
Lorsque Madame Morisette m’en a parlé, avec beaucoup de ferveur il faut bien le dire, j’étais sous l’impression que ce Trophée Roses des Sables réservé aux femmes qui n’ont pas froid aux yeux, et que nous avons évoqué à quelques reprises par le passé dans ce journal, était un peu lointain comme sujet. Jusqu’à ce que je rencontre Marie-Pierre Plante (de Val-David) et sa copilote Anouk Alarie (Val–Davidoise de cœur). Ces deux femmes au tempérament solaire, pilotes de ligne toutes les deux pour Air Transat, en temps normal, ce qui n’est déjà pas banal, ont certes une certaine expérience du risque (piloter régulièrement un A300 de la famille Airbus avec plusieurs centaines de passagers à bord n’est pas vraiment une sinécure).
Mais aller se balader dans les sables du Maroc en gros 4 x 4, SSV, quad ou moto par solidarité avec les enfants du désert (le raid est une sorte de collecte de fonds pour aider les enfants qui vivent dans le désert marocain), c’est une autre affaire. Marie-Pierre et Anouk sourient, le regard brillant : les défis, elles en ont vu d’autres, du haut des airs comme au raz des pâquerettes. Elles sont prêtes.
À l’aube de ses 20 ans, l’organisation du Trophée Roses des Sables a repris la route du 15 au 27 octobre dernier avec 281 participantes au volant, soit 146 équipages en provenance de la France, du Canada, de la Suisse et du Royaume chérifien. En 19 ans d’existence, ce sont près de 3 237 femmes qui se sont lancées ainsi à l’assaut des pistes marocaines. Comme dit la pub de l’événement : ce chalenge, c’est 5000 km d’aventure, de découverte, de dépassement de soi. Le Trophée Roses des Sables vous ouvre les portes du désert à la découverte d’une aventure humaine et authentique dans un cadre enchanteur.
Pas seulement. C’est un défi sérieux : les participantes prennent le départ en France et commencent par suivre un circuit des vérifications techniques, administratives et médicales.Une étape intense, avec une pointe de stress. Car il s’agit d’étapes décisives avant d’obtenir le sésame obligatoire pour entrer dans la compétition. Et puis, il s’agit de parcourir à bord de leur véhicule de compétition 1200 kilomètres en territoire européen, entre Biarritz etAlgésiras, dans le Sud espagnol, point de rendez-vous et de traversée vers Tanger-Errachidia, premiers kilomètres en sol marocain.
Amies depuis longtemps, Marie-Pierre et Anouk ont mis au point un truc maison pour résister au stress inévitable quand on relève des défis de cette taille : lorsqu’une situation se présente où la décision revient au pilote et que le copilote n’est pas d’accord, et inversement, elles échangent un mot de code qui veut dire : « on en discute ce soir, pour le moment, on reste concentré sur l’objectif ». Cette petite technique leur aura été fort utile pour attaquer le four à ciel ouvert du désert marocain, étape par étape : Errachidia-Merzouga, étape nocturne des étoiles, village de solidarité, parcours pimenté, plateaux désertiques, oueds sablonneux, dunettes, les boucles, navigation, plateaux roulants et oueds, montagnes et enchaînement de vallées, sable, sable, sable, vallée du Draa, sable, sable, sable, traversée du Haut Atlas, col de Tichka et, enfin, à demi épuisées, la douche à Marrakech.
Dans l’avion qui les a ramenées chez nous, elles ont eu, certainement, des moments de rêves, retour par flashs sur les temps forts de leur traversée du désert. Elles ont peut–être tiré de nouveaux plans sur la comète. Le Trophée Roses des Sables leur a demandé deux longues années de préparation. Mais à en juger par leur air de triomphe sur la photo, au final, ça en valait la peine. Avant de reprendre les commandes du prochain vol.





