Maison Actualité Souvenirs : La famille Cloutier-Constantineau

Souvenirs : La famille Cloutier-Constantineau

Mes grands-parents, Aurèle Cloutier et Yolande Constantineau, le jour de leur arrivée à Val-David, en juin 1949, devant la maison des St-Louis, où ils avaient loué un logis.

Cynthia Cloutier Marenger

L’arrivée de la famille Cloutier-Constantineau à Val-David remonte au début de l’été 1949, au moment où Aurèle Cloutier (1925-1996) et Yolande Constantineau (1927-2017), tous deux originaires de Piedmont, s’y installent au lendemain de leur mariage, célébré à Saint-Sauveur le 25 juin 1949. Propriétaire d’un moulin à scie portatif, Aurèle travaille principalement, à cette époque, à Lanthier et à Sainte-Lucie. Val-David semble donc un bon lieu où s’établir.

Aurèle et Yolande s’installent dans le logement d’Alcide St-Louis et sa femme, dont la maison (détruite par le feu en 2014) se trouve alors à l’entrée du village (devant l’actuelle station-service). Leurs deux premiers enfants, Robert et Ghislaine, y naissent avant qu’Aurèle achète le terrain d’Albert Fournelle tout près (au coin de la rue Vendette), sur lequel se trouve une petite maison. La jeune famille y passe un hiver.

Le printemps suivant, vraisemblablement en 1953, Aurèle et Yolande entreprennent la construction de ce qui deviendra la maison, puis le siège de la compagnie familiale, aujourd’hui nommée Cloutier et fils Excavation. En plus de Robert et Ghislaine, leurs quatre autres enfants, Ginette, Johanne, Sylvain et Chantal, y grandiront.

Rapidement, de par la nature de son commerce, Aurèle tisse des liens d’affaires avec plusieurs hommes du village et des environs, tels Stolan Davidson, Roger Campeau ou Léonidas Dufresne. Dès le début des années 1950, par exemple, il fournit des planches à Léonidas Dufresne, propriétaire du magasin général du village. Aurèle assure le transport du bois coupé sur les terres de M. Dufresne à Ivry, le scie, puis l’entrepose pour le faire sécher sur les terrains qu’il a acquis entre l’ancienne route 11 et la rivière du Nord (où se trouvent aujourd’hui le garage, la station-service et la boucherie).

Tout en s’occupant des enfants et en tenant maison, Yolande assiste Aurèle dans ses activités commerciales. Non seulement elle loge et nourrit plusieurs de ses employés, les prenant comme pensionnaires, mais elle participe à plusieurs reprises au transport du bois, n’hésitant pas à se retrousser les manches et à charger et décharger les « billots » avec son mari, sous le regard médusé des « hommes ». Elle tient également les comptes et participe à la collecte des paiements.

Après quelques années à opérer son moulin à scie, vers le milieu des années 1950, Aurèle saisit une occasion de diversifier ses affaires : alors que plusieurs habitants unissent leurs efforts pour défricher et développer la région, personne, ou presque, n’a pourtant les moyens d’ouvrir les chemins pour bûcher et scier le bois; il se porte donc acquéreur d’un bulldozer. Les contrats ne tardent pas à affluer et, peu de temps après, un camion de transport s’ajoute à l’équipement. De fil en aiguille, avec l’achat d’un dix-roues dompeur en 1975, puis d’un loader en 1979, les activités commerciales d’Aurèle, auquel se joignent ses fils Robert (vers 1966) et Sylvain (en 1976), se concentrent ainsi vers l’excavation.

Mon grand-père qui travaille sur son bull (année inconnue)

 

Lorsque Sylvain les reprend à son compte et fonde officiellement Cloutier et fils Excavation en 1986, Aurèle peut se targuer d’avoir amplement contribué à façonner le Val-David qu’on connaît. On doit en effet à l’entreprise ‒ pour ne nommer que quelques projets d’envergure ‒ l’excavation des sites du Camping de l’Épinette bleue, de la Clef des Champs, des 1001 Pots et des Jardins du précambrien ainsi que de la maison de l’artiste René Derouin, les rues des domaines Air-Pur et Laverdure, les pistes des centres de ski Vallée Bleue et Mont-Plante et le développement du quadrilatère entre les rues Faubert et Robillard. Aurèle a aussi fait installer la ligne électrique dans la montée Gagnon en 1973, au moment de l’achat de terres où il installera entre autres sa carrière.

En parallèle de leurs activités commerciales, Aurèle et Yolande, bien que d’un naturel discret, prennent part à la vie sociale des environs de diverses façons. Fervents amateurs de motoneige, ils s’impliquent bénévolement dans le club Val-David‒Val-Morin. Yolande en tient notamment le kiosque d’information, situé sur la route 117 juste à côté de la maison familiale. Après la séparation du club en deux entités, en 1971, Aurèle devient membre du bureau de direction du club Val-David, dont il sera le président en 1979. Son fils Sylvain en fera également partie à cette époque.

Douée en artisanat, particulièrement en tricot, en couture et en tissage, Yolande se joint au club d’artisanat de Val-Morin. Devenue veuve, elle s’implique activement dans le club d’âge d’or de Val-David. Elle fera notamment partie des comités responsables de la pétanque et du « baseball poches », puis s’impliquera dans le conseil d’administration du club en 2003. Plusieurs années durant, elle se porte également volontaire pour cuisiner et livrer des repas au sein de la Popote roulante du village.

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Tous deux travaillants et déterminés, honnêtes en affaires et fidèles en amitié, Aurèle et Yolande ont vaillamment fait leur marque dans un jeune Val-David alors en pleine construction. Leur legs ne s’arrête pourtant pas aux traces laissées dans le paysage et l’histoire du village. Leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ont également contribué – et contribuent encore – à sa croissance et à sa vitalité.

En effet, si Robert a tragiquement perdu la vie en 1976, leur fille aînée, Ghislaine, a travaillé la majeure partie de sa carrière – 20 ans – à la Caisse Desjardins de Val-David. Quant à Johanne, elle a été copropriétaire du Club vidéo du Carrefour, situé dans le Carrefour du village, de 1991 à 2005. Sylvain, pour sa part, poursuit toujours les activités de Cloutier et fils Excavation, secondé depuis 2020 par sa fille Valérie. Son fils Frédéric a lui aussi hérité de l’intérêt familial pour l’excavation.

Quant aux autres membres de la descendance d’Aurèle et Yolande, qu’ils habitent à Val-David ou qu’ils soient partis voir du pays, ils portent encore et toujours « leur » village dans leur cœur – un village qui, choisi au départ par commodité, s’est au fil du temps transformé en véritable chez-soi pour la famille Cloutier-Constantineau.