
Étienne Boivin
Résident de Val-David et avide cinéphile
J’ai vu Six Jours, drame policier de Juan Carlos Medina. Ce qui m’a fasciné dans ce film, c’est comment un réalisateur américain né en Floride s’amuse à faire « son » polar à la française. Il faut mentionner que Medina a fait ses études cinématographiques à la Sorbonne, ce qui ne nuit évidemment pas. Celui-ci travaille surtout en télévision aux États-Unis, et Six Jours est son deuxième film français après Insensibles, paru il y a 13 ans déjà.
Le plaisir du réalisateur est communicatif. C’est un pur polar français, avec toutes les couleurs du genre. Même à la toute limite du cliché, limite qu’il ne franchit jamais, à mon avis, mais s’en est fallu de peu. Il pleut, c’est tragique, un enfant meurt et le flic responsable de l’affaire en devient obsédé. Il a manqué son homme et un enfant en a payé le prix, et la mère est tout aussi splendide qu’inconsolable, les couleurs sont ternes, on nage en plein polar français.
Des années plus tard, la cause arrive à la prescription. Si l’assassin n’est pas traduit en justice dans les six prochains jours, la cause sera prescrite et les poursuites judiciaires deviendront impossibles. Et soudainement, après des années de pistes refroidies, évidemment, un nouvel indice surgit… Il reste six jours…
Le film ne va pas réinventer la roue, mais il s’exécute sans faille. Il nous surprend à plusieurs passages. Pour ma part, si j’ai un peu pressenti comment le tout allait se terminer, le film ne m’a donné raison qu’à moitié, je n’ai pas tout vu venir.

On regarde pour les décors du nord de la France, l’action se passe principalement à Lille, et pour cet inspecteur torturé très bien interprété avec nuance par Sami Bouajila. Il joue aux côtés de Julie Gayet, sublime et intrigante à souhait. On regarde également pour profiter du ton tragique, pour le rythme du polar français qui nous change tellement des films américains. Ce n’est pas du grand art, mais c’est du bonbon.
Une mention spéciale au montage sonore, qui vient appuyer l’intrigue, puisqu’il sera question d’enregistrements d’appels téléphoniques qui seront décortiqués au laboratoire de la police judiciaire. Tout est dans le ton.
Finalement, le film réussit à être juste assez complexe pour nous tenir alertes, mais jamais confus. Et même si c’est tragique et qu’il est question d’enlèvement d’enfant, ce n’est jamais scabreux, le ton ne verse jamais dans celui du film d’horreur. Le film est prenant, mais pas véritablement bouleversant. Et c’est parfait ainsi. C’est disponible en streaming sur AppleTV pour le moment, mais annoncé pour bientôt sur Prime Video et sur d’autres services.
En juin, le cinéma québécois nous offre Deux femmes en or, une relecture moderne du classique québécois de Claude Fournier sorti en 1970. C’est écrit par Catherine Léger et réalisé par Chloé Robichaud. Sinon, les zombies de Danny Boyle seront de retour dans 28 Years Later, troisième film de sa série à succès. Bon cinéma.




