Maison Centenaire VD CHRONIQUES DU CENTENAIRE : Marcel Kretz

CHRONIQUES DU CENTENAIRE : Marcel Kretz

Marcel Kretz

Malgré ses 90 ans bien sonnés en avril 2021, M. Marcel Kretz, de Val-David, a souhaité souligner le centenaire de notre municipalité en partageant avec ses résidents quelques morceaux de sa propre histoire d’amour avec la grande cuisine et avec son village d’adoption. Rappelons que M. Kretz a été le grand patron des cuisines de La Sapinière de décembre 1961 à décembre 1990. Pendant 29 ans, il aura été un des principaux artisans, avec M. et Mme Jean-Louis Dufresne, de la réputation internationale de cet hôtel de grand standing, au temps de sa gloire. Les délicieux récits qu’il nous propose, à l’image de sa cuisine de chef, sont de sa plume et rassemblés au cours des années. Strasbourgeois de naissance, Marcel Kretz est arrivé au Canada en 1953. Nous le remercions chaleureusement de partager ses beaux souvenirs avec nous.

 

LE JARDIN DE MA MÈRE

1949 – À Illkirch-Graffenstaden, en banlieue de Strasbourg, en Alsace, dans le jardin de la maison paternelle.
Le futur chef Marcel Kretz, à l’âge de 18 ans, entouré de sa mère Emma et de sa sœur Emmy. Le basset tenu par Marcel s’appelle Waldi (du mot allemand wald, qui veut dire « forêt »).

Rien ne m’a sans doute autant inspiré dans mes débuts dans la profession que le jardin de ma mère, notre jardin. Son talent d’utiliser tout ce qui poussait pour en faire, par exemple, des soupes aux légumes merveilleuses tenait presque du génie. Alors que ma mère, de souche paysanne très modeste, savait « comment faire pousser », mon père, ouvrier spécialisé au début, dessinateur, puis contrôleur et inspecteur technique à la S.N.C.F.[1], était, lui, la terreur des mauvaises herbes. Citadin et intellectuel par surcroît, né entre deux guerres (1898), il était perfectionniste et minutieux. Il savait toujours à quelle profondeur creuser le trou pour les pieds de tomates et à quelle distance planter les oignons de mai. Et il ne fallait pas dévier d’un demi-centimètre!

Je devins son assistant très jeune, car il aimait diriger et commander. Moins minutieux dans les alignements que mon père et trouvant l’arrachage d’herbes fastidieux, je subis souvent ses foudres. Si, malgré tout, les jardins et les fleurs, les herbes et les légumes, la nature tout court sont encore une source de satisfaction profonde pour moi, c’est sûrement à cause de ma mère, de son amour pour la petite terre qu’était son jardin. Et lorsque c’était la saison des fleurs, personne ne partait jamais de chez nous sans un bouquet de fleurs.

 

[1] La Société nationale des chemins de fer français (S.N.C.F.) est l’entreprise ferroviaire publique française, officiellement créée par convention entre l’État et les compagnies de chemin de fer préexistantes, en application du décret-loi du 31 août 1937.