Maison Actualité Une lettre qui se prend pour une autre…

Une lettre qui se prend pour une autre…

Coup de plume

Judith Lavoie

Résidente de Val-David et professeure de traduction à l’Université de Montréal

 

Une jeune femme qui a immigré au Québec il y a près de dix ans, trilingue (espagnol, français, anglais) et titulaire de deux diplômes universitaires, me racontait que les lettres «g» et «j» sont encore, à ce jour, difficiles à décoder pour elle lorsqu’elle les lit en français.

Avant d’aller plus loin, permettez-moi de vous rappeler quelques concepts hautement évidents pour toute personne étant tombée dans la potion magique de la langue française quand elle était petite, mais plutôt abscons (les concepts) pour qui ne l’est pas (tombé dans la potion…).

La lettre «g» se prend pour une autre. Pas au sens où elle est imbue de sa supériorité (une lettre snob, ça alors!), non, au sens où elle se prend carrément pour une autre lettre, dans le cas qui nous occupe, la lettre «j». Dans des mots comme «giroflée» (ohh j’entends la chanson de la Ribouldingue), «gyrophare» et «genèse», le «g» est «doux», il imite le son que fait le «j». Avez-vous remarqué quelles voyelles attendrissaient le «g»? Ce sont l’i, l’y et l’e.

Les autres voyelles (l’o, l’u et l’a), lorsqu’elles suivent immédiatement la lettre «g», la transforment en «g» dur. Je pense à «gobemouche», à «guttural» et à «gastéropode» (l’escargot – go go go!, mais il va lentement – est un gastéropode). Bien sûr, lorsque ces voyelles sont suivies d’une autre voyelle (comme dans le mot «goût») ou d’une consonne (comme dans «gant»), le «g» conserve le même son (dur).

En revanche (en revanche, en revanche, je me permets d’insister), le «g» peut devenir doux avec l’o, l’u et l’a si on intercale la lettre «e» au milieu, par exemple: «geôlier», «gageure» (se prononce bel et bien «gajure») et «geai» (ou le passé simple du verbe «juger» à la troisième personne du singulier: «jugea»).

La lettre «j», quant à elle, produit toujours le même son (pas systématiquement toujours… on a emprunté à l’anglais jean et jeep, entre autres), mais le reste du temps, le «j» fait «jjjjjj». En alphabet phonétique international, on utilise le symbole ʒ pour représenter le son du «j». J’apprends, grâce à Wikipédia, que ce symbole correspond à la lettre «ej» (prononcée «èje», je suppose), une lettre additionnelle de l’alphabet latin.

Revenons à la jeune femme du début. En bavardant avec elle, je me suis rendu compte que, contrairement à ce qu’elle croyait, elle avait très bien retenu le comportement de la lettre «g» devant telle ou telle voyelle. En effet, elle n’appelait pas «ijéha» le supermarché IGA, mais bien «higa», ce qui respectait parfaitement la logique du français.