Maison Centenaire VD René Derouin — Chronique 4

René Derouin — Chronique 4

Gaston Miron et René Derouin il y a quelques années : « Gaston a été un ami unique de mon œuvre. »

AU CARRÉ SAINT-LOUIS
EN PRÉPARATION DU 100E ANNIVERSAIRE
HISTOIRE CITOYENNE — 1970

En sept chroniques successives, René Derouin raconte dans le journal Ski-se-Dit un demi-siècle de son histoire citoyenne. Un regard d’artiste sur Val-David, son point d’ancrage.

 

En terminant la gravure TECNO 2 Mécano, 1971

Nous rentrons des États-Unis, nous avons un jeune bébé, Julie. Nous louons au carré Saint-Louis. Quel endroit magnifique! Surtout fascinant par les gens qui y habitent. Nous sommes au cœur de la culture avec des voisins intéressants, tous connus du public. Mon premier voisin est Gaston Miron, et sa fille Emmanuelle, qui viennent visiter notre petite Julie. Au Carré habitent Gérald Godin, Pauline Julien, Fernand Dansereau, Yolande Rossignol, Claude Jutras, André Payette, Claude Gingras, René Chicoine, André Gagnon, une vraie colonie culturelle. Une chance pour nous d’avoir vécu cette époque. Le voyage vers les États-Unis en 1969 m’a ouvert les yeux, je me suis dit : « Il faut sortir l’art du ghetto et travailler vers le public et le multidisciplinaire, s’ouvrir vers la poésie, l’art, la géographie et l’histoire », je m’intéresse à tout.

Me vient l’idée de créer une maison d’édition d’avant-garde et de diffusion de l’art. Mon atelier, au 211, rue du Saint-Sacrement, dans le Vieux-Montréal, deviendra les Éditions Formart inc. En expliquant par les techniques et les œuvres, nous publierons Tecno 1 et Tecno 2, mes estampes sur le futur et, durant cinq ans, trente éditions sur l’art et les métiers d’art. Bernard Chaudron, de Val-David, fut le premier à être édité, avec La coulée à la cire perdue, des éditions très spéciales avec les photos de Jean-Pierre Beaudin, des images de toutes les étapes de la réalisation d’une œuvre, et l’écrivaine Hélène Ouvrad réalisant les textes. Chaque édition comprenait 40 diapositives, une grande affiche couleur avec 40 photos et une brochure de 32 pages, le tout dans un boîtier.

Quand nous faisons le Salon du livre, nous sommes hors-norme. Certains éditeurs nous prendront pour une succursale d’une grande maison étrangère à cause du design de notre concept. Nous avons connu un grand succès et, par la suite, nous éditons plusieurs artistes. En gravure, Dumouchel, Savoie, Wolfe, Ayot, Charbonneau, Leroux; en peinture, Bellefleur, Monpetit; en céramique, Beaudin, Savoie; en sculpture, Fournelle, Daudelin, Cleary, Desmarais, Vermette, Lacombe, etc. C’est à mon atelier aux Éditions Formart que fut créée la première Association des graveurs ARG.

Nous sommes deux locataires dans la bâtisse et je suis au quatrième étage. Un jour, un collectionneur vient m’acheter une estampe et me demande si cet édifice est à vendre. Je lui dis connaître le propriétaire et il m’informe que le journal Le Devoir serait intéressé. Alors je suis invité à dîner avec Claude Ryan, le directeur du journal Le Devoir et je sers d’intermédiaire à la vente au Devoir. Comme je suis au quatrième étage, monsieur Ryan me garde comme locataire. Nous y serons jusqu’en 1975 alors que je remettrai à l’Éditeur officiel du Québec les inventaires et les manuscrits en cours de réalisation.

J’avais toujours habité la maison des autres et enfin je me suis dit : « Je vais réaliser mon rêve de bâtir ma maison à Val-David. » Je quittai le carré Saint-Louis et Gaston Miron prit notre appartement. Nous venions de vivre une expérience culturelle unique qui me servirait à construire ma maison de Val-David. Gaston Miron sera un invité privilégié avec sa fille Emmanuelle, qui est la grande amie de Julie. Gaston retrouve son pays natal, Sainte-Agathe-des-Monts, et il viendra souvent voir sa famille accompagné de grands écrivains venus de France. Il deviendra un ami important, nous allons en ski de fond dans le sentier La Belle Étoile, un Gaston souvent silencieux, très différent du personnage public de Montréal.