Maison Actualité Musique – Bons baisers du Turquie!

Musique – Bons baisers du Turquie!

Louis Babin

Compositeur, directeur musical et artistique, Ô Chœur du Nord et Chœur Tremblant

Normalement, je parlerais du répertoire, de la chorale, ou encore du travail qui se fait en ce moment pour la préparation des concerts de Noël, que ce soit à Val-David avec Ô Chœur du Nord ou à Tremblant avec le Chœur Tremblant. Il y aurait certainement beaucoup de choses à dire. Mais c’est une journée un peu spéciale pour moi: je suis en ce moment à Ankara, en Turquie, car l’Orkestra Akademik Başkent, l’orchestre de l’Université Başkent, va interpréter mon concerto pour violon intitulé Phoenix, ainsi que ma suite pour cordes, La suite du promeneur. Il m’est donc venu l’idée de vous parler un peu plus de cet aspect de mon métier, celui de compositeur.

«Solitude» est le mot qui me revient le plus à l’esprit lorsque je veux parler de cet art. On se retrouve seul devant sa feuille de partition ou devant son écran d’ordinateur, à mettre des sons ensemble pour créer une histoire, avec ses émotions, sa structure, ses couleurs. Et l’on ne pense pas nécessairement à la vie que prendra l’œuvre au fil du temps. Lorsque c’est une commande, plusieurs aspects entrent en jeu: la thématique donnée, la formation pour laquelle on écrit, les circonstances qui amèneront à la création de l’œuvre, qui la commandite, qui va la jouer. Chaque composition a son histoire. Chaque composition a sa vie propre, que ce soit dans la manière dont elle a été écrite, dont elle a été interprétée et, surtout, dont elle va voyager.

Phoenix m’a été commandé en 2014 par la violoniste française Marie Cantagrill. J’avais eu l’occasion de la rencontrer deux mois auparavant chez elle, dans les Basses-Pyrénées (aujourd’hui les Pyrénées-Atlantiques), à environ une heure de Toulouse. Par la suite, nous avons eu un entretien sur Skype, et c’est à la suite de cette conversation qu’elle m’a offert l’occasion de composer pour elle. Sachant qu’elle revenait du cancer et qu’elle était en rémission, j’ai tout de suite eu l’idée de créer une pièce qui personnifierait cette renaissance. C’est ainsi que l’idée de Phoenix a pris forme.

Les semaines qui ont suivi ont été un grand bonheur pour moi, parce que composer, c’est littéralement vivre. J’envoyais quelques extraits à Marie au fur et à mesure de l’écriture, sans toutefois lui dire quelle raison m’avait poussé à raconter l’histoire du phénix qui, sentant la fin de sa vie approcher, revient chez lui accompagné d’une volière pour mourir et renaître de ses cendres. Voyant l’enthousiasme de Marie pour les extraits que je partageais avec elle, je lui ai alors confié la raison pour laquelle j’avais pris comme sujet cet oiseau fabuleux. Marie en fut très touchée. J’aime penser que lorsque l’on crée un lien émotif avec une musique, celle-ci a un impact et une durée encore plus longue, grâce à ce lien qui se crée entre les sons et leur signification.

La pièce a été créée en 2015, à la chapelle de l’Université de Foix dans les Basses-Pyrénées, sur les terres de Marie. Elle l’a magnifiquement interprétée et la pièce a été accueillie d’une manière qui allait au-delà de mes espérances. Et pourtant, elle ne sera rejouée qu’en 2024, avec l’Orchestre classique de Montréal, sous la direction de Jacques Lacombe, et avec la violoniste Tara-Louise Montour. J’avais prévu d’en faire un enregistrement le lendemain du concert, ce qui fut fait. J’ai attendu près de deux ans avant de rendre l’enregistrement public. Il est maintenant possible de se le procurer sur différentes plateformes numériques.

Et c’est tout à fait par hasard que coïncide la sortie de l’enregistrement avec sa présentation en Turquie. L’Orkestra Akademik Başkent en fera une interprétation avec le jeune violoniste Deniz Yakın, sous la direction de Murat Cem Orhan. C’est la raison de ma présence en Turquie: on m’a aussi demandé de donner une classe de maître à la classe de composition de l’université, ce qui rend mon voyage doublement satisfaisant. J’ai toujours eu à cœur de partager mes connaissances et de discuter avec mes collègues.

J’espère que vous excuserez ce petit écart de conduite vis-à-vis du chant choral pour cette fois-ci.

Bons baisers d’Ankara!