Maison Centenaire VD Album souvenir : Cent ans… déjà?

Album souvenir : Cent ans… déjà?

Album souvenir :

 Cent ans… déjà?[1]

 

Michel Allard et Paul Carle, historiens

 

Eh oui, au mois de mai 2021, nous fêtons le centième anniversaire de notre municipalité, mais non celui d’une présence humaine sur son territoire. Entre 1846 et 1850, des arpenteurs ont sillonné les cantons Doncaster (François-Joseph Regnaud), Morin et Wexford (Owen Quinn). Ils ont loti le territoire actuel de Val-David tout en décrivant sa végétation, son relief, ses plans d’eau. Toutefois, ils ne firent nullement mention de présence ou de traces d’une occupation du sol par des membres des premières nations. Pourtant, sur le territoire de plusieurs des municipalités voisines, entre autres Val-Morin et Sainte-Lucie, les arpenteurs ont signalé la présence de membres des premières nations, voire des traces d’une occupation antérieure.

En 1849, Narcisse et Olivier Ménard, accompagnés de leur voisin et ami Jean-Baptiste Dufresne, prennent possession de leurs lots situés à l’intersection du chemin du 7e rang (chemin du lac Paquin) et du chemin du 10e rang (ancienne route nationale) du canton Morin, là où aujourd’hui se dresse une croix de chemin. À l’automne, après avoir défriché et fardoché tout l’été, ils retournent hiverner à Saint-Benoit. Jean-Baptiste Dufresne épouse alors Flavie, la sœur des frères Ménard. Au printemps 1850, ils reviennent avec leur épouse et la mère des Ménard s’établir dans un lieu que certains qualifient de « boutte du monde », mais que l’on désigne administrativement comme « un territoire non organisé du comté de Terrebonne ». En somme, les familles pionnières prennent racine au milieu de nulle part.

Malgré tout, d’autres colons s’établissent dans les environs du lac Paquin et du lac de la Mère Ménard; un hameau est en voie de se former. Le Conseil du comté de Terrebonne décrète en 1856 que le territoire actuel de Val-David est annexé à la municipalité de paroisse de Sainte-Adèle, promulguée en 1855. Cette union est de courte durée. Dès 1862, le territoire est annexé à la nouvelle municipalité de paroisse de Sainte-Agathe-des-Monts. Joseph Roture, dit Bélisle, résident dans le 7e rang du canton Morin, en devient le premier maire. L’union avec Sainte-Agathe perdurera pendant près de 60 ans.

En 1859, Louis Papineau érige sur les berges de la rivière du Nord un moulin à scie. Ce dernier change de propriétaire à quelques reprises. En 1878, Joseph Bélisle devient l’un plus importants propriétaires fonciers de la région alors qu’il en fait l’acquisition. Il ajoute un moulin à moudre le grain et un troisième à carder la laine. En 1892, l’arrivée du chemin de fer engendre le développement d’un second hameau qui sera connu sous la même appellation que celle de la station ferroviaire : Belisle’s Mill. En 1893, le bureau de poste fermé depuis 1887 rouvre ses portes sous le nom de Mont-Morin, en l’honneur d’Augustin-Norbert Morin, le fondateur de Sainte-Adèle. En 1901, il prend, à son tour, le nom de Belisle’s Mill.

La population du hameau augmente tant et si bien qu’un groupe de fidèles s’adresse à l’évêque du diocèse de Mont-Laurier nouvellement formé pour obtenir l’érection d’une paroisse. L’évêque acquiesce à leur demande. En 1917, la paroisse religieuse de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle est formée. Pour les dévots, Jean-Baptiste honore le patron national du Québec. Pour les uns, c’est un rappel du prénom du curé Bazinet, le fougueux curé de la paroisse de Sainte-Agathe amputée du territoire de la nouvelle paroisse. Pour les autres, il fait référence à Jean-Baptiste Dufresne, l’un des pionniers de notre municipalité. Quant à Bélisle, il désigne à la fois des moulins, une station ferroviaire, un bureau de poste et un hameau. Bref, chacun y trouve son compte…

À l’instar de plusieurs autres territoires des Laurentides, la paroisse religieuse engendre une municipalité. En 1921, 92 habitants adressent une requête au gouvernement provincial afin d’obtenir la formation d’une municipalité. Elle est agréée. Le 21 mai 1921, la municipalité de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle est proclamée. Léonidas Dufresne, ci-devant maire de la municipalité de paroisse de Sainte-Agathe (à ne pas confondre avec la municipalité du village de Sainte-Agathe), devient le premier maire.

Lettres patentes de la municipalité de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle, Gazette officielle de Québec, 28 mai 1921, p. 1185-1186-1187

Le territoire de Val-David en 1921 :

Composition numérique : Pierre Dumas, ingénieur

Toutefois, la saga des noms ne s’arrête pas là pour autant. Le 1er février 1923, le bureau de poste et la station de chemin de fer du Canadien Pacifique changent leur nom de Belisle’Mill en celui de Val-David en l’honneur du sénateur Laurent-Olivier David, représentant au sénat de la division des Mille-Isles et de son fils, l’honorable Athanase David, secrétaire de la province et député du comté de Terrebonne à la législature du Québec. Il représentera cette circonscription presque sans interruption jusqu’en 1944 avant d’être nommé au sénat. En 1924, la municipalité scolaire adopte à son tour le nom de Val-David.

La confusion règne. Un citoyen de la municipalité de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle reçoit son courrier et prend le train à Val-David. Ses enfants fréquentent une des trois écoles de Val-David. C’est un véritable capharnaüm toponymique!

Le 8 septembre 1925, le Conseil municipal vote à l’unanimité une résolution priant les autorités gouvernementales de changer le nom de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle en celui de Val-David. On ne daigne même pas accuser réception. Toutefois, dans les faits, l’usage du patronyme Val-David se répand dans le langage populaire, voire dans les documents officiels. Finalement, le 17 juin 1944, le lieutenant-gouverneur du Québec approuve, « suivant un rapport du Comité de l’honorable Conseil exécutif, le changement de nom de la municipalité du village de Saint-Jean-Baptiste-de Bélisle en celui de municipalité du village de Val-David ». Le saint retourne dans son église et Bélisle dans son moulin. Val-David compte désormais parmi les rares municipalités des Laurentides qui ne portent pas un nom de saint ou d’une fête religieuse. Bienvenue dans un monde à part.

 

[1] Le présent texte a été rédigé à partir d’articles que nous avons publiés depuis 2018 dans les pages de ce journal en prévision du 100e anniversaire de notre municipalité.