Maison T'en souviens-tu, Val-David? Val-David et la crise économique de 1929

Val-David et la crise économique de 1929

Michel Allard et Paul Carle, historiens

  

Le vendredi 24 octobre 1929, la Bourse de New-York craque. C’est le début d’une crise financière qui dégénère en dépression économique.Elle se répand peu à peu à l’ensemble de la planète. Val-David n’y échappe pas.

La liste des nécessiteux

À l’automne 1933, le Conseil municipal de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle approuve et fait parvenir aux autorités de la province deux listes[1] dites de « nécessiteux » afin que les chômeurs inscrits puissent participer aux travaux de voirie subventionnés par le gouvernement provincial. Les deux listes totalisent 38 chômeurs qui, chacun compte à sa charge en moyenne 5 personnes pour un grand total de 228 . C’est environ 40% de la population de notre municipalité.[2] Rien de moins.

Les travaux de voirie

Dès le début de la décennie 1930,les membres du Conseil municipal avaient sans doute déjà compris la gravité de la situation car, ils avaient entrepris des travaux de voirie. C’est, au demeurant , le principal champ de juridiction dévolu aux municipalités par le code de 1916[3].

En 1930, la municipalité finance des travaux de gravelage dans la montée Trudeau : le gouvernement provincial en défraie la moitié du coût. Jusqu’en 1940, le conseil municipal dépose annuellement des demandes auprès du gouvernement provincial afin de bénéficier de l’« argent du chômage [4]». La municipalité embauche plusieurs citoyens dits « nécessiteux»; on en profite pour refaire et améliorer plusieurs des chemins des montées et des ponts  de la municipalité; notamment la rue principale (rue de l’Église), la route reliant Val-Morin et Val-David, la Slide (sic),le pont Trudeau, les montées Doncaster et Charrette etc.

1939 Subvention du fédéral
L’Avenir du Nord 26 mai 1939 p.2 (il s’agit probablement sur la rue de l’Église du pont qui traverse le ruisseau Doncaster)

L’étude des montants versés mensuellement à des citoyens pour des travaux de voirie effectués dans le cadre du programme d’aide aux chômeurs révèle qu’en 1930 le nombre total de paiements effectué s’élève à 39. L’année suivante,on atteint 93 paiements. Au cours des années subséquentes, soit jusqu’en 1939 , ce sont plus de 100 paiements par année qui sont accordés à des chômeurs. Rappelons que la municipalité doit défrayer la moitié des coûts engendrés par ces dits travaux de voirie.

Bref, des dépenses publiques permettent à plusieurs familles de notre municipalité de survivre. Il faut attendre le début de la seconde guerre mondiale pour que la crise s’estompe peu à peu.

Le secours direct

En 1931 : « Après avoir mis en branle des travaux publics destinés à aider les chômeurs, les trois paliers de gouvernement (fédéral, provincial, municipal) décident de recourir au secours direct pour subvenir aux besoins essentiels des chômeurs et des indigents dont le nombre se multiplie »[5]. D’abord accordée sous forme de coupons, cette l’aide est distribuée par la suite sous forme monétaire. À partir de 1933, un poste budgétaire dit Assistance publique apparaît parmi les plus importants du budget annuel de notre municipalité. Au surplus, on retrouve des résolutions accordant à des personnes indigentes dûment identifiées un montant hebdomadaire ou mensuel pour subvenir à leurs besoins.

En outre, à la session du 6 novembre 1933, le conseil municipal acquiesce à une demande déposée par plusieurs citoyens de couper pour leur utilité personnelle «  du bois séché ou à terre » sur le lot 37du 10e rang qui appartient à la municipalité. Ils doivent toutefois être inscrits sur la liste dite des nécessiteux .

Le financement

Toutes ces mesures grèvent en quelque sorte le budget de la municipalité. Le conseil municipal doit trouver des sources de revenu. À cet égard, il hausse le taux de l’impôt foncier. Fixé, pour l’année 1933, à 0,55 centins par 100$ de biens imposables,il; est porté à 0,70 centins pour l’année 1934 soit une augmentation de plus de 22%. Ce taux demeure stable jusqu’en 1940. Au cours de ces années, on remarque aussi dans le rôle d’évaluation que plusieurs propriétés changent de main.

À partir de 1930, le Conseil doit emprunter de façon récurrente à des particuliers des montants allant jusqu’à 1200$ afin de remplir ses obligations.

Enfin, en 1939 compte tenu de la situation critique du chômage et sans doute à court de liquidités, le conseil municipal vote à l’unanimité plusieurs résolutions demandant par l’intermédiaire du député Parent que le gouvernement fédéral partage avec la voirie provinciale le coût de travaux déjà approuvés[6]. Le gouvernement fédéral acquiescera à cette demande en octroyant une somme de 5 200 $ .[7]

Bref, sans l’aide des différents paliers de gouvernement, nous pouvons supposer que la crise économique aurait été plus difficile à surmonter pour plusieurs familles de notre municipalité.

[1] La première liste a été approuvée le 14 septembre 1933 et la seconde le 12 décembre de la même. Livre des procès-verbaux de 1932 à 1940.Archives de la municipalité de Val=David

[2] Le recensement fédéral de 1931 établit à 500 le nombre d’habitants de la municipalité de Saint-Jean-Baptiste de Bélisle .tandis que celui 1941 l’établit à 656.On peut ainsi estimer qu’en 1933 la population se situe vraisemblablement autour de 545 habitants.

[3] Le code de 1916 compte 833 articles dont 240 ont trait aux juridictions municipales. De ce dernier nombre, 170 se rapportent aux chemins, ponts et cours d’eau .

[4] On consultera à cet effet les procès-verbaux des assemblées du conseil municipal des années 1931 à 1940 ,Archives de la municipalité de Val-Davidé

[5]Secours direct, Bilan du siècle http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/462.html

[6] Procès-verbal du 14 mars 1939

[7] L’Avenir du Nord ,26 mai1939 p.2