Maison Actualité L’air pur des Laurentides : un remède

L’air pur des Laurentides : un remède

Source : Comité du patrimoine de la ville de Sainte-Agathe-des-Monts

 

L’air pur des Laurentides : un remède[1]

Michel Allard, historien

Au cours de la pandémie actuelle, on a rappelé à plusieurs reprises celle de la grippe espagnole. Toutefois, on a peu mentionné la tuberculose, qui a établi la réputation de la région des Laurentides au titre du royaume de l’air pur.

La tuberculose

À la fin du XIXe siècle[2], les maladies pulmonaires, en particulier la tuberculose, appelée aussi la peste blanche (provoquée par la bactérie du nom de bacille de Koch), connaissent une prolifération sans précédent. « Il suffit qu’une personne infectée tousse ou éternue pour que soient propulsées dans l’air des milliers de bactéries qui propagent la maladie[3]. » Dans les milieux où l’utilisation du charbon comme carburant et les mauvaises conditions hygiéniques favorisent sa propagation, la tuberculose fait des ravages. Entre 1896 et 1906, on compte au Québec pas moins de 33 000 décès dus à cette maladie infectieuse. Malheureusement, on ne connaît pas de remède capable de guérir le malade ou de freiner la progression de la contagion.

Pour soigner les tuberculeux, on a recours à plusieurs remèdes dits « de grand-mère ». On leur fait boire des liquides rouges, dont du sang de bœuf ou encore des sirops à base d’urine, ou manger de la gelée faite à base de cornes de chevreuil. On croit même que coucher les tuberculeux dans une écurie à côté d’une jument peut hâter leur guérison. On vend des sirops susceptibles de guérir toutes les maladies pulmonaires. Bref, chacun y va de sa recette supposément miraculeuse. Mais en vain.

Le traitement : l’air pur

À l’encontre des charlatans de tout acabit, les médecins croient qu’à défaut de remèdes efficaces pour combattre la tuberculose, il faut augmenter la résistance de l’organisme. Le repos, une saine nourriture et, surtout, l’air sec et froid des montagnes, de préférence près d’une forêt de conifères, peuvent avec le temps venir à bout de la tuberculose, pourvu que le malade soit patient et ait les moyens monétaires pour cesser toute activité…

Située à plus de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer, la région des Laurentides jouit, selon les dires de certains, de l’air le plus pur au Canada. La Commission d’inspection des sanatoriums au Canada avait désigné en 1898 Sainte-Agathe-des-Monts  et sa région comme « l’endroit du Dominion le plus favorable sous tous les rapports pour le traitement contre la tuberculose[4] », d’autant plus qu’avec l’arrivée du chemin de fer, cette municipalité n’est située qu’à deux heures de Montréal.

Les sanatoriums[5]

Pour accueillir les malades, plusieurs sanatoriums sont construits dans la région. Parmi les plus importants, notons : le Laurentian Sanatorium, construit en 1908 par la Société laurentienne pour le traitement et le contrôle de la tuberculose, fondée par le philanthrope Lorne McGibbon. Agrandi à plusieurs reprises, il deviendra l’un des plus importants sanatoriums du Québec. Aujourd’hui, il abrite l’hôpital Laurentien.

Un groupe de philanthropes juifs ayant à sa tête Sir Mortimer Davis entreprend la construction à la limite de Sainte-Agathe et du futur village de Val-David, à proximité de la voie ferrée, du Mont-Sinaï. Cet édifice, qui comptait parmi l’un des seuls bâtiments de style art déco des Laurentides, fut rasé en 2005.

Les résidences

De nombreux résidents transforment leur demeure en pension pour accueillir des convalescents. Une architecture particulière à la région se développe. Les maisons sont ceintes d’une grande véranda non chauffée où, durant l’hiver, les malades emmitouflés dans des couvertures de laine peuvent s’étendre à l’abri du vent et de la neige.

Les craintes de la population[6]

Règlement no 49 : Pour obliger à déclarer les maladies contagieuses et pour la dissémination des crachats (1909)
Source : Archives de la ville de Sainte-Agathe-des-Monts

La venue dans la région de tuberculeux (appelés en langage populaire les consomptifs) a suscité des craintes parmi la population. Pour calmer les appréhensions, le 19 mai 1909, le conseil municipal de Sainte-Agathe-des-Monts vote un règlement « pour obliger à déclarer les maladies contagieuses et pour la dissémination des crachats ». Tout chef de famille ou directeur d’établissement doit déclarer à l’autorité sanitaire municipale, sous peine d’une amende de vingt dollars par jour (ce qui est énorme pour l’époque), tous les occupants qui souffrent d’une maladie que l’on croit infectieuse, depuis la variole jusqu’à la tuberculose sous toutes ses formes, y compris la morve.

Le même règlement décrète que toute personne qui crache sur le sol dans un lieu public est passible d’une amende de cinq dollars pour la première offense et de dix pour chaque offense subséquente. Enfin, toute personne qui tousse et qui crache doit se munir d’un crachoir de poche et se servir de chiffons qui doivent être détruits par le feu une fois toutes les vingt-quatre heures. Ce règlement ne sera abrogé que le 10 décembre 2013.

Les Laurentides : le royaume de l’air pur

La mise sur pied de sanatoriums contribue à la réputation des Laurentides d’être une région d’air pur favorable à une bonne santé. Dans les municipalités entourant Sainte-Agathe-des-Monts, dont Val-David (Sœurs de Sainte-Anne), Sainte-Adèle (Dames de la Congrégation de Notre-Dame) et Val-Morin (Frères des Écoles chrétiennes), des communautés religieuses construisent ou acquièrent des villas pour accueillir leurs membres atteints de maladies pulmonaires ou d’autres maladies. Une véritable industrie fondée sur la santé se développe dans le cœur des Laurentides.

Les antibiotiques

Le développement d’antibiotiques dans les années 1950 permettra de traiter efficacement la tuberculose. Pour prévenir la maladie, on met au point des vaccins, dont le BCG (acronyme de vaccin billé), développé par les chercheurs Calmette et Guérin. Il est administré à toute la population. La propagation de la tuberculose est enrayée.

Malgré tout, les Laurentides conserveront leur réputation de former une région où l’air vivifiant contribue à préserver la santé.

 

 

 

 

 

 

 

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[1] Ce texte s’inspire de : Allard, Michel (2017). Le cœur des Laurentides. Québec, Septentrion.

[2] Il convient de se rappeler qu’à cette époque, le territoire actuel de Val-David faisait partie de Sainte-Agathe-des-Monts.

[3] Coté, Louise (2000). En garde! Les représentations de la tuberculose au Québec dans la première moitié du XXe siècle. Québec, Les Presses de l’Université Laval, p. 45.

[4] L’Avenir du Nord, 2 décembre 1898, cité par Laurin, Serge (1989). Histoire des Laurentides, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, p. 470.

[5] Maisons de santé où l’on traite les maladies pulmonaires.

[6] Grignon, Edmond Dr (1912). Album historique de la Paroisse de Sainte-Agathe-des-Monts, 1849-1912, p. 144.