
Gilles Chaumel
Animateur radio à CKRL 89,1 Québec, historien et mélomane
C’est l’histoire de Monique Proulx qui a rencontré Berthe Simard, celle-là même qui a soutenu l’intendance de Gabrielle Roy durant les nombreux étés que l’écrivaine a passés dans Charlevoix pour rédiger son œuvre, comme elle disait. Femme de la nature et femme à tout faire, Berthe a frappé le cœur de Monique Proulx, à qui elle a consacré son très émouvant nouveau roman, Le bien ne fait pas de bruit.
Dans le roman, Berthe s’appelle Flora et vit avec sa famille au cœur d’une terre entourée de lacs dans les Laurentides. La Ti-gars bien aimée de son père, femme de bras et de gros travaux, femme de nature qui vit au rythme des saisons connaissant tout de son territoire qu’elle aime d’une bonté effarante, y rencontrera Margaret, une écrivaine célèbre qui viendra passer tous ses étés dans le chalet d’à côté et avec qui Flora nouera une amitié indéfectible.
Flora a une sœur cadette, Evelyne, qui va mourir trop jeune. Dans ses derniers jours et au-delà de la mort, elle devient la conscience critique de son aînée, un personnage qui pose les questions sur la vraie nature des gens, et du monde dans lequel ils vivent. Margaret, l’écrivaine, n’est-elle, au fond, qu’une profiteuse, une sorte de vampire, qui se sert de la vie des autres pour bâtir son œuvre?
Encore une fois, avec ce roman, la grande écrivaine qu’est Monique Proulx donne la parole aux sans voix, celles et ceux qui font œuvre de bonté et qui n’en reçoivent aucune reconnaissance. «Flora, souriante, contemple le jardin naissant à l’ombre du patio de Margaret… Tant de joie, tant de joie ainsi déclenchée par l’effort, l’effort d’offrir. Si on savait ça, on n’arrêterait pas de travailler pour les autres.» (p. 119). Et on y retrouve, avec bonheur, cette écriture riche et sensible, capable de façonner des personnages plus vrais que nature, complexes dans leur grandeur et leurs faiblesses, évoluant dans une nature qu’on voudrait nôtre à chaque page.
– Monique Proulx, Le bien ne fait pas de bruit, Les Éditions du Boréal, Montréal, 2026, 264 p.




