
Sauver des vies au détriment d’autres vies?
Gilles Chaumel
Animateur radio à CKRL 89,1 Québec, historien et mélomane
D’abord, la sempiternelle question, la bande dessinée est-elle un genre littéraire? N’a-t-on pas qualifié de romans graphiques certaines des œuvres de ce qu’on appelle le 9e art? Sinon, pourquoi vous proposer le questionnement d’Arizona O’Neill dans cette chronique? Peut-être parce que sa mère, Heather, est une de nos grandes autrices, que le père de la jeune artiste est mort d’une surdose de fentanyl et qu’elle aborde le sujet dans une superbe bande dessinée.
Dans son fort pertinent bouquin, Opioïdes et organes, Arizona O’Neill aborde une question qui l’a longtemps taraudée. Vous réagiriez comment, vous, si l’hôpital vous appelait pour vous apprendre la mort cérébrale d’un père que vous avez très peu connu, et qu’on vous demandait si vous voulez bien donner ses organes pour que d’autres vivants puissent en profiter? On peut imaginer que vous dites oui. Aider son prochain, après tout, c’est noble, non? Ce qu’Arizona a fait. C’est par la suite que les questionnements ont surgi, comme une sorte de hantise. Ce qui la turlupinait, entre autres, c’est le lien entre cette crise incontrôlée des opioïdes qui entraîne des centaines de morts chaque année, et le fait que depuis la pandémie, on n’ait plus de problèmes de dons d’organes dans notre plussss beau pays du monde, comme le disait un ex-premier ministre. Délaisse-t-on les uns au profit des autres??
Arizona O’Neill a tout fait dans cette bande dessinée humaniste, tant le dessin que le scénario et le texte. Essentiel.

⇒ Arizona O’Neill. Opioïdes et organes. Éditions Alto, Québec, 2026.




