre les pays.

Finalement et non le moindre, « il importe de mettre en œuvre des politiques qui favorisent une gestion durable des terres, garantissent l’approvisionnement alimentaire des populations vulnérables et maintiennent le carbone dans le sol tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre ».

Et encore… toujours au mois d’août

Le 6 août, l’Agence atmosphérique américaine nous annonçait que juillet a été le mois le plus chaud de l’histoire du climat.

Le 7 août, le World Resources Institute publiait une étude démontrant que les pénuries d’eau menacent le quart de la population mondiale.

Le 17 août, des maraîchers et des experts québécois nous parlaient du charançon de la carotte, du scarabée japonais, de la pyrale du maïs, d’un envahissement fulgurant du puceron du soya et de la drosophile à ailes tachetées, tous des insectes ravageurs qui s’adaptent au nouveau climat.

Le 19 août se tenait à l’ONU la Conférence internationale sur la biodiversité marine visant à protéger des milieux marins en haute mer, et l’UNESCO mettait en évidence la fonte d’un illustre glacier en Islande.

Le lendemain, c’était au tour de la Banque mondiale de sonner l’alarme en dévoilant une étude sur la pollution élevée des eaux dans le monde et de Nature Climat Change de nous mettre en garde contre la progression, l’ampleur et l’intensité des canicules.

Et tout au long du mois, on nous a démontré que la forêt amazonienne, le poumon de la planète, étouffait, en proie à des milliers de foyers d’incendie.

Et j’en passe.

 

L’heure est à la mobilisation et à la prise de décisions importantes, autant personnelles que politiques, en faveur de la réhabilitation du climat. Commettons-nous.

[1] Ce rapport provient de 107 experts de 52 pays. Pour accéder au résumé à l’intention des décideurs : https://ipcc.ch/report/srccl

[2] Source : Rapport du GIEC sur les terres émergées, chapitre 5, sécurité alimentaire, 2019. Traduction : notre-planete.info