
L’Héritage humain nous vient de très loin
Transmis de main à main… c’est encore demain,
ce que chacun de nous…
aura fait sans bruit la main à la roue.
— Raymond Lévesque
Je suis le fruit mûr de l’Ancêtre
et la semence du Mutant.
— Yves-Gabriel Brunet
Regard sur les arts, d’hier à demain
Tant de créateurs exceptionnels incarnent l’esprit de Val-David. Si les artistes ont partie liée avec le territoire géographique, leurs œuvres rayonnent jusqu’aux confins du monde. La perspective panoramique qu’apportent les deux expositions D’HIER À DEMAIN, à l’été et à l’automne, esquisse les pans riches et diversifiés d’une part importante de l’histoire de l’art du Québec. Ensemble, ces deux expositions créées pour célébrer le Centenaire expriment la vigueur de démarches artistiques toujours vivantes, éclatantes et qui trouvent écho aujourd’hui. Se préparer un avenir suppose le déchiffrement de notre mémoire.
Lors de l’ouverture, il fallait voir les artistes eux-mêmes venus se retrouver, voire se recueillir, malgré les différends et les querelles idéologiques d’antan. L’émotion était palpable. Ressentir cette communauté fraternelle, cette parenté entre les uns et les autres, était réjouissant pour tous. Comme une grande famille, les artistes se retrouvaient presque 50 ans plus tard dans cet éventail unique et inestimable qu’ils nous ont offert, une oasis de beauté bienfaisante.
Parcourir l’exposition d’été, c’est commencer par les précurseurs que furent les Muhlstock et Stefanoff ‑ ce dernier ayant été un rescapé des camps de la mort ‑, qui trouvèrent tous deux à Val-David leur terre d’accueil. Ce n’est pas rien, car le monde est vaste, et aboutir précisément dans nos terres laurentiennes et y demeurer montre le mouvement d’ouverture caractéristique de ce lieu. Au fil du temps, la mise sur pied de la Butte à Mathieu aura eu pour effet, entre autres, d’implanter une colonie artistique originale et combien rayonnante.
D’entrée de jeu, les tableaux saisissants des premiers avant-coureurs avoisinent les bois gravés imposants si bien nommés Sédiments de la migration, que René Derouin vient de créer en 2021, accordés à ses fameux Rapaces, criants de vérité. À côté se dresse la sculpture marquante Arbre feuille, de Pierre Leblanc, qui s’inscrit dans sa grande suite arborescente dont découle son œuvre sur la place du Centenaire. On trouve ensuite les premières pièces magistrales d’étain des dinandiers Bernard Chaudron ainsi que celles de Paul Simard, qui révèlent la part belle faite aux métiers d’art de même que la place dédiée à la céramique grâce aux œuvres admirables de Kinya Ishikawa, Alain-Marie Tremblay et Robin Hutchinson, du fantastique jardin de Silice d’Ishikawa, à la fabuleuse fontaine de Tremblay, en passant par les pièces inouïes de Hutchinson. Doit-on le rappeler, l’éclatement des disciplines dans le milieu des arts dès la fin des années 50 a mené à l’abolition des frontières entre arts et métiers d’art; les créateurs de Val-David intéressés plutôt par l’art et la vie ont participé vigoureusement à cet essor. Le monumental Porte/Vitrail de Jacques Dieudonné, qui sera installé en août prochain à la cathédrale de Liège (Belgique), réalisé aux ateliers de la Fondation de Coubertin, rappelle l’esprit du compagnonnage propre à Val-David.

Deux tableaux immensurables de Guy Montpetit, Love Trip et All you need is love, nous éblouissent avec leurs avancées de couleurs manifestes, jubilatoires. S’ensuit un monde organique et sensible du coloriste Claude Sarrazin. Tout près, Gilles Boisvert poursuit avec ferveur ses quêtes calligraphiques et chromatiques avec Covidation. Plusieurs reconnaîtront la silhouette légendaire du Mont Césaire vu de loin captée sous tous ses jours par le photographe Claude Savard. Les Rituels d’Amérique, un livre d’artiste de Jocelyne Aird-Bélanger réalisé en collaboration avec Jean-Paul Daoust, se déploient dans l’espace sous nos yeux. Des eaux-fortes, dessins (Marcel Carrier), monotypes (Jocelyne Benoît) et gravure sur bois (Kittie Bruneau) dialoguent pendant qu’on aperçoit un cheval de bois de l’époque des premiers salons des Métiers d’art de Louise Blanchard et Jean-Yves Dufour. Les premiers albums pour enfants de Ginette Anfousse parus aux éditions de La courte échelle et Le champ de marguerites en collaboration avec Michel-Pierre Sarrazin sont présentés, ainsi que des livres de poésie d’Yves-Gabriel Brunet. Et puis, L’ile, un livre d’artiste de l’Atelier de l’île associe onze estampes à onze poèmes; tous participèrent à la performance remarquable Poésie Ville ouverte au Musée d’art contemporain de Montréal (1983). Enfin, l’onde miroitante des Vagues, Jeux d’ombles et Strates marines de Michel-Thomas Tremblay ouvrent la voie à la méditation qui se propage et rejoint la série réflexive de Bonnie Baxter, le Voyage de Jane plongée dans l’abîme de ses songes et de ses investigations philosophiques (A Tomato’s Story), alors que l’ineffable et sympathique Glouton de Michel Beaudry est installé à ses côtés. Auprès d’eux, les eaux-fortes Transmigration I et II et les bas-reliefs Cosmos et Automne d’Indira Nair nous ancrent dans cet univers mystique et contemplatif à souhait. Prolongez ensuite votre méditation en vous promenant dans la nature, au milieu des arbres, des pierres du précambrien et des sculptures extérieures de Michel Beaudry, Hélène Brunet, Pierre Dostie, Nathalie Levasseur et Alain-Marie Tremblay au parc Ceyreste – lieu mythique des premiers marchés des Créateurs associés ‑ et de Stefan Lesage au parc des Amoureux.
Cette traversée nous montre un chapitre extraordinaire de l’histoire de l’art du Québec riche, diversifié et prodigieux. L’énergie salutaire qui se dégage à l’unisson d’une œuvre à l’autre, saura vous enchanter.
Et surtout, n’oubliez pas la suite, cet automne!
Au plaisir de vous accueillir,
Manon Regimbald
samedi 24 juillet, 15 h
Claude Beausoleil, Un voyageur que le langage invente
TOTEM POÉSIE du deuil, de Yolande Villemaire
samedi 7 août, 15 h
Lecture de poésie avec Flavia Cosma sur Zoom
25 juillet et 29 août
Ruche d’art les dimanches avec Isabelle Gagnon-Zeberg
Domaine de la Sapinière : résidence en art numérique de Michel Depatie dès le mois d’août.
Au cours de votre visite, vous pourrez redécouvrir le film La toile d’Araignée 3 de Jacques Giraldeau.




