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Le masque tel un condom

Ingrid Théberge
Sociologue-éducatrice

 

Est-ce que le port d’un masque est un signe de faiblesse? Est-ce que le refus d’en porter un est un signe d’insouciance?

 

Le débat est lancé depuis le début du déconfinement. Nous venons d’apprendre que le masque n’avait pas été imposé dès l’avènement de la maladie à coronavirus, mieux connue comme la COVID-19 (SARS-CoV-2) par crainte de manquer de matériel de protection chez les travailleurs de la santé. Maintenant, il est fortement suggéré d’en porter un dans les endroits publics ou lorsque la distanciation sociale ne peut être respectée.

 

Trois principales réactions sont possibles lors d’une crise : le déni, l’hypervigilance et le besoin d’intervenir auprès des gens vulnérables (les anges gardiens). Le déni rend aveugle, car il donne un sentiment d’invulnérabilité. « Moi, je ne tomberai pas malade. » Il y a de multiples raisons de ne pas porter de masque : l’inconfort, le faible risque de mortalité dû à son âge et/ou à son état de santé, les coûts associés à l’achat, les médias et les dirigeants qui diffusent des informations contradictoires, et la croyance profonde de surmonter toute adversité, « advienne que pourra ».

 

L’hypervigilance fait craindre : elle peut causer un niveau d’anxiété pouvant devenir intolérable. L’agoraphobie peut en résulter, ainsi que l’isolement social, comme nous l’avons tous constaté, qui est difficile à vivre. La prudence peut devenir exagérée à un point tel qu’elle paralyse. Pourtant, sans cette vigilance, il existe le danger de prendre des risques insensés. Cette vigilance nous ramène à l’ordre, elle nous rappelle que la prudence est essentielle pour naviguer les eaux tumultueuses. Qu’on se le dise : Le courage sans peur n’est que stupidité.

 

Les « anges gardiens » sont les premiers au front. Grâce à eux et à leur présence, nous réalisons que nous ne sommes pas démunis devant l’incompréhensible. Ils et elles nous apportent du réconfort, car leur courage, leur force et leur passion sont des exemples pour nous tous. Il en va de même pour les travailleurs soudainement essentiels (ils l’étaient déjà, mais on ne s’en rendait pas nécessairement compte).

 

Revenons maintenant à la question du port du masque. Et si on le comparait à l’usage du condom? Il n’est pas juste utilisé comme moyen de contraception; il protège contre les infections transmises sexuellement, dont le virus de l’immunodéficience humaine, le VIH, qui, sans traitement, mène au syndrome de l’immunodéficience acquise (SIDA). L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) évalue à 36 millions le nombre de morts depuis sa découverte au début des années 801. Il n’y a toujours pas de vaccin. Certains diront que les traitements rapportent plus de profits pour les compagnies pharmaceutiques que les vaccins.

 

Quoique le SIDA soit une pandémie, le condom n’est pas toujours utilisé lors de rapports sexuels, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels et à tous âges. Depuis 2014, le nombre estimé de nouvelles infections au VIH est en hausse au Canada2. Il faut donc rester prudent. Les raisons qu’on évoque pour expliquer le refus de porter un condom sont généralement les mêmes que pour le masque : l’inconfort, le faible risque d’en mourir, le coût, etc.

 

Il est difficile de combattre un ennemi invisible. Cela demande que chacun fasse sa part afin de protéger son voisin. Si j’étais infectée au VIH sans le savoir et que j’avais des relations sexuelles non protégées, je serais quand même la personne responsable d’avoir transmis le virus à quelqu’un d’autre. Je ne sais pas si je suis infectée par la COVID-19, alors je porte mon masque. À mon avis, il y a trop de facteurs inconnus au sujet de la COVID-19 pour être convaincu que le masque est futile.

 

Nous ne connaissons pas le moment ni le lieu de notre destination finale, alors aussi bien profiter du trajet! (Le plus efficacement et le plus longtemps possible!)

 

 

1 https://www.catie.ca/fr/feuillets-info/epidemiologie/epidemiologie-vih-canada

2 https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/publications/maladies-et-affections/esume-estimations-incidence-prevalence-vih-progres-realises-canada-90-90-90.html

 

 

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To mask or not to mask?

 

 

Is wearing a mask a sign of weakness? Is the refusal to wear one a sign of recklessness?

 

The debate has been going on since the end of confinement. We have just learned that the mask was not imposed as soon as coronavirus disease, better known as COVID-19 (SARS-CoV-2), was introduced for fear of a lack of protective equipment for health care workers. Now, it is strongly suggested or even mandatory to wear one in public places or when social distancing cannot be respected.

 

Three main reactions are possible during a crisis: denial, hypervigilance, and the need to intervene with the vulnerable and the sick (guardian angels). Denial blinds because it gives a feeling of invulnerability. “I won’t get sick.” There are many reasons not to wear a mask: discomfort, low risk of death due to age and/or the absence pre-existing health conditions, costs associated with their purchase, media and government spokespeople who disseminate conflicting information, and a deep belief in overcoming any adversity “come what may.”

 

Hypervigilance can become fear: it can cause a level of anxiety that may become intolerable. Agoraphobia can lead to social isolation, and as we have all seen this year, it is a difficult experience. Caution to the extreme can become paralyzing. Yet without vigilance, there is the danger of taking foolish risks. Vigilance brings us back to order; it reminds us that caution is essential to navigate tumultuous waters. Let it be repeated: “Courage without fear is stupidity.

 

The “guardian angels” are the first at the frontlines. Thanks to them and their presence, we realize that we are not helpless in the face of the incomprehensible. They bring us comfort because their courage, strength and passion are examples for all of us. The same is true for “suddenly” essential workers (they were already, but we were not necessarily aware of it).

 

Now back to the issue of wearing a mask. What if we compared it to condom use? It is not just used as a form of contraception; it protects against sexually transmitted infections including the human immunodeficiency virus, HIV, which without treatment leads to Acquired Immunodeficiency Syndrome (AIDS). The World Health Organization (WHO) estimates that 36 million people have died since its discovery in the early 1980’s1. There is still no vaccine. Some would argue that treatments are more profitable to the pharmaceutical industry than vaccines.

 

Although AIDS is a pandemic, condoms are not always used during sexual intercourse, whether heterosexual or homosexual, or at any age. Since 2014, the estimated number of new HIV infections in Canada has increased2. So, we must remain vigilant and use caution. The reasons given for refusing to wear a condom are generally the same as for the mask: discomfort, low risk of dying from it, cost, etc.

 

It is difficult to fight an invisible enemy. It requires everyone to do their part to protect their neighbour. If I was infected with HIV without knowing it and had unprotected sex, I would still be the person responsible for transmitting the virus to someone else. I don’t know if I’m infected with COVID-19, so I’m wearing my mask. In my opinion, there are too many unknown factors about COVID-19 to be convinced that the mask is futile.

 

We do not know the timing or location of our final destination, so we may as well enjoy the ride! (As efficiently and for as long as possible!)