Maison Actualité Humeurs musicales : Mystères et envoûtement

Humeurs musicales : Mystères et envoûtement

scordatura (photo : Jonas Sacks)

Gilles Chaumel

Mélomaniaque

Vétéran fan de musiques anciennes et classiques, de jazz, de folk songs ou de chanson, Gilles Chaumel est animateur bénévole depuis plus de 30 ans à CKRL 89,1, à Québec, la plus vieille radio communautaire francophone au monde… Accessoirement, il est communicateur de profession et historien de formation.

C’est avec plaisir que le journal Ski-se-Dit le compte maintenant parmi ses collègues, sans tambour ni trompette. 

 

La musique est née avec l’humain. Peut-être même avant, qui sait? Elle est partout dans nos vies, parfois imposée, souvent choisie, tributaire du temps présent ou réminiscence d’un temps ancien dont l’écho nous parvient avec tant d’acuité qu’on la fait sienne. La musique, cette science, source d’émotions, est éternelle. C’est le but de cette chronique de la faire vivre.

 

Musique et mystères

C’est l’idée de Pâques qui m’a amené aux intrigantes Sonates du mystère du compositeur tchèque Heinrich Ignaz Franz Von Biber (1644-1704); de magnifiques œuvres pour violon baroque et basse continue accordées scordatura. Je les ai connues par cette fabuleuse romancière-musicienne qu’est Nancy Huston. Son roman Instruments des ténèbres (Actes Sud, Leméac, 1996) est entièrement construit sur le principe de la dualité de la scordatura. « Au sens propre, scordatura veut dire discordance […] L’accord normal des quatre cordes, c’est : sol, ré, la, mi, n’est-ce pas? Bon. Alors, dans un premier temps, tu prends les deux cordes médianes et tu les croises derrière le chevalet, ensuite tu les croises encore sur le chevillier, et enfin tu abaisses la corde de la d’un ton à sol. Le résultat de cet ajustement c’est que les première et troisième cordes se retrouvent côte à côte et accordées à l’octave () tandis que les deuxième et quatrième cordes sont également côte à côte et accordées à l’octave (sol). » (p. 35)

 

Vous avez compris? Tant mieux. Moi, pas du tout. Je me contente d’écouter, d’admirer la virtuosité de Rachel et la science inouïe des affects qui se cache dans la musique de Biber. Les mystères en question sont ceux reliés à la tradition pascale chrétienne; même un athée comme moi ne s’en formalise pas. C’est divin, hi, hi…

Rachel Podger, Rosary Sonatas. H.I.F. Biber, Channel Classics.

 

Musique et envoûtement

 

Il y a quelques mois, je n’avais jamais entendu parler de Lady Blackbird. C’est un ami qui me l’a suggéré et, devant mon absence de réaction, a insisté. Cette Lady s’appelle en fait Marley Munroe, chanteuse de L.A. à la voix rude et puissante qui a fait ses premiers pas en R&B. Black Acid Soul est son premier album, et le titre pourrait bien nous entraîner sur une fausse piste de funk et de rock. Que nenni! Dès la première chanson, la superbe Blackbird de Nina Simone, j’ai été littéralement envoûté! Quoi, une inconnue emprunte à la diva? Oui, avec une assurance qui déculotte (oups, s’cusez) et un à-propos qui désarçonne. Nous voilà au cœur d’un genre qui pourrait s’apparenter au jazz avec son accompagnement de piano, basse et batterie. Mais voilà, éclaté par la voix chaude de la chanteuse, véritable interprète qui fait sienne les Fix It empruntés aux rythmes du Peace piece de Bill Evans ou Lost and Looking d’un James W. Alexander.

Lady Blackbird, Black Acid Soul, Foundation Music Productions, BMG.