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Dialogue no 30 (décembre 2019) Richard Claude Lauzon

Depuis plus de deux ans, Richard Claude Lauzon a entrepris dans nos pages un dialogue avec sa petite-fille, comme s’il voulait lui laisser un peu de sa sagesse en héritage. Richard nous a quittés le 3 octobre dernier. Le dernier texte de cette série unique, publié ici, est aussi un coup de chapeau au projet citoyen de Nicole Vézina, qui a adapté, pour les fêtes 2019, une pièce de Dickens. Richard aimait la communauté de Val-David et il l’a maintes fois prouvé, tout comme sa conjointe, Suzanne Bougie, qui a longtemps organisé pour notre journal des visites de jardins privés, entre autres activités. Ce qui fait la beauté d’un village, c’est avant tout ses citoyens. Richard était un exemple de ce que la beauté peut être quand elle fleurit dans un coeur généreux. Anaïs a de la chance d’avoir connu un tel grand-papa. (NDLR)

Anaïs notre petite-fille, avec la candeur de sa tendre enfance, mais déjà curieuse et précoce pour son âge, interroge ici les mystères de la vie ainsi que son grand-père

(Anaïs et son grand-papa reviennent d’assister à une pièce de théâtre à la salle communautaire du village : Le Cadeau de M. Trousse. C’est la première fois de sa jeune vie qu’elle assiste à un tel événement. Elle est silencieuse, ce qui inquiète un peu son grand-père…)

  • As-tu aimé la pièce de théâtre, Anaïs?
  • Oui, j’ai aimé la pièce, grand-papa, mais pourquoi le monsieur qui n’était pas gentil avec tout le monde au début est devenu gentil en leur donnant plein de sous?
  • Fais un p’tit effort de mémoire ma chouette. Tu te rappelles du fantôme de monsieur Granger qui faisait bien peur à Monsieur Trousse?
  • Ah oui. Mais pourquoi il lui faisait peur, grand-papa? C’est quoi un fantôme?
  • Tu en poses des questions, ma belle! Je vais essayer d’y répondre du mieux que je peux. D’abord, je pense que les fantômes, ça n’existe pas mais que la personne qui a écrit cette pièce de théâtre a voulu nous faire comprendre que, quand on ne respecte pas les gens autour de nous, on finit par le regretter un jour ou l’autre. Notre entourage finit par ne plus nous aimer. Je te dirais même que la personne qui ne pense qu’à elle-même et très peu aux autres, ne se sent pas bien dans sa tête et dans son cœur. On dit qu’elle est égoïste et elle finit par se sentir « coupable » d’avoir dit des paroles ou fait des choses désagréables envers les autres. Anaïs, j’aimerais t’enseigner deux nouveaux mots. Écoute bien car ce sont deux grands mots qui vont te servir toute ta vie: le premier de ces deux mots est CUL-PA-BI-LI-TÉ. Quand on ressent de la culpabilité dans notre tête et dans notre cœur, on pense qu’on a mal agi envers les autres et on ne se sent vraiment pas bien en-dedans de soi. Et les gens autour de nous ne se sentent pas bien non plus quand ils nous rencontrent. Il y en a même qui peuvent avoir peur qu’on leur fasse du mal. Mais, tu sais Anaïs, on peut vouloir changer tout ça. On peut réfléchir et vouloir se sentir bien avec les gens autour de nous. On peut se dire : « J’ai envie d’être contant de moi en faisant du bien aux gens qui m’entourent. Monsieur Trousse a pu se dire dans sa tête et dans son cœur qu’il préférait être un peu moins riche et être bien plus heureux parce qu’il rendait des personnes pauvres plus heureuses.
  • C’est pour ça que Monsieur Trousse a donné de l’argent aux deux monsieurs qui n’ont pas beaucoup de sous?
  • Oui ma belle. Monsieur Trousse, en donnant des sous à ceux qui n’en ont pas beaucoup, a décidé de devenir plus heureux en devenant plus généreux. Ce qui fait que les gens qu’il rencontre ont plus de facilité à l’aimer. Monsieur Trousse devient donc plus heureux et rend les autres plus heureux aussi. Tout le monde s’aime plus.
  • C’est quoi le deuxième grand mot, grand-papa?
  • On dit qu’être généreux, c’est avoir de la GÉ-NÉ-RO–SI -TÉ. Et à Noël, c’est un des meilleurs moments de l’année pour faire preuve de générosité. On peut aller jusqu’à dire que les commanditaires qui ont donné des sous pour que la pièce ait lieu ont fait preuve de générosité.
  • Ben moi aussi, je veux être généreuse à Noël.
  • Tu sais, on peut l’être toute l’année mais à Noël, presque tout le monde aime donner et recevoir des cadeaux. Puis, si MONSIEUR TROUSSE est devenu généreux, ben, tout l’monde peut le devenir, Joyeux Noël ma belle fille.
  • Joyeux Noël grand-papa.