
Mystère et boule de gomme : Chronique orthopédagogique 13 :
Le développement moteur et les apprentissages scolaires
Geneviève Cusson, M.A. Orthopédagogue, Futé
Audrey Vézinau, Ergothérapeute, CSSL
Isa Beauchamp, Ergothérapeute, CSSL
Une bonne motricité est-elle nécessaire aux apprentissages scolaires?
Saviez-vous que le développement moteur pouvait influencer les apprentissages scolaires? Difficile à croire, non? Pourtant, apprendre implique le recours à son corps, à ses muscles, à son endurance, à sa coordination. N’avez-vous jamais entendu qu’il vaut mieux écrire pour retenir et mémoriser les informations d’un cours que de se les répéter mentalement? Écrire n’est-il pas une activité motrice?
Pour apprendre à écrire, mais aussi à découper, à dessiner ou à manipuler une règle, l’enfant doit d’abord avoir suffisamment développé sa musculature du tronc, soit des abdominaux, du dos et des épaules. Ce sont ces muscles qui, une fois bien stables, permettent à l’enfant d’acquérir des gestes plus fins du bras, de la main et des doigts. Si vous avez de jeunes enfants et que vous souhaitez contribuer à bien développer leur motricité préalable au geste d’écriture, alors sautez, courez, roulez, grimpez!
Un tronc bien musclé permet aussi de maintenir une position assise, chose que l’on fait allégrement à l’école. Un enfant qui s’affaisse (ou encore un adulte), faute de tonus musculaire, peine à demeurer concentré pendant les explications de l’enseignant. Il peut avoir tendance à bouger pour trouver une position plus confortable. Cet enfant peut donc nous sembler inattentif, alors qu’en réalité, il se fatigue à tenter de maintenir son tronc bien droit.
Apprendre à écrire, comme apprendre à manipuler divers outils, exige une force musculaire et une coordination des gestes moteurs. Le tracé de certaines lettres nécessite des mouvements du poignet et des doigts. Chaque lettre a son point de départ, ses lignes droites ou courbes vers le haut ou le bas, la droite ou la gauche. L’enfant doit donc apprendre à dessiner chaque lettre en respectant le bon geste moteur. Une fois que le tracé des lettres est automatisé, il faut de l’endurance pour écrire sur une assez longue période. Pour écrire avec efficacité, il faut donc acquérir une bonne vitesse d’écriture, être confortable et endurant. Évidemment, la calligraphie doit être lisible pour le lecteur, et pour soi!
Pour écrire avec efficacité, il est aussi nécessaire de s’installer confortablement, les pieds au sol, et d’adopter une bonne posture hanches, genoux et chevilles à 90°. Changer les postures n’est cependant pas inintéressant. Travailler à plat ventre sur le sol, debout à l’îlot ou encore sur le mur favorise la force et l’endurance des muscles ainsi que la dissociation des articulations (capacité à bouger le poignet ou les doigts sans bouger tout le bras). Faire des exercices pour réchauffer la main, comme on réchauffe nos muscles avant de faire un sport, favorise le confort et l’endurance. Ajouter des pauses actives pendant de longues tâches d’écriture, comme faire des « jumping jack » ou des pompes, aide à demeurer en état d’éveil tout en développant la musculature.
Un enfant (et même un adulte) n’ayant pas suffisamment développé sa musculature peut avoir des difficultés à manipuler divers petits outils comme le crayon, l’efface, la règle, le compas, etc., ce qui influence directement sa réussite scolaire. Par exemple, l’enfant qui n’a pas automatisé le tracé des lettres doit se concentrer pour écrire chacune d’elles. Pendant qu’il est concentré sur comment tracer la lettre, il ne se concentre pas sur son idée, ni sur la phrase à écrire, ni sur l’orthographe du mot, et encore moins sur les accords ou la conjugaison. Son texte risque d’être court, mal ponctué et mal orthographié. Des mots peuvent être absents et certaines phrases insensées.
Chez la plupart des enfants, le geste d’écriture se confirme entre la 4e et la 5e année du primaire. Pour d’autres, faute d’avoir suffisamment développé leur musculature ou ayant un trouble neurodéveloppemental de la coordination motrice, ces difficultés peuvent persister bien au-delà de cet âge. Bien que l’utilisation de l’ordinateur nous aide aujourd’hui à rédiger de longs textes avec une plus grande efficacité, l’apprentissage du doigté et de la manipulation de la souris peut s’avérer un défi pour certains individus… possiblement à cause de faibles habiletés motrices!
En tant qu’adulte, maintenir une bonne musculature par des pauses actives et des activités physiques quotidiennes a de nombreux bienfaits sur la santé et sur les réussites tant professionnelles que personnelles. Pour les enfants, une bonne musculature est une des bases mêmes de tous les apprentissages à venir. Alors, go! Jouez, bougez!
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