
Petite histoire courte de l’orthopédagogie à l’échelle mondiale
Geneviève Cusson
M.A. Orthopédagogue, Futé
Lorsque je dis que je suis orthopédagogue, on me demande « Qu’est-ce que ça fait, un orthopédagogue? » En effet, la description de l’orthopédagogie varie d’un milieu à un autre et demeure un peu floue. C’est que l’histoire de ma profession (dont je suis passionnée!) en est à ses balbutiements.
L’histoire de l’orthopédagogie débute ici, au Québec, à la suite des recommandations de la commission Parent dans les années 60. (Eh oui, l’orthopédagogie est une profession bien de chez nous!) En effet, l’école obligatoire pour tous les Québécois jusqu’à l’âge de 16 ans entraîne aussi l’enjeu d’éduquer les enfants éprouvant des difficultés à apprendre. C’est donc dans cette perspective que le premier baccalauréat en orthopédagogie voit le jour dans les années 70. Les savoirs alors enseignés sont issus de l’orthophonie, puisque cette profession détient déjà des connaissances sur les troubles du langage écrit. On voit ainsi apparaître au Québec les premiers services d’orthopédagogie en milieu scolaire basés sur un modèle dit « médical » où l’orthopédagogue intervient auprès d’élèves à l’extérieur de la classe. Mais, les interventions de l’orthopédagogue sont distinctes de ce qui est fait en classe et il existe peu de concertation entre l’enseignante et l’orthopédagogue. Plusieurs remettent alors en question ce service dont on ne comprend pas la nature.
Dans un souci d’outiller les orthopédagogues à agir davantage en classe et en cohérence avec le système scolaire, mais aussi pour répondre aux besoins des classes « spéciales », le baccalauréat en orthopédagogie se transforme tranquillement, dans les années 90, en baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale. On y forme ainsi des enseignantes. (Pendant mon bac, je me demandais régulièrement comment devenir orthopédagogue!)
Dans les années 2000 entre en jeu la politique d’inclusion scolaire et, conséquemment, la fermeture de plusieurs classes d’adaptation scolaire. Les élèves handicapés ainsi que ceux en difficulté d’apprentissage et de comportement sont alors majoritairement intégrés dans les classes ordinaires. Les enseignantes réclament (avec raison!) davantage de soutien pour enseigner dans un contexte de classe hétérogène. L’orthopédagogue, étant maintenant un enseignant spécialisé, s’avère le professionnel scolaire tout indiqué pour soutenir les enseignantes et se voit remettre des tâches d’enseignement complémentaire (récupération).
La démédicalisation des services d’orthopédagogie aurait malencontreusement engendré une certaine perte des connaissances cliniques. Dans l’idée d’affirmer la profession et le rôle de l’orthopédagogue, l’Association des orthopédagogues du Québec (ADOQ) est créée et publie en 2003 l’Acte orthopédagogique dans le contexte actuel, dans lequel sont mises de l’avant les interventions orthopédagogiques auprès des élèves selon le modèle clinique, mais aussi des interventions auprès des divers intervenants scolaires. En parallèle, divers modèles d’organisation scolaire proposent aussi l’idée que l’orthopédagogie amalgame les interventions cliniques et la collaboration avec les enseignantes.
Ce n’est qu’en 2010 qu’apparaît la première maîtrise en orthopédagogie. Cependant, celle-ci demeure optionnelle à l’obtention du titre d’orthopédagogue.
Il faut savoir que l’orthopédagogie n’est pas une activité professionnelle réservée selon la Loi 21 dû, entre autres, à la formation des orthopédagogues en poste. Un orthopédagogue est d’abord un enseignant. En ce sens, un enseignant peut (notamment en contexte actuel de pénurie d’orthopédagogues qualifiés) accéder à un poste d’orthopédagogue sans avoir reçu une formation universitaire sur les troubles d’apprentissage et les interventions orthopédagogiques. N’ayant pas tous une formation en orthopédagogie, les orthopédagogues ne peuvent se regrouper sous un ordre professionnel. C’est d’ailleurs pourquoi un orthopédagogue ne peut pas émettre un diagnostic de trouble d’apprentissage. Il n’a le droit que de le dépister et d’intervenir en s’appuyant sur ses connaissances professionnelles qui, elles, sont variables d’un orthopédagogue à un autre en raison de l’encadrement de la profession.
Malgré les flous qui existent par rapport à l’orthopédagogie, cette magnifique profession unique au Québec nous offre des pistes de solutions à des problèmes vécus dans les écoles en ce qui a trait aux difficultés d’apprentissage et à l’adaptation scolaire. Elle suscite la curiosité des chercheurs et d’acteurs scolaires un peu partout dans le monde. On voit actuellement naître des écoles d’orthopédagogie (non universitaires) en France, en Belgique et au Liban. Comme le rôle de l’orthopédagogue peut varier d’une école à une autre, je vous invite à visiter le site web de l’ADOQ et, bien évidemment, à questionner la personne en poste à l’école de votre enfant.
Association des orthopédagogues du Québec : https://www.ladoq.ca/

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