Maison Communauté Prêt-e-s à changer nos modes de vie?

Prêt-e-s à changer nos modes de vie?

Chronique 10 :

Prêt-e-s à changer nos modes de vie?

Yves Nantel

Si les partis politiques nous ont promis la carboneutralité pour 2050, aucun n’a osé nous mettre devant les changements à opérer dans nos façons de vivre pour l’atteindre. Je les comprends, car celui qui aurait osé était certain de ne pas être élu.

Pourtant, il faudra bien commencer à envisager ce que signifie concrètement l’avertissement du GIEC : « pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 C, il faudrait modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société ».

D’abord que signifie l’atteinte de la carboneutralité?

Avant l’ère industrielle, la nature suffisait à contenir le réchauffement climatique dans des limites favorables à la vie humaine. Puis les humains ont commencé à extraire et à brûler le pétrole, le charbon, le gaz naturel, etc., libérant les gaz emmagasinés et créant un effet de serre aujourd’hui hors de contrôle.

Quand on projette d’atteindre la carboneutralité, on signifie qu’il faut retourner à l’équilibre de l’ère préindustrielle, car c’était la situation favorable à la vie sur terre.

Neutraliser toutes les émissions d’origine anthropique (provenant des humains) d’ici 2050 : tel est l’objectif proposé par le GIEC et endossé par les 195 pays signataires de la CCNUCC.

Il y a trois voies pour neutraliser les émissions :

  • diminuer de façon importante l’utilisation  des combustibles fossiles et les remplacer par des énergies renouvelables (hydroélectricité, éolienne, solaire, nucléaire, etc.);
  • réhabiliter (restaurer) et développer les capteurs naturels de CO2 que sont les forêts et les océans;
  • inventer de nouveaux moyens de capter et stocker les GES.

Si on ne peut du jour au lendemain abandonner toutes énergies fossiles, il faut commencer dès aujourd’hui à ralentir. Il faut, entre autres, un plan de retrait des énergies fossiles et un plan de remplacement par des énergies propres et renouvelables.

Le transport pose un problème majeur au Québec

Au Québec en 2016, les principales émissions des GES provenaient à 43 % du secteur des transports (dont 34,4 % routiers) et 30,1 % de l’industrie. Il est donc impérieux de donner la priorité à ce chapitre.

Saviez-vous qu’en 2016, la SAAQ avait immatriculé 4,7 millions de véhicules de promenade, soit une augmentation de 11 % par rapport à 2009, alors que la population n’augmentait que de 6 %? Le récent rapport Dunsky (juin 2019) prévoit, pour sa part, un parc automobile en 2030 de plus de 5 millions de véhicules. Cherchez l’erreur puisque nous devrions, au contraire, le réduire.

Dans son rapport en 2013, Normand Mousseau, coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, estimait qu’il fallait « retirer de la route ou convertir à l’électricité environ 2,1 millions d’automobiles ou camions légers (tout près de 50 % du parc) » d’ici 2020 pour atteindre la cible de réduction des GES par rapport à 1990. Nous sommes loin du compte.

Diminuer et électrifier le parc automobile commande des actions parallèles. Nous devrons densifier les espaces habités pour donner tout son sens au transport en commun et à son électrification. Ce qui veut dire d’amener la population sur des territoires de plus en plus restreints et de l’équiper en services adéquats. Pourquoi alors développer les banlieues?

Abandonner l’auto à essence : qui de nous est prêt-e à faire le saut? Pour y arriver, il faudra nécessairement des mesures contraignantes et des mesures facilitantes.

Les mesures contraignantes et les mesures facilitantes

La taxe carbone imposée aux producteurs et distributeurs d’essence fait partie des mesures contraignantes, puisqu’elle entraîne une hausse du prix de l’essence qui ira en s’accentuant d’année en année et fera pression pour l’abandon de l’auto à essence. Mais ne sommes-nous pas très réfractaires à toute hausse de taxe sur l’essence? Afin de combler la demande graduelle, une mesure qui obligerait les constructeurs à produire des quantités annuelles minimales d’autos électriques s’impose.

Les subventions accordées à l’achat d’une auto électrique et à l’installation d’une borne de recharge font partie des mesures facilitantes. Concrètement, il serait sage que chacun-e de nous pense sérieusement à acheter un véhicule électrique lors de son prochain remplacement d’auto. Tout en faisant des efforts pour utiliser les transports en commun existants ou encore le covoiturage; toutes des mesures de réduction de notre empreinte écologique. Sommes-nous prêt-e-s?

Problèmes de taille au Québec : les grosses cylindrées

De plus, en 2017, les Québécois ont acheté pour 12 milliards $ de camions, véhicules 4X4 et utilitaires sport et pour 5,4 milliards de voitures. Cette réalité suggère que les incitations seront insuffisantes. Que fait-on avec cette réalité et celle des motomarines, bateaux à moteur, motoneiges et apparentés dans une perspective de réduction des GES?

Comme il est difficile de concevoir que les grosses cylindrées font partie des biens essentiels, et devant leur popularité, il faudrait des mesures contraignantes comme : interdiction de toute publicité pour ces véhicules, taxe spéciale supplémentaire à l’achat, réservation de leur utilisation aux activités professionnelles. Sommes-nous prêt-e-s?

Et n’oublions pas la décarbonisation du transport de marchandises, où il faudra relever le défi de l’électrifier tout en favorisant l’usage généralisé du train.

À l’échelle internationale, selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande en pétrole des VUS entre 2010 et 2018 « a dépassé largement les progrès en termes d’efficacité réalisés sur les voitures plus petites et les économies de carburant permises par les électriques ».

Il est temps qu’on nous précise la suite des choses

Il est facile de promettre la carboneutralité pour 2050. Plus difficile sera de fixer un plan précis avec échéancier pour l’atteindre. Nous sommes, au Canada et au Québec, à une étape charnière : le gouvernement Trudeau vient d’être élu avec de nouvelles orientations avancées en campagne électorale et le gouvernement Legault s’apprête à proposer son plan de réduction de GES au début 2020.

À l’international, la COP 25 en Espagne viendra tout juste de se terminer à la sortie de cette chronique. Les pays auront-ils pu s’entendre sur des engagements précis et consensuels?