Maison Actualité Entretiens sous les grands pins : Gabrielle Filteau-Chiba, autrice

Entretiens sous les grands pins : Gabrielle Filteau-Chiba, autrice

Gabrielle Filteau-Chiba à côté du pin de notre entretien

Elisabeth Gibeau

L’autrice Gabrielle Filteau-Chiba a quitté il y a un an les forêts du Kamouraska, où elle s’était réfugiée plusieurs années pour une retraite de nature et d’écriture qui a donné naissance aux romans Encabanée, Sauvagines et Bivouac. Des livres incontournables qui nous laissent avec l’odeur des grands pins blancs et l’écho d’un cri du cœur : protégeons nos forêts, en particulier ses arbres matures, et vite. L’histoire démarre par le récit de son alter ego encabané pendant deux ans au milieu des bois sans électricité ni wifi, pour mieux se reconnecter à la nature. Cette femme y fait dans les tomes suivants des rencontres importantes qui la mèneront à se battre contre des braconniers ou à occuper pacifiquement, mais non sans heurts, des forêts menacées. L’écriture est ardente, enracinée.

En vente chez Rouge Pin ou sur le site leslibraires.ca

C’est à Val-David qu’elle s’est depuis installée, sachant qu’elle allait pouvoir continuer de vivre dans l’émerveillement quotidien face à la nature, en compagnie d’une communauté qui l’aime autant qu’elle. Au pied du grand pin qui abrite notre entretien, cet arbre qui est central dans sa trame de vie, elle raconte qu’il lui est vital d’être entourée de grands arbres et qu’ici, elle trouve ce qu’elle nomme « une tribu de semblables » avec qui elle prend plaisir à vivre en cohérence avec ses valeurs. « Au Kamouraska, les gens ont encore sur la nature le regard du bûcheron ou du chasseur; pas ici. On sent un réel désir de conservation, j’aime ça. »

Il y a dans ses romans un personnage important, un arbre nommé Gros Pin. Centenaire survivant d’une forêt rasée qui repousse lentement, il affronte seul les forts vents. « Les gens ne se rendent pas compte qu’au Québec, les arbres âgés de quelques siècles sont rares. Ils ont été coupés depuis longtemps. » Ceux qui ont pu repousser depuis 100-150 ans à Val-David sont pour elle un trésor. Pourquoi protéger les grands arbres dans nos villages, quand on est entourés de forêts? « Parce qu’un arbre est un tout, il est relié à tout ce qui vit autour, incluant nous, les humains. Il préserve la santé des sols, distribue les nutriments dans l’écosystème, procure de l’ombre, de la fraîcheur, de la beauté, prévient l’érosion, purifie l’air. Il faut bâtir en harmonie avec les arbres qui sont en place. » Elle nous invite à décorer nos grands arbres (elle raconte que les Autochtones y accrochent des os de poisson, des plumes…), à nous asseoir à leur pied, à leur donner un nom.

Avec ses droits d’auteur, son projet de vie est d’acheter des forêts, le plus de forêts possible, pour les protéger. Elle nous invite à occuper les terres publiques, à visiter ces forêts qui nous appartiennent collectivement, à prendre le réflexe de nous questionner sur les coupes qui s’y font. « Au Québec, on a l’impression que les forêts s’étendent à l’infini, mais c’est de moins en moins vrai, il faut de toute urgence protéger encore plus de territoire. »

Ses livres se trouvent chez Rouge Pin au village, ou sur leslibraires.ca. Une lecture d’été idéale pour nous questionner sur notre rôle de citoyen : « Fermer les yeux? Dénoncer? Agir? Mes personnages décident d’agir, mais ça ne se fait pas sans tiraillements. Quand il n’y a pas d’écoute de la part des pouvoirs publics, que faire? On peut parfois être contraints de faire des gestes dérangeants pour se faire entendre. Au final, c’est l’intention de faire le bien qui compte. Mon dernier roman montre aussi le pouvoir de l’action collective. Les activistes pour l’environnement sont souvent dépeints comme des terroristes, mais les vrais terroristes sont ceux qui saccagent la nature actuellement. »