Maison Actualité In memoriam – Philippe Belleteste

In memoriam – Philippe Belleteste

Le sommelier Jacques Orhon, le chef Marcel Kretz et le directeur Philippe Belleteste, les trois piliers de l’hôtel La Sapinière aux belles heures de celle-ci. Tous trois ont grandement contribué au développement de l’École d’hôtellerie des Laurentides à Sainte-Adèle.

Jacques Orhon, Maître sommelier, Résident de Sainte-Adèle[1]

Philippe Belleteste nous a quittés. Mais il est toujours là… Mon ami Philippe est parti pour d’autres cieux ce mercredi 17 juillet dernier, serein et en toute discrétion, fidèle à ses habitudes. Un choc pour ceux qui l’ont connu et qui l’ont aimé. C’est en 1964 que Philippe a mis les pieds au Québec pour travailler, direction les Laurentides. Je l’ai rencontré la première fois un beau jour du mois de mai 1976, et depuis, nous ne nous sommes pas quittés. Dès les premières semaines à La Sapinière, j’avais compris que j’avais rencontré un homme et un patron exceptionnel, simple et humble, avec le sens de l’hospitalité dans le sang, et une vision innée des relations humaines qui lui permettait, avec autant de sincérité que d’empathie, d’échanger avec un roi ou le plongeur du restaurant. En m’accordant sa confiance, il m’avait insufflé cette assurance qui me faisait défaut, avant de devenir pour le reste de mes jours une formidable source d’inspiration professionnelle et humaine.

C’est à l’École hôtelière à Sainte-Adèle que Philippe, porté sur l’altruisme, va donner tout son potentiel d’homme voué à l’hôtellerie, avec un sens de la pédagogie et une écoute prodigieuse auprès du personnel et des étudiants. Si j’ai eu les coudées franches pour accomplir plusieurs projets, c’est que j’avais comme directeur un homme qui était ouvert à de nouvelles voies, à de nouvelles propositions, dans le souci constant de faire avancer la cause de nos métiers de bouche. Avec lui, nous avons fait rayonner la sommellerie québécoise ici et dans le monde. Philippe était doté de cette intelligence du cœur, la plus noble à mes yeux, et sa sagesse et son humanité ont teinté son entourage et fait avancer la société dans laquelle il avait choisi de vivre. J’espère toujours que l’École hôtelière des Laurentides porte son nom. Mais en attendant, nous avons continué à deviser ensemble sur une foule de sujets. En deux mots, Philippe fut pour moi un guide et une inspiration. Je lui manifeste encore ma gratitude, et je dis merci à la vie de m’avoir permis de le rencontrer. (Texte publié sur Facebook le 22 juillet 2024)

[1] Véritable globetrotteur du vin, Jacques Orhon parcourt les vignobles du monde depuis 40 ans. Pour nous faire connaître ses découvertes, il a publié aux Éditions de l’Homme une vingtaine de guides remarquables autour du vin et de ceux qui le produisent. Il est membre titulaire de l’Académie internationale du vin depuis 2015. Jacques Orhon a reçu le prestigieux Prix international Premio Masi della Civilta del Vino pour l’ensemble de sa carrière.

Louise Duhamel, Chef cuisinière et chroniqueuse culinaire

Philippe Belleteste est décédé le 17 juillet dernier. Son départ a été discret, comme l’homme qu’il était.

Certaines personnes ont connu monsieur Belleteste lorsque, jeune immigrant français arrivé au Québec, il cherchait du travail dans le milieu de l’hôtellerie. Il a décroché son premier emploi à l’auberge du Mont-Gabriel. D’autres se souviendront de lui en tant que directeur de l’hôtel La Sapinière, devenu, sous sa direction, le premier membre au Canada de la prestigieuse association des Relais et Châteaux. Plusieurs l’auront connu comme résident de Val-David et fier amateur d’art et se rappelleront qu’il n’a pas hésité, avec d’autres personnes, à se porter garant d’un emprunt pour permettre à l’organisme les Créateurs associés d’acquérir la Maison du village, qui deviendra le Centre d’exposition de Val-David.

C’est à l’École hôtelière de Sainte-Adèle qu’un grand nombre de personnes l’ont côtoyé : élèves, enseignants, personnel administratif, clients de la salle à manger. Il fut d’un soutien précieux à beaucoup d’entreprises locales se souciant, de manière désintéressée, de leur succès et de leur démarche vers l’excellence. Plusieurs auront eu la chance d’apprécier son écoute, sa bonté, sa générosité, et quelques rares individus auront eu la possibilité d’apprécier l’homme qui aimait s’enrichir intérieurement par la lecture, la réflexion et des croyances bien personnelles.

J’ai fait la connaissance de Philippe Belleteste alors qu’il a été client de mon premier restaurant… il appréciait ma démarche vers une nouvelle cuisine québécoise. Puis je l’ai connu comme directeur de l’École hôtelière des Laurentides, située alors à Sainte-Agathe-des-Monts. À l’époque, il souhaitait avoir une femme chef et québécoise dans son équipe d’enseignants à majorité masculine et d’origine française. Philippe a su me donner l’envie de relever ce défi.

Voici quelques témoignages recueillis :

« Monsieur Belleteste aura été pour moi et d’autres collègues le directeur qui nous a embauchés en collégialité avec les anciens profs de l’époque. Il était un hôtelier de profession qui mettait de l’avant nos métiers de bouche et d’accueil. Il gérait cette école de formation professionnelle comme il aurait géré une école privée d’excellence. C’était l’époque où la mise en valeur de la restauration était le moteur de cette école. »

Dominique Louineau, chef enseignant

« Monsieur Belleteste était un professionnel avec une vision. J’ai été engagé à l’École hôtelière pour établir un nouveau certificat en enseignement professionnel, la cuisine régionale. C’était tout un défi à relever et monsieur Belleteste m’a assisté à chaque étape. » Robert Cholette, chef à l’hôtel La Sapinière et chef enseignant

« Monsieur Belleteste, un homme de grande classe, a joué un rôle inestimable dans l’essor et le rayonnement de la restauration et de l’hôtellerie des Laurentides. Le restaurant l’Eau à la bouche tout comme le Bistro à Champlain et tant d’autres ont bénéficié de son écoute, de ses précieux conseils, de son soutien constant. »

Pierre Audette, restaurateur

« Mon métier de chef cuisinière et de chef enseignante m’a fait voyager hors du Québec. Peu importe ma destination, à chaque adresse, je recevais une carte d’anniversaire de Philippe Belleteste. Chaque fois je ressentais beaucoup de sympathie et d’amour de sa part. Philippe, pour l’avoir entendu plus d’une fois, aimait élaborer sur le mot amour. Peut-on aimer avec un seul mot car il n’y en a qu’un dans la langue française pour exprimer ce sentiment… Il nous conseillait de l’utiliser le plus souvent et le mieux possible. C’est à ton tour, Philippe, de recevoir nos témoignages d’amour. »

Louise Duhamel, chef cuisinière et chroniqueuse au journal Ski-se-Dit