Maison Choix de la rédaction Brève histoire de la communauté hongroise à Val-David.

Brève histoire de la communauté hongroise à Val-David.

Le Club House de la communauté hongroise au lac Paquin. Crédit photo, Paul Carle 2020.

De l’agriculture au tourisme :
les domaines immobiliers

 

Paul Carle et Michel Allard

historiens

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’industrie de guerre se convertit à la fabrication de véhicules motorisés.

 

La prise en charge en 1945 du déneigement et de l’entretien de la route 11 (l’actuelle 117) par le ministère de la Voirie provinciale fait en sorte que la région des Laurentides devient plus facilement accessible aux touristes.

L’invention du remonte pente à câble (rope tow), entraîne la création de nombreux centres de ski. Un réseau de pistes de ski de fond, articulé autour de la légendaire Maple Leaf, relie bientôt Labelle à Shawbridge. L’industrie touristique, dite des quatre saisons, se démocratise[1].

 

Les domaines

Pour répondre à une augmentation de la demande de location saisonnière estivale et hivernale d’un chalet ou encore de l’achat d’une résidence, plusieurs projets immobiliers verront le jour dans presque toutes les municipalités des Laurentides notamment celles situées dans l’axe de la route 11. Plusieurs développements immobiliers s’affublent du prestigieux patronyme de Domaine.

Les règlements de zonage

À l’époque, peu de municipalités sont dotées d’un plan d’urbanisation et d’un règlement de zonage. En 1957, les frères Simard acquièrent le territoire du domaine de l’Estérel situé à Sainte-Marguerite-du-lac-Masson. Ils retiennent les services de l’urbaniste-conseil Jean-Claude La Haye « pour la préparation du plan général d’aménagement »[2]. Ce dernier délimite la superficie des terrains, impose aux futurs acheteurs des normes quant au type de résidence, tout en réglementant la qualité des matériaux utilisés et les retards de construction. Ce plan compte parmi l’un des premiers, sinon le premier, jamais conçu pour l’aménagement d’un territoire dans le Cœur des Laurentides.

Les domaines sur le territoire de Val-David

À Val-David, le mouvement de retour à la nature provoque la venue de nombreux adeptes d’activités de plein air (en particulier de l’alpinisme et du ski). Ils sont suivis par de nombreux artistes et artisans. Dans ce contexte, nous avons recensé plus de 25 domaines ayant vu le jour sur le territoire de notre municipalité.

Or, à cette époque, Val-David n’a pas encore adopté de règlement de zonage. Il faut attendre le 18 juin 1974 pour que le conseil municipal « constitue une commission d’urbanisme »[3].

Pour illustrer la situation antérieure à 1974, nous avons choisi deux cas de figure. Le premier, le domaine Chanteclair, perdure jusqu’à nos jours. Le second, destiné à la communauté hongroise, se développe à partir de 1959 et déclinera 20 ans plus tard.

 

Le Domaine Chanteclair

C’est vers 1964 que la Mount Rainer Estate Ltd présidée par Waldemar Gentemann, né en Allemagne, achète des lots situés à Val-David dans le 10e rang du canton Morin, ainsi que dans le 9e rang du même canton, mais situés dans la municipalité de Sainte-Agathe- Sud. Une fois les premières routes tracées, la firme vend des terrains dont l’acheteur doit respecter des conditions propres à un plan d’urbanisme. Toute construction devra être de style suisse et être complétée dans les six mois à compter du début de la construction. Chaque construction doit s’élever à au moins 30 pieds de la rue. L’acquéreur doit ériger deux lampadaires à l’entrée de sa propriété et la clôturer en n’utilisant que des matériaux semblables à ceux que l’on retrouve à l’entrée du domaine. L’acheteur doit aussi respecter les servitudes suivantes : défense formelle d’utiliser l’immeuble à des fins commerciales, de construire tout édifice et/ou en annexe au premier édifice et d’installer une maison mobile sans le consentement écrit du vendeur[4]. Le domaine Chanteclair compte aujourd’hui plus de 400 résidences réparties sur 500 acres.

 

Développement de la communauté hongroise, la Continental Resort

Andrew Kornaï, né à Budapest en Hongrie en 1917, quitte son pays natal en 1949. Il séjourne en Israël, puis s’établit à Montréal en 1953. Gérant de plusieurs propriétés, il s’implique dans la communauté́ hongroise. Il devient président du Budapest Home Club. Il met alors ses talents professionnels et son énergie à imaginer un projet d’’établissement d’un domaine réservé à la communauté́ hongroise. Cherchant au nord de Montréal le lieu idéal, il découvre près du lac Paquin, entre les 7e et 8e rangs, un terrain vallonné, facile d’accès et irrigué par trois ruisseaux. En 1958, il fonde la Continental Resort Co. et achète ledit terrain. L’année suivante, il prépare un plan d’aménagement. Il fait arpenter environ 75 petits lots, trace des rues – dont la rue Continental – ainsi que des sentiers piétonniers qui longent les ruisseaux. Il prévoit aussi la construction d’un centre communautaire offrant des repas aux résidents de la communauté. Des résidences sont même aménagées sans cuisine. À la fin des années 1970, le projet décline. La plupart des citoyens hongrois quittent la région. En 1996, M. Kornaï dissout la Continental Resort Co.

 

 

Conclusion

 

Dans les années 1950, le développement de nombreux projets immobiliers témoigne de l’accroissement de la population. Le tissu social se modifie. L’agriculture décline. Les « étranges » s’établissent et s’impliquent de plus en plus dans la vie de la communauté valdavidoise.

 

 


 

Liste non exhaustive des domaines recensés sur le territoire de la municipalité de Val-David

 

Projets liés à des groupes religieux ou nationaux :

Développement de la communauté hongroise, la Continental Resort Co., au lac Paquin (1959)

Développement de la communauté grecque, rue Manolakos (c.1970)

Développement de la communauté juive, la United Families Association (1948)

 

Projets liés à des promoteurs fonciers : 

Domaine Chanteclair (c.1964)

Domaine Val-David-En-Haut (c,1972)

Domaine Air-Pur

Domaine Alarie (1976)

Domaine Laverdure (1970)

Domaine du Lac Barbara (c.1960)

Domaine Pilon ou Val-des-Pins (1967)

Domaine St-Louis (c.1950)

Domaine de l’Ermitage (c.1950)

Développement Duquette (1960)

Développement Davidson ou Domaine Davidson (c.1963-1964)

Développement Paquin (c.1960)

Domaine Horizon (1989)

Domaine Mont-Vert (c.1975)

Domaine Lavallée (1970)

Développement Ovide Vendette (c.1978)

Développement René Vendette (c.1961)

Domaine du Cerf (Éco-domaine du Cerf)

Domaine Brévent

Domaine Val-Bourg sur la Montée Gagnon

Domaine Boisés champêtres

Domaine La Belle Étoile

Domaine Vert-Plante, 1er rang Doncaster

Domaine des 4 Collines

 

N’hésitez pas à nous contacter si vous possédez des informations sur ces « domaines » ou si vous en connaissez d’autres (Société d’histoire et du patrimoine de Val-David, 514-220-3184)

 

[1] Michel Allard (2017), Le cœur des Laurentides, Québec, Septentrion, p.187 et sq.

[2] Robert Lavigne (2013). L’Estérel. Tel un jardin de rêves, Sainte-Adèle, Textes et contextes.p.47-48

[3] Règlement no 151 pour constituer une Commission d’urbanisme. 18 juin 1974, Archives de la municipalité de Val-David.

[4] On retrouve les détails de ces règles dans un acte de vente de Mount Rainer Estate Ltd.