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Cinéma premier choix – Citizen Kane: Le film le plus important de l’histoire du cinéma

Étienne Boivin

Résident de Val-David et avide cinéphile

L’année 2026 marque le 85e anniversaire de ce qui est considéré comme étant le film le plus influent de tous les temps. C’est le soir du 1er mai 1941 qu’a lieu la première projection de Citizen Kane au Palace Theater de New York. Il s’agit alors du tout premier film d’un jeune prodige de 25 ans à peine: Orson Welles.

Le public contemporain pourrait se surprendre à première vue que ce film soit considéré comme un des plus grands chefs-d’œuvre de tous les temps au cinéma. Pris hors contexte, Citizen Kane apparaît aujourd’hui comme un film très bien fait, certes, mais l’on pourrait se demander ce qu’on lui trouve de si extraordinaire.

Pour bien comprendre, il faut étudier un peu l’histoire du cinéma et voir plusieurs films des années qui ont précédé la sortie du film de Welles. On commence alors à constater l’impact incommensurable que le film a eu sur tout le langage cinématographique. Welles invente carrément le cinéma moderne en combinant des techniques de scénarisation, de réalisation et de montage qui ouvrent tout un vocabulaire pour raconter une histoire en images comme jamais auparavant. Explorons certaines de ces techniques.

La facture visuelle

Orson Welles et son directeur photo, Gregg Toland, utilisent les mouvements et les angles de caméra pour influencer le récit. Un travelling arrière, où la caméra s’éloigne du sujet pour suggérer une perte de pouvoir. Ou, au contraire, un travelling avant ou une prise de vue en contre-plongée pour donner de la puissance au sujet.

Le film utilise aussi une vaste profondeur de champ. Au lieu de mettre le focus sur le sujet principal uniquement, rendant l’arrière-plan flou, on utilise tout le cadre pour raconter l’histoire. Au premier plan, la mère qui prend les décisions dans le ménage, au deuxième plan le mari qui proteste mais sans réel pouvoir et, par la fenêtre, le jeune Kane qui joue dans la neige en toute innocence.

La structure narrative

Au lieu de raconter l’histoire du début à la fin, le scénario adopte une structure non linéaire. Le film commence par la fin de l’histoire, puis on revient en arrière, l’histoire est déconstruite et le spectateur se retrouve devant un casse-tête à reconstruire. Certaines scènes sont revisitées sous différentes perspectives, ce qui modifie notre impression première de certains événements que l’on peut ainsi comprendre sous différents angles.

Le montage

Différentes techniques novatrices de montage sont utilisées. Des coupes «invisibles» où l’on assemble deux plans pour donner l’impression que la caméra passe «à travers» une fenêtre, par exemple. Des montages temporels pour illustrer 40 ans de mariage en une seule scène de déjeuner d’à peine 2 minutes.

En combinant ces techniques et plusieurs autres, et en livrant lui-même une performance remarquable dans le rôle-titre, Orson Welles est devenu un géant du cinéma à l’âge de 25 ans. Le film fut un bide au box-office, le grand public n’étant probablement pas prêt à recevoir l’œuvre, mais le cinéma venait de changer à jamais. La légende raconte qu’Orson Welles n’a regardé le film terminé qu’une seule fois.

On peut voir Citizen Kane sur plusieurs plateformes comme YouTube, entre autres.

En mars, l’amateur de science-fiction que je suis ira voir Project Hail Mary du duo de réalisateurs Lord & Miller mettant en vedette Ryan Gosling. De son côté, le cinéma québécois nous propose le thriller Violences de Luc Picard, avec Luc Picard, Kelly Depeault, Sophie Desmarais et Maxim Gaudette. Bon cinéma!