
La voie des racines de Nathalie Levasseur
Tisser l’océan d’Ari Bayuaji
Du 7 février au 31 mai
Ces fils que nous jetons vers les autres sont des façons de s’ancrer à une toile sociale concrète et d’être plus résilients face aux grands vents qui emportent les moins soutenus.
— Boucar Diouf
Puis la toile à tisser, les fils à tirer. Une histoire que les mots vont me raconter à mesure.
— Hélène Dorion
L’une tresse, l’autre tisse. Bien avant que le métier s’impose, la main néolithique a ouvré avec les herbes et les branches. Avant l’armure, il y eut ce geste: entrelacer l’indompté pour en faire un lien. Maintenant, quelles histoires s’entrecroisent sous ces trames rebelles et durables entre les fibres naturelles magnifiées cultivées en permaculture avec amour et patience de Levasseur et les fils artificiels de plastique récupérés de cordes trouvées sur les rives et dans la mangrove des côtes balinaises, recyclés par Bayuaji?
Question de transmission et de liaison, d’attache et d’attachement? Chassés-croisés des mains et des âges entre la mémoire ancestrale et l’art actuel. Comme une ancre pour mieux nous souvenir de ce que peut et de ce que doit l’humain à la nature. Que de réminiscences et d’explorations créatrices. Métamorphoses orphiques, conscience écosophique. Ainsi les savoirs et maîtrises millénaires remontent jusqu’à nous à travers ces métiers qui symbolisent si souvent le destin et le pouvoir féminin.
Bouleversantes, ces deux expositions tressent l’appartenance et tissent la résistance autant que la persistance et la persévérance. En renouant avec des pratiques millénaires, elles nous enracinent dans notre réalité, quotidienne et universelle tout à la fois, intime et politique, allant au tréfonds des choses, de la vie. Toucher à l’essentiel: «Simplifiez, simplifiez», réclamait déjà Henri David Thoreau, ce philosophe, naturaliste et poète américain, dans Walden ou la vie dans les bois [1854]. Voilà vers où nous mènent Levasseur et Bayuaji. Leur profondeur nous touche, manifestant, en leur sein, l’imagination du visionnaire. D’une part, La voie des racines transcende la matière et nous montre la puissance de la transmission et de la filiation, si émouvante, alors que se déroule un dialogue ininterrompu entre le passé et l’avenir. D’autre part, Tisser l’océan, un projet communautaire situé à Bali et amorcé lors de la pandémie, transforme les déchets plastiques trouvés en tableaux tissés sublimes aux reflets céleste et solaire transmuant l’omniprésence du plastique dans l’environnement. Par-delà le désordre mondial actuel, une mer d’entrelacs déferle des œuvres à travers les branches et les fils, des valses bleues, des nocturnes irisés, de paisibles plages, palette tellurique des fibres. Pour l’un et l’autre, la nature nous offre l’espérance d’un avenir meilleur, malgré tout, reliant l’humanité et la terre. C’est la grâce que nous nous souhaitons en cette nouvelle année.

Nathalie Levasseur ‑ Native de Thedford Mines, elle vit à Val-David depuis 2004. Elle cultive, cueille et récolte autant des matières naturelles que des objets spécifiques au territoire. Participant à plusieurs résidences d’artistes au pays, en France et au Japon, elle y a aussi exposé maintes fois. On se souvient de son travail aux Jardins du précambrien. D’abord modiste professionnelle de 1989 à 1994, elle a œuvré à New York comme à Toronto, en Californie et à Montréal. Son apprentissage en vannerie remonte à 1996 tandis que sa pratique professionnelle en art de la fibre s’affirme en 2001. Membre de l’Atelier de l’île, elle compte des œuvres qui font partie de la collection de Loto-Québec, Bibliothèque et Archives Canada.
Ari Bayuaji ‑ Né en Indonésie, Ari Bayuaji, un ingénieur civil, choisit de s’installer à Montréal en 2005 où il étudie les Beaux-Arts à l’Université Concordia. Désormais, il partage sa vie entre Montréal et Bali. Sa démarche artistique intègre des objets trouvés qu’il découvre dans diverses régions du monde, entremêlant ainsi diverses traditions culturelles. Il a participé à plusieurs résidences d’artistes à l’étranger ainsi qu’à des expositions collectives internationales en Corée, à Taiwan, au Danemark, en Indonésie, au Japon, en Allemagne et aux États-Unis. Ses œuvres font notamment partie de la collection permanente du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Musée National des Beaux-Arts du Québec.
Au plaisir de vous accueillir au Centre,
Manon Regimbald
Samedi 7 février à 14 h ‑ vernissage | Dimanche 1er mars à 14 h ‑ Lancement de la revue Femmes de parole no 15, Hommage à Denise Boucher, & du recueil Le manteau de Freya, de Nancy R. Lange aux Éditions Pleine Lune | samedi 21 à 14 h – Lancement de L’Éducation muséale au Québec aux Presses de l’Université du Québec (dir. Anik Meunier et Michel Allard) | samedi 25 avril à 14 h ‑ Rencontre avec les artistes Nathalie Levasseur et Ari Bayuaji | Dimanche 22 février, 29 mars, 26 avril et 31 mai ‑ Ruches d’art avec Isabelle Gagnon-Zeberg
ENTRÉE LIBRE




