
Louise Duhamel
Résidente de Val-David
Pendant le confinement, j’ai créé un livre d’histoire pour mon petit-fils Théo. C’est une belle réussite, j’en suis très fière.
L’idée de ce projet m’est venue quand j’ai reçu la liste des idées de cadeaux de Noël pour Théo. Il y avait, sur cette liste, l’idée d’un livre personnalisé à son nom. Vous savez, ces histoires dont l’enfant est le héros… Mais aucune n’était à mon goût. L’idée d’écrire moi-même le livre a fait son chemin. J’ai trouvé le concept. J’ai rédigé les textes. Ma nièce, illustratrice, a créé les images. Ma sœur, traductrice et réviseure, a fait la correction des textes. Ce fut un long travail. Un travail exigeant, car nous avions de hauts standards. On voulait tellement que ce livre soit parfait, comme s’il allait être édité à un million d’exemplaires. Ce fut une première expérience de réalisation en famille et nous sommes toutes toujours en bons termes!
L’idée de l’histoire, confectionner des pâtes fraîches, m’est venue lorsque j’ai offert un laminoir à pâtes à ma fille. Quand elle était petite, nous avons eu tellement de plaisir à faire des pâtes ensemble et maintenant, elle allait répéter l’expérience avec son fils. Le flash : Théo allait apprendre à faire des pâtes! De petites histoires farfelues ont germé dans ma tête, des images s’y sont accrochées, puis le livre a pris forme.
Un peu plus de quatre mois, voilà le temps qu’il nous a fallu pour réaliser ce projet. Pas une mince affaire! Vingt fois, non, cent fois sur le métier nous avons remis notre ouvrage, comme ma mère nous le conseillait souvent (elle avait un métier à tisser à la maison) et comme dans ces citations de Nicolas Boileau :
« Avant donc que d’écrire, apprenez à penser […]
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. […]
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse, et le repolissez;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »
C’est à l’étape de la mise en page que j’ai compris tout le sens du détail : il fallait ajouter une virgule ici, un point là, un filet à papillons, et des lunettes sur le nez de la maman à une illustration, mettre un caractère en gras, ne pas oublier que la petite Mila a les yeux bridés, car elle est Philippine, ainsi que les alinéas, la cédille… Et l’échéance qui approchait. ARRRRGH!
J’ai tellement pleuré quand j’ai tenu le livre dans mes mains… de joie et d’émotion. J’ai pleuré comme le jour où j’ai appris que j’étais enceinte et comme, neuf mois plus tard, quand j’ai pris ma fille dans mes bras. J’ai pleuré autant que le jour où j’ai accompagné ma fille à l’université, comme si elle partait à l’autre bout du monde. J’ai pleuré comme lorsqu’elle a accouché de son fils. Une vraie Madeleine! Des moments de bonheur ou de déchirement tellement forts que seules les larmes expriment l’état d’âme.
Voilà comment j’ai vécu une partie du confinement, sur le haut de ma montagne, à Val-David.




