
Emmanuelle Trudeau-Morin :
À tous ceux qui ont oublié
J’ouvre mon carnet de croquis sur une nouvelle page. Mon crayon commence à danser sur la feuille, mais je ne vois pas ce qu’il dessine; mon regard est tourné vers l’intérieur alors que je fais apparaître les formes qui expriment mes sentiments des derniers jours. L’auteure de ces lignes nous dit qu’elle a « grandi dans une famille d’artistes dans les Laurentides, à Val-David, et [que] nos paysages montagneux ont été une belle source d’inspiration. Dans ce premier roman, fort bien écrit à la première personne, l’héroïne traque un mystérieux disparu qui par les jeux de l’amour et du hasard a laissé un indice : une roulotte abandonnée et l’histoire d’un couple qui a vécu ici dans les années 1970. Bien ficelée, l’histoire nous tient en haleine. Ce récit, mené par Beth, nous promène avec un certain détachement et un trait d’humour continu entre les battements de son cœur et une curiosité nostalgique de la belle époque du caravaning sauvage. Soulignons, d’ailleurs, que la roulotte qui orne la couverture du livre, publié aux éditions de L’Imposture, est une œuvre de l’artiste valdavidois Normand Ménard, lequel expose actuellement ses œuvres récentes et magnifiques à l’Espace galerie de l’Association des auteurs des Laurentides, à Saint-Sauveur (voir infos sur l’exposition ailleurs dans ce journal).

Par ailleurs diplômée en histoire de l’art et en muséologie de l’Université du Québec à Montréal, Emmanuelle Trudeau-Morin pose sur le décor de son récit un œil d’artiste. « L’art, écrit-elle, est un moyen très personnel de mettre en forme des réflexions, des idées ou des questionnements de façon à stimuler l’imaginaire, les sens et les émotions chez soi-même et chez les autres. L’art est incontestablement un don de soi, parfois incroyablement effrayant! »
SSD : Pourquoi écrire un roman, quand vous avez déjà le profil d’une artiste en arts visuels?
ETM : La lecture, que j’ai appréciée très vite dans ma vie, m’a permis de vraiment apprivoiser le monde de l’imaginaire, de plonger dans les univers que je découvrais. Je crois que c’est pour cette raison que le médium du livre s’est imposé naturellement lorsque j’ai eu besoin de reconnecter avec mon imagination après un moment moins stimulant artistiquement parlant. Dans mon parcours, je me suis aussi rendu compte que la démarche artistique derrière une œuvre visuelle, qui est essentiellement le résultat de cette recherche, est souvent méconnue du public. De fait, bien des œuvres peuvent paraître inaccessibles ou incompréhensibles aux yeux des gens. Ce roman sert donc aussi à exposer, à travers l’histoire sympathique de Beth, la réflexion, et même les aspects techniques, que peut engendrer un projet artistique.
SSD : Est-ce que l’expérience de cette aventure romanesque vous incite à poursuivre avec l’écriture?
EMT : J’envisage effectivement de continuer à écrire. J’ai adoré voir mon histoire prendre la forme d’un livre! Pour le moment, je réfléchis sur ce que Beth pourrait bien avoir d’autre à raconter tout en me laissant inspirer par d’autres sujets et d’autres personnages. On verra!
À tous ceux qui ont oublié est actuellement disponible en version imprimée et version ePUB sur le site Web www.editionsdelimposture.com. Il s’agit d’une autoédition.




