Maison Choix de la rédaction Neiger et déneiger, une histoire d’hiver après hiver…

Neiger et déneiger, une histoire d’hiver après hiver…

Mireille Fournelle dans son garage

Jocelyne Aird-Bélanger
Résidente de Val-David

Dans notre coin de pays qui n’est pas un pays mais l’hiver, comme dit le poète, que ferions-nous sans ceux qui dégagent routes et chemins, allées et sentiers, stationnements et patinoires? Que ferions-nous sans ces services essentiels tout au long de nos longs hivers? Pour essayer d’en savoir plus sur cette brigade toujours en alerte au cours de tous ces mois si froids, je suis allée rencontrer Mireille Fournelle, une femme chef d’une entreprise de déneigement à Val-David et Val-Morin depuis maintenant 30 ans.

Mireille conduit tracteurs et camions depuis ses 10 ans et a commencé à travailler à 16 ans pour Fernand, son papa, qui a eu, à une certaine époque, jusqu’à 21 camions sur sa terre au lac Paquin. Après avoir terminé son cours secondaire à l’école Norbert-Morin, à Sainte-Adèle (avec option danse et musique), en voyant un employé mal faire son travail, elle s’est dit qu’elle pourrait faire beaucoup mieux que lui, et l’idée lui est alors venue de prendre un jour la suite de son père.

Après une bordée de neige 

En hiver, dans son entreprise, ils sont 15 chauffeurs sur la route, dont deux femmes : elle et Lise. Lors d’une journée de tempête, lorsqu’il est tombé de 20 à 30 cm, Mireille se lève à 1 h du matin, commence à téléphoner à ses employés et vers 3 h, dans la grande noirceur, elle et toute son équipe sont au travail à déblayer soit des stationnements d’entreprises avec un chargeur (loader) de 14 pi de large, soit des entrées privées avec des chargeurs de 12 pi de large. La journée se termine vers 15 h quand tout est bien nettoyé. On travaille avec des machines ayant des souffleuses à l’arrière et des grattes ou chargeurs en avant. En surveillant le travail à l’arrière de leurs gros appareils, les chauffeurs finissent presque tous par avoir des maux de cou, même si leur cabine est bien chauffée et ventilée. Les pépins mécaniques et autres sont chose courante durant ce travail laborieux. Dans les cas les plus difficiles, les employés reviennent au garage, et le plus souvent on finit par savoir ce qui casse et le réparer immédiatement. Il arrive aussi qu’en manipulant ces grosses mécaniques, même si on fait son gros possible, des accidents peuvent arriver. C’est malheureux et on s’explique avec son client, on répare et on reprend le travail, car il continue à neiger!…

Dans ce métier aussi, il manque de personnel, surtout de chauffeurs et surtout pour la grosse saison. L’été, bien des camions peuvent servir au transport de terre ou de matériel en vrac. Il devient de plus en plus difficile de planifier et de prévoir avec les coûts de l’essence et du matériel qui augmentent sans cesse. Ceux qui pratiquent ce métier exigeant se connaissent et se saluent d’un bout à l’autre du territoire, qu’ils travaillent pour la municipalité ou qu’ils soient à leur compte.

De longs jours et de courtes nuits

Les pires tempêtes et les pires souvenirs :

Les 29-30-31 décembre 2013, où il est tombé 75 cm de neige en 3 jours : les chauffeurs ont commencé à déneiger vers 4 heures du matin le vendredi pour terminer le dimanche à minuit, soit 38 h en ligne sans arrêt, avec quelques petits sommes dans leur cabine entre 2 voyages. Ou encore, l’hiver de 2007-2008 avec ses 550 cm de neige, ou bien l’hiver de 2000-2001 où il a fallu gratter les chemins les 8-9 et 10 avril après des chutes de neige de 62 cm!

Mireille Fournelle, comme ceux qui font ce travail, se met à l’œuvre en septembre et octobre, prépare son équipement, rouvre ses livres, prend contact avec ses 800 fidèles clients qui reçoivent un contrat couvrant la période allant du 15 novembre au 31 mars. Mireille, qui est une patronne « cool », selon ses employés, travaille comme eux et passe son hiver à déblayer la neige tout en s’occupant de faire les paies, de commander du matériel, de tenir les livres, etc. Une patronne qui se lève avant ses employés, se couche après eux et termine cette période intense tard en avril, bien après qu’ils aient fini de travailler. L’été est un peu plus calme, avec du travail à l’extérieur qui lui laisse maintenant le temps de rouler en moto. À une jeune fille qui aurait envie de devenir chef d’entreprise comme elle, surtout dans ce domaine exigeant et stressant, elle suggère plutôt de continuer ses études, de choisir un domaine où elle dépendrait moins de la météo, qui serait un peu plus régulier et sécurisant et lui laisserait le temps d’élever une famille!

Comment passerions-nous cette saison blanche sans tous ces gens qui s’affairent et chevauchent leurs grosses machines jour et nuit afin que les autobus scolaires, nos automobiles, les ambulances circulent et puissent se rendre à bon port… Vraiment, un service essentiel, année après année… Merci!