
Marcel Kretz
En 1955, 1993 et 1994, j’ai séjourné chez les Cris à Waskaganish et Cabbage Willows. Et en 1996 à leur hôtel Kanio-Kashee Lodge de Waskaganish, j’ai donné des cours à plusieurs femmes qui étaient responsables de la cuisine du Lodge et qui voulaient diversifier leurs menus.

J’aime ces femmes. Elles ont la bonté dans les yeux. Parfois, cependant, elles ont un regard méfiant, le regard d’une biche effrayée. La plupart ne parlent que le cri. Elles paraissent plus vieilles que leur âge, leurs dures tâches quotidiennes les vieillissent prématurément. Elles travaillent tout le temps. Elles font la cuisine, plument les oies et les canards, nettoient petit et gros gibier, vident et fument le poisson, fendent le bois à l’occasion. Les hommes sont à la chasse ou à la pêche. Elles confectionnent aussi mocassins, colliers de perles de verre, pendentifs. Elles élèvent les enfants, souvent plusieurs. Et ces enfants sont leur plus grand bien. Elles sont toujours douces avec leurs enfants. Je ne les ai jamais vues manifester de l’impatience envers eux.

Elles aiment être entre elles, et elles rient beaucoup ensemble.
Ces femmes sont les piliers de leur communauté, elles sont d’une résilience remarquable et elles sont naturellement accueillantes et de bonne humeur.

Au camp de chasse aux oies de Cabbage Willows, elles s’occupaient des chambres des clients, faisaient le ménage, et aussi le service à la table.
Elles habitaient avec leur famille dans des tentes au plancher tapissé de branches d’épinettes. Leur cuisine commune était dans une tente séparée. Elles faisaient tourner des oies entières au-dessus du feu, par un dispositif assez complexe, jusqu’à cuisson complète.

Elles s’appellent Emma, Doris, Judith, Virginie, Émilie ou Louisa, Julie ou Linda. Elles portent de gros bas, des bottes ou des souliers usés. Elles s’habillent sobrement de blouses, jupes ou robes souvent noires et quelquefois, de couleurs vives. Les jeunes portent jeans ou pantalons.
Elles suivent presque toujours leurs parents ou leur mari dans leurs longs séjours de chasse et de trappage. Après la saison des oies, elles retournent à Waskaganish.
Leur univers social est ainsi fait. Famille et saisons de chasse, dans une nature imprévisible et souvent hostile.
Oui, j’aime ces femmes qui sont les gardiennes des coutumes et traditions et les transmettent aux générations suivantes.


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La bannique
Pain amérindien
Ce sont elles qui m’ont appris la confection de la bannique. Une recette simple mais que je n’ai jamais vraiment pu réussir comme elles le faisaient.
La bannique est devenue un aliment vital chez les peuples des Premières Nations du Canada.
Ce pain, comme on le connaît maintenant, fut introduit en Amérique du Nord au XVIIe siècle par des commerçants de la Baie d’Hudson et du Nord-Ouest. La bannique est vite adoptée comme nourriture de base des chasseurs autochtones et métis. Ce pain se conserve très bien.
Sa préparation sous forme de galettes est simple et on la cuit de différentes façons : au four, dans une poêle, enroulée sur un bâton et cuite au-dessus d’un feu ouvert ou de la braise ou encore sur une roche plate chauffée.
En 1955 et ensuite dans les années 90, je suis allé à trois reprises, un mois chaque fois, cuisiner dans un camp de chasse aux oies à Cabbage Willows, à 100 km à l’est de Waskaganish sur la baie James. On voyageait en petit hydravion à partir de Saint-Jovite. Lors de l’escale incontournable à Waskaganish (anciennement Rupert House), le Grand Chef George Diamond nous a invités à un pow-wow plus haut sur la rivière, où ils avaient un campement traditionnel. Les poissons blancs fraîchement pêchés étaient fumés et cuits sur le feu ouvert accompagnés de bannique enroulée sur les bâtons et cuite sur la braise.
Un festin et une expérience inoubliable.

Recette de base
1 tasse farine de blé, blanche ou de maïs
¼ c. à thé sel
½ c. à thé poudre à pâte
1 ½ c. à table graisse de porc fondue (saindoux)
1/3 tasse eau
Huile ou autre gras pour la cuisson
Préparation
Mélanger farine, poudre à pâte et sel.
Incorporer le corps gras, puis graduellement l’eau.
Sur une surface légèrement enfarinée, pétrir délicatement pendant 2-3 minutes.
Aplatir la pâte à ½ – ¾ de pouce.
Cuire des 2 côtés jusqu’à l’obtention d’une belle couleur dorée.
Trancher ou manger tel quel selon votre goût.
Note : On peut incorporer à la pâte bleuets, noisettes, etc.




