Maison Nouvelle édition Les premiers chemins et montées (1855-1862)

Les premiers chemins et montées (1855-1862)

Source : Denis Chabot, fond de carte Plan officiel de la paroisse de Sainte-Agathe des-Monts, division d’enregistrement de Terrebonne (1883) 1- Montée Ménard; 2- Chemin du VIIe rang; 3- Chemin du VIIIe rang; 4- Montée Larocque; 5- Montée Godon; 6- Chemin du Xe rang; 7- Chemin du XIe rang

 

Michel Allard, historien

En 1849 et 1850, les familles Ménard et Dufresne s’établissent dans les rangs VII et X du canton Morin, que certains qualifient alors « de bout du monde ». Pour circuler, les colons doivent se contenter de sentiers tracés par les autochtones, les arpenteurs, voire, par les animaux. Le territoire de Val-David relève alors, à titre de territoire non organisé, du Conseil municipal du comté de Terrebonne[1]. Le 1er juillet 1855, « l’Acte des Municipalités et des Chemins du Bas-Canada » entre en vigueur. Il stipule notamment que les habitants d’une paroisse religieuse ou d’un « township » peuvent, selon le cas, se constituer civilement en municipalité de paroisse ou de « township[2] ». Quatre cent quatre-vingt-neuf municipalités sont alors créées et leur principale fonction, comme le libellé de la loi le suggère, consiste en l’ouverture et l’entretien de chemins.

Or, Sainte-Adèle ayant décroché le statut de paroisse religieuse en 1854, elle obtient en 1855 l’état civil de municipalité de paroisse. Toutefois, une partie du territoire de Val-David, à savoir les lots depuis le numéro 25 jusqu’au lot 41 des rangs X et XI, ainsi que les rangs VII et VIII du canton Morin, ne fait pas partie de la paroisse religieuse de Sainte-Adèle, mais de la mission de Sainte-Agathe-des-Monts[3].

À cet égard, le Conseil du comté de Terrebonne promulgue en 1856 un décret annexant ledit territoire à la municipalité de paroisse de Sainte-Adèle[4]. C’est ainsi qu’une partie du territoire de la municipalité de Val-David est unie à la municipalité de paroisse de Sainte-Adèle. En 1862, ce territoire sera intégré à la municipalité de paroisse de Sainte-Agathe-des-Monts.

Lors de l’une de ses premières réunions, le Conseil municipal de Sainte-Adèle, afin d’assurer la construction et l’entretien des chemins, divise la localité en six districts et nomme pour chacun d’eux un inspecteur et des sous-voyers, c’est-à-dire des sous-officiers responsables des voies publiques. Pour le district comprenant les lots 26 à 41 du Xe rang du canton Morin, ainsi que les rangs VII, VIII et IX du même canton, Joseph Bélisle (propriétaire du lot 5 du rang VII) est nommé inspecteur et, à titre de sous-voyers, Pascal Dumouchel (propriétaire du lot 12 du rang VIII), de même que Maurice Lajeunesse (propriétaire du lot 4 du rang VIII)[5].

Au cours de cette période, plusieurs chemins sont tracés et verbalisés sous la direction de Pierre-Auguste Labrie, surintendant du comté de Terrebonne. Soulignons notamment en 1859 le chemin de base du rang VII (aujourd’hui le chemin du 7e Rang qui conduit au lac Paquin) et celui du rang VIII (aujourd’hui le chemin des Lilas jusqu’à l’autoroute, puis, de l’autre côté, le 8e Rang). Les montées Ménard, Larocque et Godon sont aussi verbalisées. Ces dernières font partie du chemin du Lac-à-la-Truite (aujourd’hui le chemin du Rang 10 et le chemin de la Montagne) qui sera l’un des seuls de la région à bénéficier de l’aide gouvernementale afin de faciliter « la sortie d’une partie des habitants du canton Morin[6] ».

Enfin, en 1862, le chemin de front du rang XI (aujourd’hui le chemin de la Rivière) est verbalisé par André Bouchard-Lavallée, surintendant spécial. D’une largeur de 26 pieds (mesure française), il longe la rivière du Nord, à partir du lot 17 situé sur le territoire actuel de Val-Morin, traverse tout le territoire actuel de Val-David et se termine au lot 2 du rang IV du canton de Beresford qui, aujourd’hui, se situe dans Sainte-Agathe-des-Monts. Il comprend quatre ponts, dont deux érigés sur la rivière du Nord et deux autres, pour franchir des ruisseaux.

Bref, ces routes, en plus d’améliorer la circulation des personnes et des produits, brisent l’isolement des colons et les ouvrent sur le monde extérieur. Ce qui n’empêche toutefois pas le curé Fournier de Sainte-Adèle de noter, en se rendant à la mission de Sainte-Agathe-des-Monts, que les chemins y conduisant sont encore très mauvais[7].

 

Les types de chemins à l’époque

Chemin de base : chemin reliant les lots d’un même rang
Montée : chemin reliant deux ou plusieurs rangs
Chemin de front : chemin qui longe la façade d’un lot ou d’une série de lots

 

 

NDLR – CARTE RÉVISÉE
Dans notre édition de mars dernier, un glissement des numéros de référence s’est produit en cours de maquette. Voici la version révisée par l’historien Michel Allard concernant l’emplacement exact des chemins et montées. Nos excuses aux lecteurs attentifs.

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[1] Voir la proclamation du gouverneur Sydenham, Gazette du Canada du 15 avril 1841.

[2] Acte des Municipalités et des Chemins du Bas-Canada 1855, Section X, Article 2 Québec S. Derbershire, S. Desbarats, p. 8.

[3] Abbé Edmond Langevin-Lacroix, (1927), Histoire de la paroisse de Sainte-Adèle, p. 83.

[4] Serge Laurin (2002), Sainte-Agathe-des-Monts. Un siècle et demi d’histoire, Québec, Presses de l’Université Laval, p. 331.

[5] Abbé Edmond Langevin-Lacroix, (1927), Histoire de la paroisse de Sainte-Adèle, p. 83.

[6] Rapport sur la colonisation dans le Bas-Canada pour l’année 1861, p. 401.

[7] Abbé Edmond Langevin-Lacroix, (1927), Histoire de la paroisse de Sainte-Adèle, p. 61.

[8] Abbé Edmond Langevin-Lacroix, (1927), Histoire de la paroisse de Sainte-Adèle, p. 61.