
François Gohier
Résident de Sainte-Agathe-des-Monts
J’ai beaucoup rêvé de la Corse dans ma jeunesse, un songe alimenté par les origines modestes de l’empereur Napoléon Bonaparte à Ajaccio, une histoire que je lisais dans un grand recueil à la couverture cartonnée rouge vin accessible dans la maison familiale. Je donnerais cher pour ravoir une copie de ce document amplement illustré d’images anciennes typiques du XIXe siècle. Un jour, dans un magasin spécialisé en livres anciens sur le canal du Midi, le libraire m’avait passablement excité en me décrivant spontanément ce bouquin si spécial. Il connaissait bien cette édition mais son magasin n’en possédait plus depuis des années. Quelle déception.
Mes souvenirs les plus lointains de l’existence de la Corse en mer Méditerranée sont néanmoins intacts et j’y mets justement les pieds cette semaine pour mon plus grand bonheur. On compte traverser l’île du nord au sud dans le cadre d’un parcours de vélo mythique connu sous le nom de code GT20. Certains organisateurs de randonnées offrent cette virée sur sept jours. Dans notre cas, la firme locale Cycling Corsica la prévoit sur douze jours, ce qui devrait nous permettre d’avoir le temps… et de rapporter plein d’images. Car les gens qui l’ont déjà fait m’avertissent de «prévoir de l’espace dans le Kodak». Mon fidèle partenaire de vélo Daniel Descôteaux et moi allons rejoindre un groupe d’une douzaine de cyclistes provenant d’un peu partout. C’est la réalité résultant de la mise en marché sur Internet qui est accessible à tout un chacun.

Le tronçon initial : Bastia-Ersa
Cycling Corsica suggère un parcours principal pour cette première journée, mais aussi deux options de rallonges qui permettent d’atteindre des endroits peu fréquentés pour profiter de points de vue à couper le souffle. Le départ à vélo se fait à Bastia, une commune d’envergure régionale située au nord-est de l’île, et la destination du jour, Ersa, se trouve juchée sur la pointe septentrionale de l’île qui fait face (sur la carte) à la ville de Gênes, en Italie. La république génoise a d’ailleurs colonisé la Corse pendant plusieurs siècles. Beaucoup de noms d’agglomérations et l’architecture des bâtiments rappellent cette importante présence italienne, bien que la Corse soit maintenant un territoire français depuis 1768, donc bien avant la Révolution française.

Le chemin principal sur la côte se négocie assez facilement pour nous, équipés de solides vélos à assistance électrique de 500 W. L’étroitesse du chemin et la circulation dense requièrent néanmoins toute notre attention. Les motos et les voitures sport pullulent dans cette zone touristique.
C’est d’ailleurs avec un certain soulagement que nous quittons cette voie principale pour grimper aux villages de montagne où les petits cafés sont tellement coquets et sympathiques! Les vues sur la mer sont imprenables et incitent au farniente. Le cappuccino y est toujours bon et le personnel, prêt à exercer son humour grinçant. On est en Corse!

Date de tombée du journal oblige… je vous laisse sur ce pour l’instant.
On reprend la route pour Bonifacio demain, avec beaucoup de kilomètres à faire, mais surtout des milliers de mètres de dénivelé à grimper. Quelle vie merveilleuse que celle qui se passe sur deux roues…




