Maison Communauté Chronique orthopédagogique no 2 : Admirables dysorthographistes!

Chronique orthopédagogique no 2 : Admirables dysorthographistes!

Geneviève Cusson, M.A. Orthopédagogue

Il vous est déjà arrivé d’hésiter à écrire un mot? Que c’est frustrant! Imaginez ce que peut vivre un dysorthographique qui hésite à écrire chaque mot (ou presque). La dysorthographie est l’incapacité à orthographier les mots, à les écrire sans faute. Il s’agit d’un trouble neurologique qui affecte 5 à 10 % de la population. Ce trouble est associé à la dyslexie et, dans la majorité des cas, à d’autres troubles. Deux types de dysorthographie prédominent.

La dysorthographie de type phonologique implique des difficultés à manipuler les sons des mots. Pour écrire, il faut d’abord être en mesure d’isoler chacun des sons du mot, et ce, dans le bon ordre. Le dysorthographique phonologique peut oublier un son dans le mot, en déplacer un, en ajouter un autre ou encore le remplacer. Ensuite, il faut écrire une lettre ou un groupe de lettres pour chaque son. Ainsi, le mot carotte peut être écrit craotte, carode, crotteou krot.

La dysorthographie de type visuoattentionnelle implique davantage la mémoire visuelle du mot. En effet, le cerveau possède une bibliothèque remplie de mots-photos que l’on peut lire et écrire sans trop en décortiquer les sons. Pour écrire, nous utilisons ces photos que nous reproduisons comme un dessin. Or, le dysorthographique visuoattentionnel n’a que très peu de photos de mots dans sa bibliothèque. Il doit donc s’appuyer sur chaque son du mot pour écrire les bonnes lettres. Cependant, il existe plusieurs façons d’écrire un même son. Ainsi, le mot carotte peut être écrit s’écrire karautte, quareaute ou carot. Ce dysorthographique peut aussi confondre deux lettres semblables telles que le u et le n, le b et le d. Contrairement au dysorthographique phonologique, le dysorthographique visuoattentionnel écrit tous les sons du mot, mais il ne mémorise pas l’image du mot écrit.

Enfin, orthographier les mots exige une grande concentration de la part des dysorthographiques. Alors, l’accord et la conjugaison, n’y pensez pas! Avec la peur d’être jugé ou de voir sa copie barbouillée de rouge, ils ne sont d’ailleurs pas très loquaces à l’écrit. Les réponses écrites sont plutôt courtes, voire minimalistes. Les mots se répètent. Alors que les examens se font par écrit, que l’organisation du travail se fait par courriel et que les communications se font par texto, les gens dysorthographiques peuvent donner une apparence de simplicité intellectuelle. Verbalement, il peut en être tout autre. Ce n’est que leur capacité à écrire qui se trouve limitée par ce trouble neurologique.

Bien que la dysorthographie ne disparaisse pas, plusieurs trucs et logiciels spécialisés peuvent améliorer les habiletés à écrire des dysorthographiques. De grâce, évitez les commentaires sur la qualité de leur langue écrite. Ils ne sont pas ignorants, simplement dysorthographiques! Vous souhaitez les aider, donnez-leur un modèle des mots bien orthographiés, expliquez-leur pourquoi les mots s’écrivent tels qu’ils s’écrivent, expliquez-leur vos trucs et aidez-les à mettre par écrit leurs pensées.

Je les admire, moi, ces dysorthographiques qui écrivent sur les médias sociaux et qui font fi des commentaires à l’égard de leur « analphabétisme ». Cela requiert une solide estime de soi.