Maison Actualité Environnement – Le retour à l’entraide

Environnement – Le retour à l’entraide

«Méditation», Luce Marquis

Bruno Marquis

Résident de Gatineau

À la lumière des événements en cours à l’échelle planétaire, il peut certes nous apparaître décourageant – et même déprimant – d’écrire ou de lire sur l’environnement. Ce n’est pourtant qu’une question de perspective…

Ce qui pourrait nous décourager, à courte vue, c’est de réaliser que ceux à qui nous nous en remettons – bien bien indirectement, il faut dire – ne font en fait pas grand-chose face aux importants défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés. Et ce n’est pas tant l’inaction de cette élite politique inféodée aux pouvoirs économiques des multinationales et des banques qui nous angoisse que notre propre sentiment d’impuissance, comme femmes ou comme hommes, à changer le cours des événements.

Sans en avoir conscience, nous sommes incapables de sortir du cercle de pensée dans lequel nous enferme le discours ambiant. Et c’est en fait en sortant de ce système de pensée pernicieux, qui tend à nous réduire à l’insignifiance, à nous tenir à l’écart, et en agissant, que nous pourrons le mieux contrer cette angoisse et assurer notre bien-être mental.

Assumer d’abord

Nous devons d’abord admettre certaines réalités: nous n’atteindrons pas les objectifs pourtant timides que nos élites s’étaient sentencieusement fixés pour nous lors de la conférence des Nations Unies de décembre 2015 menant à l’Accord de Paris (la COP 21), objectifs qui visaient à limiter le réchauffement climatique mondial d’ici la fin du siècle bien en dessous de 2°C – et de préférence à 1,5°C – par rapport aux niveaux préindustriels.

Pas plus d’ailleurs que nous ne mettrons un frein rapidement aux autres atteintes à l’environnement: pollution de l’air, empoisonnement des écosystèmes par des substances chimiques, changement d’affectation et dégradation des sols, acidification des océans et disparition des récifs coralliens, diminution des ressources en eau douce, perturbation des cycles de l’azote et du phosphore entraînant la prolifération d’algues et l’appauvrissement de l’eau en oxygène, pollution par le plastique et pollution et dangers associés à l’énergie nucléaire.

Agir ensuite

Le fait de ne pas atteindre certains de ces objectifs ne devrait cependant pas nous empêcher d’agir, pour notre avenir et l’avenir de nos proches, comme pour l’avenir des humains d’aujourd’hui et de demain, pour lesquels nous devrions éprouver de l’empathie, et pour les autres êtres vivants. Parce que dans le cas du réchauffement climatique, par exemple, même si nous n’atteindrons pas les objectifs fixés, plus nous en limiterons l’augmentation, plus nous limiterons la quantité et la portée des catastrophes, et les souffrances et le nombre de morts qu’ils entraîneront. Il en va de même pour tous les autres défis qui se posent en matière d’environnement.

Ce n’est en fait qu’en surface, qu’en apparence, que nous sommes impuissants. Parce que nous vivons dans l’immédiat, dans l’isolement propre aux sociétés de consommation, du chacun pour soi, nous avons souvent l’impression d’être seuls… et impuissants. Mais dans les faits, nous sommes extrêmement nombreux à nous soucier de notre environnement et de notre avenir sur la planète. Et, nous l’ignorons souvent, il existe autour de nous un très grand nombre d’organismes voués à la défense de l’environnement et à une foule d’autres causes qui y sont liées, de près ou de loin, et plus souvent de près que de loin, comme la justice sociale, le partage des ressources, le logement abordable, la démocratie directe (la véritable démocratie, en fait), l’égalité entre les femmes et les hommes, l’égalité de genre, la libération animale, et d’autres encore.

Il existe aussi une foule de sources d’information crédibles, de livres et de sites Web, bien sûr, pour mieux s’informer; mais l’important demeure de créer des liens, de rencontrer d’autres gens qui luttent aussi en faveur d’un monde plus écologique, plus juste, et d’unir nos forces aux leurs, de partager avec eux nos joies aussi, nos triomphes, nos combats. Rien n’est plus stimulant que la présence de l’autre, que la lutte en commun, que les amitiés et le réseautage en vue de quelque chose d’aussi édifiant que notre bien-être collectif, et notre survie et la survie d’une foule d’autres êtres vivants sur la planète.

Nos bibliothèques et des institutions scolaires ou d’enseignement et d’autres organisations publiques (et donc désintéressées) organisent également des conférences sur ces sujets et sur l’environnement. C’est une belle occasion de créer des liens et de s’impliquer, d’en apprendre plus, de développer ses connaissances et sa pensée, pour agir plus et mieux. Bref, une occasion de créer des liens, d’agir ensemble et de créer et de nourrir des mouvements menant aux changements désirés.

Retour aux sources

Ce n’est que très récemment dans l’histoire de l’humanité, vieille de 300 000 ans, que nous vivons un tel isolement structurel. L’Homo sapiens – l’humain que nous sommes – n’a pu assurer sa survie souvent fragile au cours de ces nombreux millénaires qu’en faisant preuve de solidarité et d’entraide. Et c’est ce que nous serons de plus en plus amenés de nouveau à faire à mesure que la crise climatique et la crise écologique entraîneront des catastrophes – qui surviendront de plus en plus souvent et avec de plus en plus d’intensité.

Des mouvements de solidarité et d’entraide surgissent bien sûr lorsque surviennent des catastrophes – inondations, incendies de forêt, tsunamis, tempêtes violentes, famines ou pandémies –, mais s’amenuisent et finissent par disparaître une fois le danger disparu. Notre défi, dans la mesure où nous nous impliquerons dans de tels organismes et mouvements, sera de maintenir ces mouvements de solidarité, d’entraide et de lutte pour un environnement sain toujours et de plus en plus vivants.

Je vous recommande, pour en savoir plus sur le sujet, la lecture des deux importants bouquins: d’abord L’Entraide – Un facteur de l’évolution, de Pierre Kropotkine, l’essai de référence dans ce domaine, puis, plus récemment, L’Entraide – L’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle.

Problèmes de perspective

Je crois que ce qui perturbe aussi notre perception de la réalité et limite donc notre engagement en matière d’environnement, c’est notre conception tronquée de la réalité sur la Terre et de la mesure du temps et de l’espace dans lesquels nous avons évolué.

Ces quelques rappels pourront, je l’espère, éclairer certains lecteurs:

  • selon les estimations les plus récentes, l’Univers observable contiendrait environ 2000 milliards de galaxies;
  • notre galaxie, la Voie lactée, qui est tout de même une galaxie assez imposante, contient entre 200 et 400 milliards d’étoiles, notre Soleil étant l’une de ces nombreuses étoiles;
  • notre Univers serait né il y a environ 13,8 milliards d’années;
  • et notre planète, la Terre, se serait formée il y 4,5 milliards d’années.

Pour mieux comprendre l’histoire de l’apparition de la vie, ramenons ces 4,5 milliards d’années à une année de calendrier:

  • si la Terre s’est formée le 1er janvier, la vie n’est quant à elle apparue que le 26 février avec les bactéries;
  • le 3 avril apparaît la photosynthèse, faculté qui permet d’utiliser la lumière du soleil pour assembler le vivant;
  • il faut ensuite attendre le 24 septembre pour observer l’apparition des premiers organismes multicellulaires;
  • le 22 novembre, presque deux mois plus tard, les premières plantes se répandent sur terre, mais les premières forêts s’épanouissent seulement à partir du 1er décembre;
  • le 6 décembre apparaissent les premiers reptiles, suivis, le 14 décembre, des premiers mammifères;
  • les premiers primates – l’ordre auquel nous appartenons – apparaissent le 25 décembre;
  • et finalement l’Homo sapiens, nous, les humains, apparaît le 31 décembre à 23 h 23, soit juste à temps pour le Nouvel An…