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L’importance de passer au bioplastique

Bruno Marquis, Chroniqueur en environnement

Il est facile de se sentir démunis devant l’ampleur des changements à apporter pour réduire notre empreinte sur l’environnement et lutter contre les changements climatiques. Mais la lutte doit se poursuivre, que ce soit cas par cas ou en adoptant une approche plus globale qui nous permette d’en comprendre les causes.

Les plastiques à base de pétrole que nous utilisons à profusion dans la composition d’une multitude de biens de toutes sortes sont certainement une de ces très importantes causes de pollution. Ils sont toxiques, persistants dans l’environnement et néfastes autant pour la santé humaine que pour la faune en général. Nous les retrouvons partout dans l’environnement, sur terre, dans les océans et jusque dans notre organisme. Leur production est aussi une grande génératrice de gaz à effet de serre.

Bouteilles biodégradables

Le recyclage de ces plastiques à base de pétrole, auxquels on a parfois ajouté des additifs toxiques, n’est quant à lui pas très efficace et utile, et cela malgré notre acharnement et tous nos efforts individuels de recyclage. Environ 9 % des plastiques à base de pétrole sont en effet recyclés, dont seulement un faible pourcentage entre dans la composition de nouveaux plastiques – qui sont en fait composés en grande partie de plastiques neufs à base de pétrole… Des coups d’épée dans l’eau, en quelque sorte…

Le bioplastique, qui existe sous diverses formes, est, lui, facilement biodégradable. On peut le produire à partir de déchets organiques, d’algues, de résidus de l’agriculture ou de la pêche, etc. Son utilisation en lieu et place du plastique à base de pétrole contribuerait énormément à assainir notre environnement et faciliterait du coup le recyclage des autres matériaux, comme le papier, le verre, le fer et l’aluminium.

Selon certaines sources, on distingue deux types de bioplastique : les plastiques biosourcés, qui sont composés en tout ou en partie de matériaux d’origine naturelle et renouvelable et qui ne sont pas tous biodégradables, et les bioplastiques biodégradables, les véritables bioplastiques, en fait. Aux fins de cette chronique, nous nous en tiendrons à cette deuxième catégorie ou définition, qui est celle du docteur en physique (biophysique) Paul Lavallée, auteur de l’essai « Le Plastique est mort, vive le bioplastique! »

Difficile transition

La nécessaire transition du plastique à base de pétrole vers le bioplastique est cependant parsemée d’importants obstacles. Le premier d’entre eux, comme on l’imagine bien, tient à la toute-puissance de l’industrie pétrolière, dont les intérêts sont chez nous très bien servis par le gouvernement fédéral en place – qu’il soit libéral ou conservateur – à grands coups de subventions et d’autres soutiens financiers et politiques. On y devine facilement l’absence manifeste de volonté politique du gouvernement fédéral de procéder à cette nécessaire transition vers le bioplastique.

S’y ajoutent aussi les pressions de l’industrie du recyclage, puis celles du compostage, la première ne voulant pas que l’on mette un terme au recyclage du plastique à base de pétrole, dont elle fait son pain, ni que l’on ajoute au recyclage de ces plastiques à base de pétrole, déjà fort compliqué, la possible présence de bioplastiques; la seconde ne voulant pas, dans le même ordre d’idée, retrouver du plastique à base de pétrole, non biodégradable, parmi le bioplastique (biodégradable) déposé dans les bacs de compostage.

S’y opposent également une partie des environnementalistes qui ne peuvent se résigner à abandonner le recyclage du plastique (à base de pétrole) pour lequel ils se sont battus bec et ongles pendant des décennies ou qui se refusent à croire à l’éventuel compostage du bioplastique.

Agir

Dans le cas de l’industrie pétrolière, il faut compter sur la conscientisation et la pression populaire pour renverser la tendance – contre les intérêts de l’industrie pétrolière et de ses défenseurs – et passer le plus rapidement possible du plastique à base de pétrole au bioplastique. Ces vieilles compagnes de route que sont la conscientisation et la pression populaire sont d’ailleurs les principales et souvent les seules avenues possibles pour faire face à tous nos autres problèmes environnementaux.

Les industries du recyclage et du compostage soulèvent un point important dans ce passage au bioplastique : il ne pourra se faire de façon progressive et devra donc être planifié pour que l’on passe le plus directement possible d’un plastique à l’autre. Les bacs de recyclage ne pourront pas recevoir à la fois du plastique à base du pétrole et du plastique biodégradable, ce qui rendrait le tri – déjà fort compliqué – pratiquement impossible. Il faudra globalement que cessent la production et le recyclage du premier et que commence le compostage du second sans courir le risque, de ce côté, de retrouver du plastique à base de pétrole parmi le bioplastique voué au compostage. Convaincre ces deux industries, beaucoup moins imposantes, devrait se faire plus facilement.

Quant aux environnementalistes qui se seront battus si longtemps et si ardemment pour que l’on recycle le plastique à base de pétrole, la pression populaire finira bien par leur faire entendre raison…

L’exemple de l’Italie

L’Italie, qui est passée à l’utilisation de sacs exclusivement en bioplastique et qui veut élargir le passage au bioplastique à plusieurs autres produits, doit nous servir de modèle dans cette nécessaire transition. Des groupes de citoyens et des groupes environnementaux font aussi pression, ailleurs dans le monde, en faveur du bioplastique, sans compter que d’autres pays envisagent aussi de tels changements.

Ce passage du plastique à base de pétrole au bioplastique ne sera pas facile, mais nous devons tous ensemble pousser en ce sens, en parler dans les médias sociaux, les journaux, convaincre ces derniers d’en parler aussi, de prendre position pour le bioplastique, et amener des députés et des partis progressistes à le faire aussi. Il devient urgent de s’attaquer sérieusement à ce grave problème environnemental!